29/01/2012 à 18h:15 Par AFP
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Une voiture brûlée dans une rue de Damaturu, le 6 novembre 2011. Une voiture brûlée dans une rue de Damaturu, le 6 novembre 2011. © AFP

Le groupe islamiste Boko Haram a affirmé dans un tract distribué à Kano, la grande métropole du nord du Nigeria, ne pas avoir visé de civils lors de ses raids meurtriers du 20 janvier, après avoir rejeté samedi un dialogue avec les autorités et proféré de nouvelles menaces.

Le groupe islamiste Boko Haram a affirmé dans un tract distribué à Kano, la grande métropole du nord du Nigeria, ne pas avoir visé de civils lors de ses raids meurtriers du 20 janvier, après avoir rejeté samedi un dialogue avec les autorités et proféré de nouvelles menaces. Des habitants d'au moins quatre quartiers de Kano ont trouvé glissé sous leur porte, dans la nuit de samedi à dimanche, un tract comportant un message attribué à Abubakar Shekau, leader présumé des islamistes.

Tentant visiblement de s'attirer la sympathie de la population, il y assure que les civils tués le 20 janvier l'ont été par les forces de l'ordre. Les attaques de Boko Haram, essentiellement contre des commissariats, se sont soldées par au moins 185 morts. L'authenticité du tract dont l'AFP a obtenu un exemplaire ne pouvait être confirmée.

Abubakar Shekau y énumère quatre "catégories de personnes" visées: "représentants du gouvernement, personnels des agences de sécurité gouvernementales, chrétiens loyaux envers la CAN (Association chrétienne du Nigeria) et toute personne collaborant pour obtenir l'arrestation ou la mort (de nos membres), même s'il s'agit d'un musulman". Il affirme aussi qu'une alliance entre chrétiens et musulmans "est une apostasie".

Boko Haram veut un Etat islamique dans le nord du Nigeria, économiquement défavorisé et à majorité musulmane, tandis que le sud, où se trouve la région pétrolifère du premier producteur d'Afrique, est à dominante chrétienne. Les islamistes ont revendiqué des attentats contres des églises le jour de Noël, faisant naître des craintes de violences interconfessionnelles.

Dimanche, à Kano, les chrétiens étaient moins nombreux que d'habitude à se rendre à la messe dans des églises sous haute surveillance des forces de l'ordre, a constaté un correspondant de l'AFP. "Avec ma famille, je suis resté prier chez moi (...) car nous avions peur d'attaques de Boko Haram", a déclaré à l'AFP Kola Adesina, 42 ans. Le raid contre Kano est l'opération la plus meurtrière à ce jour revendiquée par le groupe qui multiplie les attaques contre des cibles variées: symboles du pouvoir (armée, police, hommes politiques), Nations unies, églises.

Vivement critiqué pour avoir échoué à endiguer ces violences, le président Goodluck Jonathan a dit dans une récente interview que Boko Haram devait clarifier ses revendications pour un éventuel dialogue. Une proposition rejetée samedi soir par un porte-parole du groupe, Abul Qaqa, lors d'une conférence audio avec des journalistes à Maiduguri (nord-est).

L'appel n'est "pas sincère" car le jour où le chef de l'Etat s'exprimait, "un nombre important de nos membres a été arrêté à Sokoto", dans le nord-ouest. Si ses membres ne sont pas libérés, Boko Haram "lancera à Sokoto des attaques semblables aux grandes attaques menées à Kano", a-t-il averti. Sokoto, capitale de l'Etat éponyme situé au nord-ouest du pays, est notamment le siège du sultan de Sokoto, plus haute autorité religieuse musulmane au Nigeria. La ville compte près de 600.000 habitants.

Un dialogue avec les islamistes a plusieurs fois été évoqué et des analystes estiment qu'il faut encore étudier cette possibilité, l'option répressive privilégiée jusqu'à présent ayant donné peu de résultats. "Il doit y avoir un dialogue et il faut en définir le cadre", a jugé Mustapha Zanna, un avocat qui a défendu des membres de Boko Haram après l'insurrection de 2009 réprimée dans le sang (plus de 800 morts) et a représenté la famille de son dirigeant de l'époque, Mohammed Yusuf.

La tension reste vive dans le nord où notamment onze islamistes ont été abattus samedi par des militaires à Maiduguri tandis qu'un commissariat de Kano a encore été attaqué vendredi, et un policier tué samedi à Kaduna.

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