22/11/2010 à 09h:26 Par AFP
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Benoît XVI, le 20 novembre 2010, au Vatican. Benoît XVI, le 20 novembre 2010, au Vatican. © AFP

Benoît XVI, a admis l'utilisation du préservatif "dans certains cas", "pour réduire les risques de contamination" avec le virus VIH du sida. Le Saint-Siège souligne toutefois "le caractère exceptionnel" de l'éventuelle utilisation du préservatif.

Pour la première fois, un pape, Benoît XVI, admet l'utilisation du préservatif « dans certains cas », « pour réduire les risques de contamination » avec le virus VIH du sida, dans un livre d'entretiens à paraître mardi.

Dimanche après-midi, le Saint-Siège a toutefois tenu, de manière tout à fait inhabituelle, à publier un communiqué pour souligner « le caractère exceptionnel » de l'éventuelle utilisation du préservatif, soulignant, face aux attentes de responsables et militants de la lutte contre le sida, que « le raisonnement du pape ne peut pas être considéré comme un tournant révolutionnaire ».

À la question : « L'Église catholique n'est pas fondamentalement contre l'utilisation de préservatifs ? », le souverain pontife répond, selon la version originale allemande dont dispose l'AFP : « dans certains cas, quand l'intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement ».

Jusqu'ici, le Vatican, opposé à toute forme de contraception autre que l'abstinence, réprouvait l'usage du préservatif même pour prévenir la transmission de maladies. En mars 2009, Benoît XVI avait d'ailleurs soulevé une immense polémique, en déclarant, lors d'un voyage au Cameroun et en Angola, que l'utilisation du préservatifs « aggravait » le problème du sida, pandémie dévastatrice en Afrique.

"Homme prostitué"

Pour illustrer son propos, dans ce nouvel ouvrage d'entretiens avec un journaliste allemand qui aborde une multitude de sujets (pédophilie, célibat des prêtres, relation à l'Islam, ordination des femmes...), le pape donne un seul exemple, celui d'un « homme prostitué », considérant que « cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut ».

Même s'il ouvre une brèche, Benoît XVI rappelle que pour le Vatican, le préservatif « n'est pas la façon à proprement parler de venir à bout du mal de l'infection du VIH ». « Se polariser sur le préservatif signifie une banalisation du sexe et c'est exactement le danger que beaucoup de gens considèrent le sexe non plus comme une expression de leur amour, mais comme une sorte de drogue, qu'ils s'administrent eux-mêmes », ajoute-t-il.

Réactions mitigées

Le directeur du programme Onusida, Michel Sidibé, a qualifié de « pas en avant significatif et positif » la position du pape : « cette avancée reconnaît qu'un comportement sexuel responsable et l'usage du préservatif ont un rôle important dans la prévention du VIH-sida », a-t-il commenté.

En revanche, l'association française Act Up-Paris a jugé que « le pape est encore loin du compte [...] Si le pape veut vraiment lutter contre l'épidémie, il faut qu'il aille beaucoup plus loin ».

Ce premier livre d'entretiens depuis que le cardinal allemand Joseph Ratzinger est devenu pape en 2005 doit être traduit en 18 langues.

Concernant les affaires de pédophilie mettant en cause des prêtres, Benoît XVI, 83 ans, reconnaît que « l'ampleur » du scandale était pour lui un « choc inouï ». Cependant, une démission de sa part n'est pas à l'ordre du jour. « Il ne faut pas fuir quand le danger est grand. Par conséquent, ce n'est certainement pas le moment de démissionner », dit-il.

Avec l'islam, il prône un dialogue « sincère ». « Il est important que nous restions intensément en contact avec toutes les forces musulmanes ouvertes au dialogue pour que des changements puissent se produire, là où l'islam lie vérité et violence », dit-il.

Le pape évoque également le danger d'un schisme de l'Église et l'éventualité d'un Concile Vatican III, une idée qu'il repousse pour l'instant. Vatican II, organisé de 1962 à 1965, avait ouvert l'1glise catholique au monde moderne.

L'ouvrage est le fruit de 20 heures d'interviews réalisées entre le 26 et le 31 juillet dans la résidence de vacances pontificale de Castel Gandolfo avec le journaliste allemand Peter Seewald. Ce dernier est un ancien communiste reconverti au catholicisme après une rencontre avec le cardinal Ratzinger.

« Lumière du monde » sera lancé à 50 000 exemplaires dans la version italienne et 70 000 dans la version allemande.

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