18/02/2012 à 11h:44 Par AFP
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Le président zimbabwéen Robert Mugabe le 16 décembre 2009 à Copenhague. Le président zimbabwéen Robert Mugabe le 16 décembre 2009 à Copenhague. © AFP

Après trois ans d'une cohabitation contrainte et tendue entre le président zimbabwéen Robert Mugabe et son Premier ministre Morgan Tsvangirai, la perspective d'élections libres et sans violences semble encore assez éloignée.

Après trois ans d'une cohabitation contrainte et tendue entre le président zimbabwéen Robert Mugabe et son Premier ministre Morgan Tsvangirai, la perspective d'élections libres et sans violences semble encore assez éloignée.

Lorsque les deux hommes ont commencé à cohabiter en février 2009 au sein d'un gouvernement d'union nationale, il s'agissait d'abord d'éviter la guerre civile et ensuite de créer les conditions permettant d'organiser des élections démocratiques. Ils y avaient été poussés par leurs voisins de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Mais la préparation du scrutin a déjà deux ans de retard, et les analystes estiment que les rivalités politiques pourraient retarder le processus d'encore une année, voire plus.

"Nous allons devoir continuer avec ce gouvernement bancal plus longtemps qu'il n'était prévu, et aussi longtemps que les deux parties ne s'entendront pas", met en garde le politologue John Makumbe, de l'université du Zimbabwe.

"Un serpent à deux têtes"

MM. Mugabe et Tsvangirai sont au moins tombés d'accord sur le genre de métaphore à utiliser pour décrire leur union: "un mariage difficile", "un drôle d'animal" ou encore "un serpent à deux têtes qui ne sait pas où aller". Les blocages subsistent notamment sur la réforme des forces de sécurité --toujours contrôlées par M. Mugabe--, sur la future Constitution et sur la répartition des ministères clés.

Certes, ce pouvoir bicéphale peut se prévaloir d'avoir remis le pays sur la voie de la croissance après des années d'appauvrissement. Mais pauvreté et chômage restent des fléaux qui minent le pays. Et les arrestations arbitraires de militants des droits de l'Homme ou le harcèlement policier des membres du MDC (Mouvement pour un changement démocratique) de M. Tsvangirai n'ont pas cessé.

"Le gouvernement d'union ne fonctionne pas, et tout restera au point mort jusqu'à la fin de l'année", pronostique le professeur Makumbe.
Robert Mugabe, 87 ans, et les leaders de son parti (la Zanu-PF) voudraient des élections en 2012, mais les experts estiment la chose irréaliste. "On pourrait avoir des élections d'ici à juin 2013, mais essayer de les organiser d'ici décembre est impossible", estime le juriste Lovemore Madhuku, qui pense toutefois que "le gouvernement va perdurer, malgré tout, parce qu'aucun des deux camps ne voudrait le voir s'effondrer".

L'accord de 2009 prévoyait l'adoption par référendum d'une nouvelle Constitution avant l'organisation d'élections. Mais là non plus, le planning n'a pas été respecté, et le ministre en charge de la rédaction de la Loi fondamentale estime qu'il pourrait au mieux la soumettre à référendum en août.
Ensuite, explique le ministre Eric Matinenga, membre du MDC, il faudra mettre à jour les listes électorales et redéfinir les circonscriptions. Un travail de plusieurs mois.

"Ci gît le gouvernement d'unité nationale"

"On espère que la politisation de ce processus sera réduite au minimum", ajoute M. Matinenga, "mais nous avons malheureusement des gens qui se posent la question: +dans quelle mesure ce processus va-t-il servir la cause de mon propre parti?+". "Pour le moment, la situation n'est pas bloquée", assure cependant le ministre. "Il y a un désir d'avancer sur les sujets importants."

Jeudi, le quotidien Financial Gazette raillait pourtant dans un éditorial: "Au rythme où va ce gouvernement de coalition, on va un jour écrire sur sa tombe: +Ci gît le gouvernement d'unité nationale dont la seule réalisation est d'avoir rapproché deux étranges rivaux pour traire une vache malade, pendant que Rome était en train de brûler."

En 2008, les partisans de M. Mugabe avaient déclenché des violences lorsque M. Tsvangirai était arrivé en tête du premier tour de la présidentielle. Face au risque de guerre civile, M. Tsvangirai avait retiré sa candidature, laissant son vieux rival seul au second tour.
Sous la pression de la SADC et pour éviter un bain de sang, le président avait ensuite accepté une formule de compromis, en offrant à son rival le poste de Premier ministre.

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