Des milliers de Sénégalais, partisans et opposants du président Abdoulaye Wade, ont manifesté samedi à Dakar à l'occasion du 11e anniversaire de son accession au pouvoir, peu après une accusation de "complot" pour le renverser portée par son gouvernement.
Quelques incidents ont émaillé la fin d'un rassemblement de 4.000 à 5.000 opposants sur la place de l'Indépendance, au coeur de Dakar: avant de se disperser, des manifestants ont brûlé un portrait du président Wade et lancé des pierres contre les forces de l'ordre qui n'ont toutefois pas riposté.
D'autres manifestations d'opposants et d'associations de jeunes en colère ont eu lieu en divers lieux de la capitale et de ses banlieues, ainsi que dans plusieurs villes de province.
De leur côté, environ 10.000 partisans du président Wade ont convergé vers le palais présidentiel, dans le centre-ville, lors d'une marche encadrée par un important dispositif de forces de l'ordre. Ils étaient venus à l'appel de la coalition au pouvoir.
M. Wade "a fait beaucoup de réalisations dans ce pays et ses projets d'avenir sont également prometteurs", a déclaré Dame Niang, un des responsables local du Parti démocratique sénégalais (PDS, parti du chef de l'Etat).
Accusation de complot
Peu après minuit, samedi, le ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, a lu à la télévision une déclaration du gouvernement, accusant des membres de l'opposition d'avoir fomenté "un complot" visant au "renversement du régime" et annonçant des arrestations.
"C'est impensable, excessif. L'objectif visé, c'est d'intimider, de faire en sorte que les gens ne sortent pas" pour aller aux manifestations, a affirmé Ousmane Tanor Dieng, leader du Parti socialiste (PS), moteur de la coalition d'opposition Benno Siggil Senegal (Ensemble pour le renouveau du Sénégal).
"Nous avons constitué un pool d'avocats qui vont démonter les arguments avancés par le ministre" qui sont "fallacieux", a-t-il dit.
"Cela traduit tout simplement une peur panique de la part des autorités de l'Etat qui considèrent toute manifestation de la jeunesse de notre pays comme une tentative de déstabilisation du régime", a de son côté affirmé Moustapha Niasse, autre leader de la coalition.
MM. Tanor Dieng et Niasse participaient à une manifestation à Rufisque, à l'est de Dakar.
Climat de tension sociale
M. Sy a cité des noms de responsables de mouvements d'opposition qui ont "planifié" des actions "de subversion active et de déstabilisation des institutions par la violence". Egalement dénoncés, "des groupements d'artistes" et des "leaders politiques". Plusieurs arrestations ont eu lieu, mais aucune source officielle contactée par l'AFP n'a pu indiquer leur nombre.
A l'approche de la présidentielle de février 2012, "des politiciens, sachant qu’ils ne peuvent rien attendre d’un suffrage universel libre, démocratique et sincère, veulent tout simplement utiliser la voie du complot", a affirmé le ministre de la Justice.
Ces diverses manifestations se sont déroulées dans un climat de tension sociale, marqué notamment par des coupures d'électricité récurrentes qui exaspèrent les Sénégalais et malmènent l'activité économique.
Les jeunes manifestent depuis des mois, parfois de façon violente, dans les quartiers populaires de Dakar pour exprimer leur ras-le-bol et leur désespoir face à l'avenir dans un pays où le taux de chômage dépasse 40%.
Abdoulaye Wade, qui avait suscité un immense espoir lors de son accession au pouvoir en 2000 après quarante ans de pouvoir socialiste, a déçu: ses détracteurs l'accusent d'avoir favorisé la corruption, privilégié son clan et sa famille - en particulier son fils Karim - et d'avoir mené une politique de prestige au détriment des réalisations sociales.
Le chef de l'Etat, âgé de 85 ans, avait annoncé dès septembre 2009 qu'il allait se représenter pour un nouveau mandat en février 2012.

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