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19/03/2011 à 20:16
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Un rafale décolle de la base de Saint-Dizier (nord-est de la France) pour la Libye. Un rafale décolle de la base de Saint-Dizier (nord-est de la France) pour la Libye. © Reuters

La coalition internationale a lancé samedi une opération militaire en Libye avec le premier tir d'un avion français sur ce pays en proie à une insurrection réprimée depuis plus d'un mois dans le sang par le régime autoritaire de Mouammar Kadhafi.

Après des semaines d'hésitations, un mandat de l'ONU et un appui arabe, une réunion extraordinaire à Paris entre l'Europe, les Etats-Unis, l'ONU et des pays arabes s'est conclue par l'annonce de cette intervention souhaitée par l'opposition libyenne après les vains appels au départ de M. Kadhafi.

La première frappe aérienne française a visé à 16H45 GMT un véhicule militaire des forces du régime dans un lieu indéterminé, le premier tir après le feu vert jeudi de l'ONU au recours à la force pour protéger la population civile.

Le "Charles de Gaulle" bientôt en route

Une vingtaine d'avions français Rafale et Mirage ont survolé le territoire, alors que les troupes fidèles à M. Kadhafi ont bombardé dès l'aube la ville de Benghazi, l'un des derniers bastions de l'opposition qui tentait de repousser leur avancée.

L'annonce du raid français a été salué par des tirs de joie et des coups de klaxon à Al-Marj, à une centaine de kilomètres au nord-est de Benghazi, où se sont arrêtés certains des civils ayant fui les bombardements de samedi.

"En accord avec nos partenaires, nos forces aériennes s'opposeront à toute agression des avions du colonel Kadhafi contre la population de Benghazi. D'ores et déjà nos avions empêchent les attaques aériennes sur la ville", a déclaré le président français Nicolas Sarkozy après la réunion de Paris. Les appareils sont "prêts à intervenir contre des blindés", a-t-il dit.

Le porte-avions français à propulsion nucléaire Charles de Gaulle devait appareiller dimanche de Toulon (sud) en direction de la Libye.

Les Etats-Unis dans la coalition

"Le peuple libyen doit être protégé, et en l'absence d'une fin immédiate à la violence contre les civils, notre coalition est prête à agir d'urgence", a affirmé le président américain Barack Obama, sans préciser le degré de la participation des Etats-Unis.

Sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, a promis des "capacités uniques" c'est-à-dire des moyens militaires dont ne disposent pas leurs alliés. "Kadhafi continue de défier le monde (...), tout retard supplémentaire mettrait encore davantage de civils en danger", a-t-elle estimé, en espérant de nouvelles défections dans l'entourage de M. Kadhafi.

Le ministère russe des Affaires étrangères a cependant regretté l'intervention armée. Moscou s'était abstenu lors du vote de la résolution de l'ONU.

Malgré le lancement de l'opération militaire, M. Sarkozy a laissé une chance au numéro un libyen contesté de toutes parts, affirmant que "la porte de la diplomatie" se rouvrirait dès que la répression aurait cessé.

Au pouvoir depuis plus de 40 ans, M. Kadhafi, qui a juré d'écraser la révolte, a prévenu samedi prévenu Paris, Londres et l'ONU qu'ils "regretteraient" toute ingérence.

La résolution de l'ONU impose une zone d'exclusion aérienne en Libye et permet des frappes aériennes contre les troupes pro-Kadhafi pour les contraindre à cesser la répression qui a fait des centaines de morts et poussé 300.000 personnes à fuir le pays depuis le début de la révolte le 15 février. Elle exige l'arrêt complet des attaques contre des civils.

Combats à Benghazi

Mais sur le terrain, et alors que rebelles et gouvernement s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu annoncé vendredi par le régime, des combats ont eu lieu à l'entrée de Benghazi. Un avion militaire des rebelles a été abattu par les pro-Kadhafi.

Dans l'après-midi, les loyalistes continuaient de tirer à l'arme lourde contre des quartiers résidentiels tout proches de Benghazi, selon des témoins. "Ils ont l'ordre de tirer indistinctement. Ce qui se passe est un massacre", a affirmé l'un d'eux.

Selon des rebelles, l'artillerie et les chars ont tiré contre les quartiers ouest, et certains des obus ont touché le centre de la ville.

Redoutant le pire, des milliers de personnes ont fui par familles entières. Voitures, minibus, camions ont pris la direction du nord-est, et de longues files d'attente se sont formées devant les stations service et les boulangeries.

Mais plus loin le long de la route, les passagers de ce début d'exode ont pu bénéficier de la solidarité des habitants, qui offraient de l'eau, de l'essence, de la nourriture, un hébergement.

Dans l'ouest, les loyalistes avançaient avec des chars vers Zenten, à 145 km au sud-ouest de Tripoli, pilonnant les abords de cette ville rebelle et poussant ses habitants à la fuite, selon un témoin.

Les rebelles ont aussi annoncé avoir repoussé, au prix de 27 morts dans leurs rangs, une offensive des forces gouvernementales vendredi à Misrata, à 200 km à l'est de Tripoli. Samedi, la ville était calme.

A Tripoli, des centaines de Libyens se sont rassemblés au quartier général de M. Kadhafi "en prévision de frappes françaises", selon la télévision d'Etat, et les autorités ont emmené une cinquantaine de journalistes étrangers, dont celui de l'AFP, y faire un tour.

Et dans une tentative de trouver "une solution africaine", des membres du comité de l'Union africaine (UA) sur la Libye ont annoncé qu'ils se rendraient dimanche à Tripoli.

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