05/02/2012 à 10h:19 Par AFP
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Manifestants contre le pouvoir gyptien, au Caire le 4 février 2012. Manifestants contre le pouvoir gyptien, au Caire le 4 février 2012. © AFP

Des affrontements ont opposé samedi pour le troisième jour consécutif au Caire la police à des manifestants qui persistent à réclamer le départ du pouvoir militaire, accusé d'inaction face aux violences ayant fait 74 morts après un match de football.

Au Caire, des colonnes d'épaisse fumée s'élevaient au-dessus des ruelles menant au ministère de l'Intérieur, où les manifestants ont lancé des pierres sur les policiers anti-émeutes et où les ambulances ont fait des aller-retours pour évacuer les blessés.

Depuis le début des manifestations et des affrontements jeudi au lendemain du drame du football à Port-Saïd (nord), douze manifestants ont été tuées au Caire et à Suez (est) et 2.532 personnes blessées, dont des policiers et des manifestants, selon le ministère de l'Intérieur.

Gaz lacrymogènes et chevrotine

Certaines victimes sont mortes asphyxiées par les gaz lacrymogènes, selon des sources médicales. Parmi les blessés se trouvent 211 policiers, dont un général qui a perdu un oeil. Selon la chaîne nationale Nile News, un de ses journalistes a également été blessé à un oeil par un tir de chevrotine.

Dans l'après-midi, des manifestants ont essayé de s'interposer entre leurs camarades et la police qui tirait des gaz lacrymogènes et à la chevrotine, mais les affrontements ont repris dans le centre du Caire, à quelques mètres de la Place Tahrir.

En fin de soirée, la situation s'est calmée mais la tension était palpable parmi les centaines de personnes encore dans les rues.

Les manifestations ont éclaté après des affrontements terriblement meurtriers entre supporteurs mercredi à Port-Saïd (nord) après la première défaite de la saison pour le célèbre club cairote Al-Ahly face aux locaux d'Al-Masry (3-1). Le pouvoir militaire et le ministère de l'Intérieur sont accusés de n'avoir rien fait pour arrêter le drame.

Le siège du ministère se situe dans le secteur de la célèbre place Tahrir, haut-lieu de la révolte contre le président Hosni Moubarak de janvier/février 2011 resté depuis le site privilégié des nombreuses manifestations qui jalonnent le difficile processus de transition.

Les manifestants, parmi lesquels de nombreux supporteurs de clubs de football, surnommés les "ultras", réclament la fin du pouvoir militaire qui tient les rênes du pays depuis la chute du régime Moubarak le 11 février 2011.

Les "ultras", bien organisés et politisés, ont participé à de nombreuses manifestations contre le pouvoir militaire ces derniers mois.
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui et chargé de la délicate transition promise vers la démocratie, a accusé "des mains étrangères et intérieures de viser le pays" et appelé "toutes les forces politiques (...) à intervenir pour rétablir la stabilité".

Le gouvernement a annoncé le limogeage de la direction de la fédération égyptienne de football, qui a remis sa démission. Le pouvoir a également démis de leurs fonctions les responsables locaux de Port-Saïd.

Le CSFA pointé du doigt

Mais l'affaire a pris une dimension politique avec des appels à la démission du ministre de l'Intérieur, Mohammed Ibrahim, et une relance de la contestation contre le CSFA, accusé de chercher à maintenir les privilèges et l'influence de l'armée, sur fond de dégradation de la sécurité et de hausse de la criminalité.

Les Frères musulmans, qui dominent le Parlement, ont évoqué la possibilité que les heurts de Port-Saïd aient été provoqués par des partisans de M. Moubarak.

Le président de la Fédération internationale de football, Sepp Blatter, a dénoncé l'"ingérence politique" dans le football égyptien.

La veille, le bref enlèvement dans la péninsule du Sinaï de deux touristes américaines et de leur guide par des Bédouins a également illustré la dégradation de la sécurité en Egypte, qui contribue à la chute du tourisme, l'une des toutes premières sources de devises du pays.

La nouvelle Egypte est en proie à l'instabilité depuis que la police de M. Moubarak, omniprésente et honnie par la population, a disparu des rues lors de la révolte. Et les manifestants qui descendent régulièrement dans les rues réclament toujours une restructuration du ministère de l'Intérieur.
 

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