Un agent de police saisit une affiche demandant l'arrestation du président soudanais, le 27 août.
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Á cette question, de nombreux analystes occidentaux - mais pas seulement - répondent par l'affirmative. Pourtant la plupart des pays qui refusent aujourd'hui de coopérer avec la Cour pénale internationale ont signé le statut de Rome qui l'a instituée... Pourquoi ?
La présence du président soudanais Omar el-Béchir au Kenya malgré deux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) illustre le refus des dirigeants africains de coopérer avec cette organisation de crainte d'avoir eux-mêmes un jour à lui rendre des comptes, estiment des analystes.
Bien que le Kenya soit signataire du traité fondateur de la cour, il a invité vendredi le président soudanais, accusé de génocide, de crimes de guerre ainsi que de crime contre l'humanité au Darfour, aux cérémonies de promulgation de sa nouvelle Constitution. La Cour pénale internationale (CPI) a "informé" le Conseil de sécurité de l'ONU de ce déplacement afin que "toute mesure jugée opportune" soit prise. Le Kenya a justifié cette invitation car Bechir est un "voisin", a expliqué le ministre des affaires étrangères Moses Wetangulai.
"La bonne vieille impunité"
"Les dirigeants africains étaient ravis de coopérer avec la CPI tant qu'elle visait des seigneurs de la guerre rebelles. Mais quand ils s'en sont pris à l'un des leurs au Soudan, ils ont serré les rangs et invoqué le vieux mantra : "des solutions africaines aux problèmes africains'", dit Lars Waldorf, spécialiste de droit international au Centre des droits de l'homme de la Faculté de droit de York, au Royaume-Uni.
L'Union africaine qui réunit 53 pays du continent a déjà déclaré que les mandats d'arrêt visant le dirigeant soudanais nuisaient à la recherche de la paix au Darfour, une province de l'ouest du Soudan en guerre civile. Elle a demandé à ses membres d'ignorer les demandes de la CPI et lui a refusé d'ouvrir un bureau de liaison en Afrique, où tous les dossiers qu'elle a traité jusqu'à maintenant trouvent leur origine. "La 'solution africaine' aux crimes d'Etat contre l'humanité est la non-coopération", ajoute M. Waldorf, estimant qu'il s'agissait là de "la bonne vieille impunité pour l'actuelle génération de potentats d'Afrique".
Un autre analyste, Fouad Hikmat, spécialiste de la Corne de l'Afrique à l'International Crisis Group, remarque que les mandats d'arrêt de la CPI ont suivi une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, bien que le Soudan ne reconnaisse pas la cour internationale. "Le cas de Béchir représente un précédent très dangereux" pour les autres chefs d'Etat africains en exercice. "Même si vous n'êtes pas membre (de la cour) vous pouvez toujours être appelés à rendre des comptes par une résolution du Conseil de sécurité", dit-il.
Le talon d'Achille de la coopération des États
Pour Ahmed Hussein Adam, porte-parole des rebelles darfouriens du Mouvement pour la justice et l'égalité, la plupart des dirigeants africains qui se sont rangés derrière le président Béchir le font "parce qu'ils craignent pour eux-mêmes, pas parce qu'ils aiment Béchir". "Ils le soutiennent à cause de leurs propres dossiers, parce qu'ils ont commis de multiples violations de droits de l'homme contre leur peuple", a-t-il dit interrogé par l'AFP depuis Londres.
La CPI pourrait prochainement demander l'arrestation de Kényans impliqués dans les violences post-électorales de 2007-2008 qui avaient fait plus de mille morts. "Par leur invitation à Béchir, les dirigeants kényans s'offrent une assurance pour le cas où ils auraient à faire face un jour à des mandats d'arrêt de la CPI. En attendant, ils rappellent que le talon d'Achille de la justice pénale internationale reste la coopération des Etats', estime M. Waldorf.
Malgré l'émission de mandats d'arrêt, le président soudanais a voyagé dans différents pays d'Afrique sans jamais être inquiété. Fin juillet, il s'était rendu au Tchad, signataire lui aussi du traité instituant la CPI et le même mois le sommet de l'UA de Kampala avait réitéré l'appel à ne pas arrêter Omar el-Béchir.

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