Des agents de la Ceni comptent les sacs contenant des bulletins de vote, le 3 décembre 2011 à Kins
© AFP
A 48 heures de l'annonce du résultat complet de la présidentielle en RD Congo, la Commission électorale (Céni) devait livrer dimanche de nouveaux chiffres partiels dans un climat de crispation croissante après le rejet par l'opposition du décompte plaçant le sortant Joseph Kabila devant son rival Etienne Tshisekedi.
Sans attendre les résultats totaux provisoires prévus le 6 décembre, Tshisekedi a lancé samedi une mise en garde à Joseph Kabila et dénoncé les premiers décomptes portant sur 33,3% des quelque 64.000 bureaux de vote.
Samedi soir Kabila était crédité de 3.275.125 voix (51%) et Tshisekedi de 2.233.447 (34%), mais quasiment sans Kinshasa où le décompte ne porte que sur 3,33% des bureaux.
Kinshasa, l'inconnu de l'équation
Or, avec ses 3,3 millions d'électeurs inscrits, la capitale, favorable à Tshisekedi, pourrait prendre des allures de "swing state" à l'américaine, ces états qui font basculer une élection.
Dans le détail, Kabila est en tête dans 6 provinces (Bandundu, Katanga, Maniema, Province orientale, Nord et Sud Kivu) et Tshisekedi dans les 5 autres (Bas Congo, Equateur, Kasaï Occidental et Oriental, et Kinshasa).
Si la Majorité présidentielle (MP) a rapidement salué l'attitude "responsable" de la Céni, M. Tshisekedi a incendié le pouvoir : "l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social, son parti) rejette ces résultats, et met en garde M. Ngoy Mulunda (le président de la Céni) et (le président) Kabila pour qu'ils respectent la volonté du peuple congolais".
"Dans le cas contraire, ils (Mulunda et Kabila) risquent de commettre des actes suicidaires", a averti le dirigeant de l'UDPS depuis son son domicile, sous les applaudissements de cadres et militants de son parti.
Tshisekedi menaçant
M. Tshisekedi, 78 ans, a appelé les Congolais à "rester vigilants" et annoncé qu'"en cas de besoin" il lancera un "mot d'ordre", sans toutefois donner davantage de précisions.
Face à cette dramatisation et ce raidissement, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s'est alarmée dimanche: "l'image que nous avons c'est celle d'un train à grande vitesse qui va tout droit contre le mur", a déclaré Mgr Nicolas Djombo, le président de la Cenco, lors d'une conférence de presse.
Malgré des "irrégularités, des tentatives de fraudes et des scènes de violences", relevés lors des scrutins présidentiel et législatif, "globalement, nous pouvons accepter comme crédibles" ces élections, a estimé la Cenco, qui avait déployé 30.000 observateurs présents dans 24% des bureaux de vote.
Samedi, un autre candidat d'opposition, Vital Kamerhe, a apporté clairement son soutien à Tshisekedi, et n'a pas mâché ses mots pour dénoncer le camp présidentiel.
"Cette blague a trop duré et nous devons mettre fin à cette prédation des ressources de notre pays. Le peuple d'abord!", a lâché le président du parti UNC (Union pour la nation congolaise), reprenant le slogan de campagne d'Etienne Tshisekedi.
"Nous avons vu ce qui s'est passé au Kenya, au Zimbabwe, en Côte d'Ivoire", a-t-il encore déclaré, en référence aux violences post-électorales qui ont secoué ces pays.
Dans une déclaration commune lue dans un hôtel de la capitale par M. Kamerhe, "l'opposition politique congolaise", qui regroupe aussi l'UDPS et le parti du président du Sénat Léon Kengo, autre candidat à la présidence, a rejeté "tout résultat partiel" et le considère comme "nul".
Dimanche en fin de journée, la Céni devait donner de nouveaux résultats partiels de la présidentielle, qui pourraient porter cette fois sur environ 50% des bureaux de vote.

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