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24/03/2012 à 09h:32
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Le chef de la junte malienne, le capitaine Amadou Sanogo, le 22 mars 2012 à Bamako. Le chef de la junte malienne, le capitaine Amadou Sanogo, le 22 mars 2012 à Bamako. © AFP

L'incertitude régne toujours sur le sort du président Amadou Toumani Touré, renversé jeudi par des militaires déjà de plus en plus isolés par les nombreux appels au retour à l'ordre constitutionnel. La rébellion touarègue du Mouvement National de Libréation de l'Azawad (MNLA) a annoncé la poursuite de son "offensive" au Nord.

Vendredi, des informations contradictoires ont circulé sur la situation à Bamako, en lien avec une brève interruption du signal de la télévision publique sous contrôle des putschistes. Le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo, avait été donné pour arrêté ou mort par certains. "Rumeurs", a réagi la junte dans une déclaration télévisée peu après 19H30 (locales et GMT), assurant: "Tout va bien" et la situation est sous contrôle.

Auparavant, le capitaine Sanogo avait donné les mêmes assurances à un journaliste de l'AFP concernant les dirigeants du régime du président Touré : ils sont "sains et saufs" et seront "prochainement remis à la justice malienne". "Pour l'instant, je ne vous dirai pas" où se trouve Touré, "il va très bien, il est en sécurité", avait dit Sanogo, sans lever l'incertitude sur son sort. Dans une interview à la BBC, il a indiqué ne pas avoir l'intention de rester au pouvoir et qu'il se retirerait lorsqu'il serait assuré que l'armée sera en mesure de sécuriser le pays.

Pillages

La France a déclaré vendredi n'avoir pas réussi à joindre le président Touré et a réclamé le respect de son intégrité physique. On ignore s'il est protégé par des militaires loyalistes, comme l'assurait jeudi son entourage ou s'il est prisonnier des soldats qui ont pris le pouvoir au lendemain d'une mutinerie marquée par des combats avec des loyalistes et des tirs de sommation à travers la ville. Il y a eu entre trois et quatre morts, selon les sources, et environ 40 blessés essentiellement par balle, d'après des secouristes.

Plusieurs responsables politiques ont été arrêtés, selon diverses sources, et après la mutinerie, des domiciles, administrations et stations-service ont été pillés, des véhicules de particuliers réquisitionnés par des soldats à Bamako. Le capitaine Sanogo a condamné ces "exactions" et s'est engagé à y mettre fin. Soumaïla Cissé, chef de parti et ex-haut fonctionnaire régional, a affirmé que des hommes en treillis avaient tenté de l'arrêter dans la nuit de mercredi à jeudi. Il s'est mis à l'abri grâce à l'intervention de partisans mais son domicile a été pillé et saccagé, a-t-il expliqué dans une déclaration sur le putsch, qu'il a qualifié d'"acte réactionnaire le plus bas de l'histoire politique du Mali" depuis deux décennies.

Offensive du MNLA

En annonçant le renversement de son régime, les putschistes ont accusé le président Touré, ainsi que leurs supérieurs hiérarchiques, d'incompétence dans la lutte contre l'offensive de rebelles touareg en cours depuis mi-janvier dans le nord du Mali, où étaient déjà actifs des groupes islamistes dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et divers trafiquants.

Le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touarègue), qui a indirectement provoqué le coup d'Etat de soldats excédés par le manque de moyens, a indiqué vouloir poursuivre "son offensive" et "déloger l'armée malienne et son administration de toutes les villes de l'Azawad" (nord), berceau des Touareg. Il a affirmé avoir pris vendredi une nouvelle localité, Anéfis (nord-est).

A cinq semaines du premier tour de la présidentielle prévu le 29 avril, le coup d'Etat a été condamné dans une déclaration commune par 12 des principaux partis politiques maliens, fragilisant la position des putschistes. L'Union africaine (UA) a décidé de suspendre le Mali de toute participation à ses activités et l'envoi à Bamako d'une mission conjointe avec la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a été annoncé.

Le Sénégal s'est dit sur la même position et a exhorté l'Afrique de l'Ouest "à entreprendre, avec diligence, toutes les démarches nécessaires pour le rétablissement, le plus rapidement possible, de l'ordre constitutionnel", une situation qui sera à l'ordre du jour d'un sommet extraordinaire de dirigeants de la Cédéao prévu mardi à Abidjan. Dans un communiqué transmis vendredi à l'AFP, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho, ONG basée à Dakar) "condamne avec la dernière énergie le coup d'Etat militaire qui porte un coup mortel à l'expérience démocratique malienne".

Isolement

Washington a prévenu que l'aide économique et militaire de 70 millions de dollars (près de 53 millions d'euros) versée au Mali risquait d'être compromise si les responsables du coup d'Etat ne rétablissaient pas l'ordre constitutionnel. L'Union européenne, un des principaux partenaires du Mali, a "fermement" condamné le coup d'Etat, demandé "la libération des responsables de l'Etat", le "retour d'un gouvernement civil" et le respect du calendrier électoral initial. Elle a décidé "de suspendre temporairement les opérations de développement" sauf l'aide humanitaire.

Ces prises de position s'ajoutent aux condamnations des voisins, Algérie, Niger et Mauritanie, où les répercussions de la crise sont fortement ressenties. La guerre dans le nord malien a provoqué le déplacement de plus de 200.000 personnes, dont la moitié environ dans ces pays. Les frontières terrestres et aériennes du Mali sont fermées depuis jeudi et un couvre-feu en vigueur de 18H00 à 06H00 GMT. A la frontière Côte d'Ivoire-Mali des dizaines de camions attendaient vendredi en pleine chaleur de pouvoir passer, certains remplis de denrées périssables, selon un journaliste de l'AFP.

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