10/12/2011 à 17h:43 Par AFP
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Ceuillette du coton à Tangafla, le 10 décembre 2011. Ceuillette du coton à Tangafla, le 10 décembre 2011. © Issoufou Sanogo/AFP

"On a trop de souffrances", lâche Koina Soro au milieu du champ de coton où il travaille. Dans le grand nord ivoirien, la population a pâti du naufrage de cette richesse locale après une décennie de crise, et attend toujours le retour de l'Etat dans la région.  

"On a trop de souffrances", lâche Koina Soro au milieu du champ de coton où il travaille. Dans le grand nord ivoirien, la population a pâti du naufrage de cette richesse locale après une décennie de crise, et attend toujours le retour de l'Etat dans la région. Samedi matin, à la veille des élections législatives, ce jeune père de famille cueille sous le soleil le coton avec une douzaine d'autres cultivateurs, dans le village de Tangafla.

"Le prix du coton est bas", soupire-t-il. Lancée début décembre par le ministre de l'Agriculture Sangafowa Coulibaly, lui-même candidat aux législatives à Korhogo, la grande ville à une quarantaine de km de là, la campagne cotonnière a fixé le prix du kg de coton à 265 FCFA (environ 40 centimes d'euro), en hausse toutefois par rapport à 2010. Quant au prix des "intrants" (herbicides, insecticides), "il est trop monté", affirme-t-il à l'AFP. Même si l'Etat a apporté son appui à l'achat des engrais, "on souffre beaucoup", insiste ce père de huit enfants, les bras griffés par les plants de coton.

Principale ressource des savanes du nord ivoirien, le coton a été fracassé par la crise née du putsch raté de 2002, qui a vu une rébellion prendre le contrôle de cette partie du territoire. De plus de 400.000 tonnes au tournant des années 2000, la production a chuté à 120.000 au plus fort de la crise.

Après 174.000 tonnes lors de la campagne 2010-11, le gouvernement croit à une accélération de la reprise, avec une production de 256.000 tonnes.
Koina espère que "vont disparaître" les taxes imposées depuis 2002 par la rébellion rebaptisée Forces nouvelles (FN) sur le coton et les autres ressources, qui avaient considérablement alourdi le coût de transport des marchandises.

Malgré la dissolution en cours de leur aile militaire dans l'armée régulière, les FN, rangées derrière le président Alassane Ouattara, tardent à relâcher leur emprise sur les richesses de la région.

"Abandonnés, oubliés"

Surtout, lui et les autres habitants du village où se promènent chèvres et cochons souhaitent que l'Etat apportera le minimum vital: l'eau et l'électricité.
Pour Fanta, la jeune épouse d'un petit commerçant, "deux pompes pour l'eau ça ne suffit pas: si l'une tombe en panne, certains doivent aller chercher de l'eau au marigot".

En faisant cuire son riz avec du charbon de bois devant sa petite maison au toit de chaume, elle explique qu'elle ira d'ailleurs voter dimanche pour le candidat qui, venu il y a quelques jours, a fait réparer la pompe défectueuse. Et s'il y avait l'électricité ici, "on pourrait vendre de l'eau glacée, faire plus de commerce", projette la jeune femme.

"Tous les candidats ont fait des promesses, on attend de voir", lance Zié Soro, vieux chef du village voisin de Kalahaplé, venu en visite. "Nous nous sentons abandonnés, oubliés des pouvoirs publics depuis Félix Houphouët-Boigny", premier président au pouvoir de 1960 à 1993, confie-t-il, exprimant un sentiment très fort parmi les nordistes, aggravé durant les années de présidence de Laurent Gbagbo (2000-2010): celui d'être considérés comme des citoyens de seconde zone.

Malgré l'arrivée du nordiste Ouattara au pouvoir, la méfiance persiste et le retour annoncé des forces de l'ordre en terre ex-rebelle laisse circonspect le vieillard à la longue tunique usée: "si l'Etat revient, qu'il abandonne le racket et les abus de pouvoir".

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