07/04/2011 à 08h:49 Par AFP
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Ange-Félix Patassé lors d'une réunion de campagne, le 20 janvier 2011 à Bangui. Ange-Félix Patassé lors d'une réunion de campagne, le 20 janvier 2011 à Bangui. © AFP

Les conditions du décès, mardi au Cameroun, de l'ancien président centrafricain Ange-Félix Patassé, 74 ans, ont fait naître une polémique en Centrafrique. De nombreuses personnes déplorent qu'il n'ait pas pu quitter le pays plus tôt pour se soigner.

Le décès d'Ange-Félix Patassé « est bien triste », estime Barthélémy Angazéda, 51 ans, cadre de la santé. « Il fut notre président, et il n'avait pas que des défauts. Ce que je désapprouve, c'est l'interdiction qui lui a été faite de sortir pour aller se soigner. Il aurait eu encore ne fut-ce qu'un jour de vie de plus. Et si après tous les services rendus à la nation, les dirigeants lui ont réservé un tel sort, qu'en sera-t-il pour le simple citoyen ? »

L'entourage de l'ancien président centrafricain avait accusé les autorités de ne pas le laisser quitter le territoire pour un contrôle médical. Il souffrait de problèmes de diabète qui lui avaient valu d'être hospitalisé quatre jours dans une clinique de Bangui, selon son porte-parole, Guy-Simplice Kodégué. De même source, il n'avait pas pu prendre un vol de Kenya Airways, le 30 mars pour Malabo, ni un autre le 22 mars affrété par le président Obiang Nguema.

Destination Malabo

Le porte-parole du gouvernement, Fidèle Ngouandjika, avait démenti que le gouvernement ait interdit au malade de quitter le pays, avançant des problèmes d'ordre administratif. Samedi, M. Patassé avait finalement quitté Bangui pour Malabo, via Douala. Ayant raté sa correspondance à Douala (sud, capitale du Cameroun), il avait été hospitalisé dans cette ville, selon son ancien Premier ministre et opposant Martin Ziguélé.

Arrivé deuxième de l'élection présidentielle de janvier derrière François Bozizé, l'homme qui l'avait renversé en 2003, M. Patassé refusait de reconnaître la réélection de « Boz ». « Le pouvoir a intérêt à corriger l'erreur politique grave qu'il a commise en refusant à deux reprises que le président Patassé sorte pour un contrôle médical. Il doit lui réserver des obsèques nationales dignes de ce nom. On ne ne peut pas comprendre qu'un pays assassine ses propres enfants en interdisant qu'ils sortent pour des raisons sanitaires », a confié Paul Kakpé, 64 ans, ancien fonctionnaire des finances.

Son départ avait finalement « été rendu possible après une rencontre vendredi au palais présidentiel entre le ministre d'État chargé des Affaires présidentielles, Michel Gbézéra Bria, et une délégation du président Patassé », avait expliqué M. Kodégué.

Le "barbu national"

Tribun fantasque, l'ex-président Ange-Félix Patassé, surnommé « le barbu national », était un personnage en Centrafrique, qu'il a dirigée pendant dix ans. Élu en 1993, puis réélu en 1999, M. Patassé, taxé d'autoritaire voire de dictateur, a fait face à au moins trois complots avant d'être renversé en 2003 par l'actuel président François Bozizé.

« C'est la consternation, et c'est aussi une très grande tristesse que je ressens à l'annonce de la mort du président Ange-Félix Patassé », souligne Jules Koguéngba, 38 ans, enseignant, qui a « pourtant souffert de sa présidence » en 2001 après le coup d'État raté de l'ancien président André Kolingba, d'ethnie Yakoma.

Les troupes fidèles à Patassé soutenues par des combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, appelés en renfort par Patassé, avaient alors donné la chasse aux militaires et civils Yakoma, contraints de fuir en République démocratique du Congo, où ils ont subi de nombreuses exactions de la part du MLC. « C'est vrai que nous avons souffert de sa présidence. J'avais fui en 2001 avec ma famille à Zongo où nous avions été maltraités par les hommes de Bemba. Mais j'ai pardonné », conclut M. Koguéngba.

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