Photo provenant du February 17 website et diffusée le 19 novembre 2011 de Seif el-Islam Kaddafi.
© DR/AFP
Les autorités libyennes ont annoncé dimanche qu'elles souhaitaient juger Seif el-Islam en Libye, malgré le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) qui soupçonne le fils de Mouammar Kaddafi, arrêté dans la nuit de vendredi à samedi, de crimes contre l'humanité.
Après le soulagement et la joie à l'annonce de l'arrestation, le sort de Seif el-Islam commençait à révéler des fissures entre la Libye et la communauté internationale, qui presse Tripoli de coopérer avec la CPI afin de garantir un "procès équitable".
Ce nouveau développement risque en tout cas de retarder l'annonce du nouveau gouvernement, qui était prévue ce dimanche. Le Premier ministre par intérim, Abdel Rahim al-Kib, a esquivé la question samedi soir.
"Procès équitable"
"Nous voulons que le procès de Seif el-Islam ait lieu en Libye car la justice locale est la règle et la justice internationale l'exception", a déclaré dimanche à l'AFP le ministre de la Justice au sein du Conseil national de transition (CNT), Mohammed al-Allagui.
"Nous avons les garanties nécessaires pour un procès équitable, en particulier après l'amendement d'une loi garantissant l'indépendance de la justice par rapport à l'exécutif", a-t-il assuré.
Longtemps présenté comme successeur potentiel de son père, Seif el-Islam fait depuis le 27 juin l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité. Il est soupçonné d'avoir joué un "rôle-clé dans la mise en oeuvre d'un plan" conçu par son père pour "réprimer par tous les moyens" le soulèvement populaire entamé mi-février.
Dès samedi, les appels se sont multipliés pour que les autorités libyennes coopèrent avec la CPI afin d'assurer un procès équitable à Seif el-Islam. Et des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch avaient appelé le CNT à livrer le prisonnier à la justice internationale.
La CPI a indiqué samedi soir que la Libye avait l'obligation de lui remettre Seif el-Islam, sans toutefois exclure la possibilité que le procès ait lieu dans son pays.
Dans l'immédiat, Seif el-Islam était toujours aux mains des anciens combattants rebelles de Zenten, à 170 km au sud-ouest de Tripoli.
Un traitement "selon les lois internationales"
"Pour le moment, il est chez nous à Zenten. Nous allons lui garantir le traitement réservé aux prisonniers, selon les lois internationales", a déclaré le chef du Conseil militaire de Zenten, Oussama Jouili, assurant que la décision de le maintenir sur place ou de le transférer "dans un autre lieu" serait prise par le nouveau gouvernement (en cours de formation).
"On doit attendre le nouveau gouvernement pour décider de son sort", a ajouté Ahmed Amer, l'un des combattants ayant participé à sa capture.
Les autorités libyennes tiennent surtout à éviter une répétition du scénario qui a conduit à la mort de Mouammar Kaddafi et de son fils Mouatassim, tous deux tués après avoir été capturés vivants le 20 octobre à Syrte (est).
Agé de 39 ans, Seif el-Islam a longtemps semblé vouloir moderniser son pays et normaliser les relations avec l'Occident. Mais dès le déclenchement de l'insurrection à la mi-février, il n'a eu de cesse de tenir un langage guerrier, tentant bec et ongles de sauver le régime de son père.
Les membres de la brigade qui l'a arrêté à 01H30 dans la nuit de vendredi à samedi dans la région de Wadi al-Ajal (sud-ouest de la Libye) ont raconté l'avoir pris en embuscade alors qu'il se trouvait avec cinq collaborateurs armés, dans un convoi de deux voitures.
"Il n'a pas vraiement eu peur"
Plusieurs ont dit avoir été surpris "par son calme et son courage". "Il n'a pas vraiment eu peur", a assuré M. Amer. "Il nous a demandé de lui tirer une balle dans la tête ou qu'on l'amène à Zenten", a raconté Al-Ajmi al-Atiri, le chef de la brigade.
Des images tournées avec une caméra par un combattant ex-rebelle l'ont montré descendant de l'avion dans une grande pagaille à son arrivée à Zenten. Il arborait une barbe poivre et sel, sans manifester d'émotion, et semblait en bonne santé, à l'exception de doigts bandés.
Selon des chefs militaires pro-CNT, il avait été blessé il y a un mois dans le bombardement de son convoi par l'Otan alors qu'il quittait Bani Walid peu avant la chute de ce bastion pro-Kaddafi au sud-est de Tripoli.
Seif el-Islam était le dernier des fils de Mouammar Kaddafi encore recherché. Trois de ses frères ont été tués pendant le conflit, tandis que les autres enfants de l'ancien dirigeant ont trouvé refuge en Algérie et au Niger.

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