Extension Factory Builder
26/08/2010 à 19:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Une nouvelle variété de manioc permet de produire beaucoup plus, beaucoup plus vite. Une nouvelle variété de manioc permet de produire beaucoup plus, beaucoup plus vite. © AFP

C'est une petite révolution silencieuse qui est en train de s'opérer dans le domaine de l'agriculture. Une nouvelle variété de manioc permet des rendements plus élevés de 30 %. Et devrait contribuer à la lutte contre les crises alimentaires sur le continent.

Endimanchés, coiffe traditionnelle Yoruba sur la tête, une centaine d'agriculteurs du sud du Nigeria écoutent attentivement l'exposé d'un professeur d'agronomie lors d'une cérémonie ponctuée par les intermèdes d'un petit orchestre.

A l'extérieur de l'école où ils sont réunis, un monticule de sachets transparents contenant des tiges coupées attendent de leur être distribués. Ce sont des boutures de "nouveau manioc", des variétés améliorées dont le professeur Richardson Okechukwu, de l'Institut international pour l'agriculture tropicale (IITA) à Ibadan (sud-ouest du Nigeria) est venu leur exposer les vertus : rendement accru d'au moins 30% et résistance aux maladies.

Face aux pénuries alimentaires, comme celle qui frappe actuellement le Niger, et à une demande largement en hausse, ce sont des propriétés très prometteuses. Le manioc est un aliment essentiel pour des centaines de millions d'Africains qui préparent, avec ses tubercules, des plats traditionnels tels que le "foufou" ou le "gari". Il nourrit aussi le bétail.

Pousses de manioc cultivées en laboratoire (crédit : AFP).

Variété non génétiquement modifiée

Mais l'arbuste est également de plus en plus convoité bien au-delà du continent africain par une industrie en plein essor qui l'utilise dans la production d'éthanol, de glucose, d'amidon ou de farine. En réponse à la crise alimentaire mondiale de 2008, avec une flambée des prix des denrées de base provoquant des "émeutes de la faim" à travers le monde, l'IITA a inauguré en 2009 un projet de recherche visant à développer des variétés améliorées, non génétiquement modifiées, et qui sont actuellement distribuées à des cultivateurs dans sept pays d'Afrique.

Outre le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Malawi, le Mozambique et la République démocratique du Congo participent à ce programme financé par les Etats-Unis et qui touche quelque 400. 000 cultivateurs.

Bashir Adeyinka Adesiyan, producteur de manioc dans l'Etat d'Osun (sud-ouest du Nigeria), teste les nouvelles boutures depuis un an et ne cache pas son enthousiasme. "Si vous le récoltez maintenant, vous verrez six à sept tubercules, alors que le manioc que nous plantions avant n'en donnait que deux ou trois", dit-il au milieu de ses quelque cinquante hectares.

Marchés prometteurs

La Thaïlande, qui ne le consomme pas, est le premier exportateur mondial de manioc. Le Nigeria est le premier producteur mondial avec quelque 44,6 millions de tonnes en 2008, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Mais cela ne répond pas pour autant aux besoins du pays le plus peuplé d'Afrique (150 millions d'habitants).

"Nous avons d'importantes usines qui consomment jusqu'à 100 à 400 tonnes par jour. Aucune d'entre elle ne tourne à plus de 50% de sa capacité car elles sont en concurrence avec le manioc pour la consommation humaine", explique M. Okechukwu. De plus, des pays qui ne consommaient pas traditionnellement cette plante, comme le Niger ou le Tchad, explique le professeur, se tournent désormais vers cet aliment qu'ils importent de manière informelle via leurs frontières poreuses avec le Nigeria.

"Avec les changements climatiques et les sécheresses de plus en plus fréquentes, la demande va augmenter", avertit-il. A cela s'ajoute une demande industrielle croissante à travers le monde. "La Chine achèterait volontiers la quasi-totalité de ce que nous produisons" en Afrique, explique Peter Hartmann, directeur général de l'IITA. Mais selon lui, il est encore trop tôt pour penser aux exportations en dehors du continent africain.

"Il faut penser à exporter en Afrique même, car il y a ici largement de quoi occuper et enrichir les producteurs. Mais à long terme, ces autres pays auront toujours des besoins et ce sera alors une véritable opportunité", estime-t-il.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Continental

Énergie : à Paris, des maires africains se mobilisent pour l'électrifrication du continent

Énergie : à Paris, des maires africains se mobilisent pour l'électrifrication du continent

Une vingtaine de maires francophones de grandes villes africaines se sont réunis vendredi à Paris, à l'initiative de Jean-Louis Borloo et de Anne Hidalgo, maire de la capitale française, pour mettre en [...]

Rwanda, Côte d'Ivoire, RDC... : Stromae annonce une grande tournée africaine avec 8 dates de concert dans 8 pays

Stromae a annoncé vendredi les dates de sa première tournée africaine. Le chanteur de "Papaoutai" se rendra au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Cap Vert au Cameroun, au Gabon, au[...]

Classement "Time" 2015 : qui sont les Africains les plus influents du monde ?

L'hebdomadaire américain "Time" a publié mercredi sa liste annuelle des 100 personnalités les plus influentes du monde. Dans le lot, quelques Africains : Muhammadu Buhari, président[...]

Braconnage : quand les GI s'en mêlent

Depuis quelques jours, l’ONG américaine Vetpaw fait le buzz sur internet. Parce que les photos de l’une de ses dernières recrues, ancienne mannequin pour l’industrie de l’armement, font[...]

Dr Constant Vodouhé : en Afrique, "la drépanocytose est encore taboue"

Du 16 au 18 avril 2015 se tient à Strasbourg le congrès scientifique sur la drépanocytose. Le docteur Constant Vodouhé, neurobiologiste à Strasbourg, nous explique les enjeux de cette maladie[...]

Richard Bielle, CFAO : "Notre histoire, c'est l'Afrique. Notre projet, c'est l'Afrique"

Spécialiste de l'automobile et de la pharmacie, le géant de la distribution est en pleine mutation. Dans quelques mois, il ouvrira son premier hypermarché Carrefour en Côte d'Ivoire. Récit[...]

En Afrique du Sud, Robert Mugabe attaque l'Occident et les Nations unies

En Afrique du Sud pour une visite historique de deux jours sous le signe de l'économie, le président zimbabwéen et chef de l'Union africaine, Robert Mugabe, en a profité pour décocher quelques[...]

CAN 2017 : découvrez les groupes des éliminatoires !

La CAN 2017 se jouera au Gabon en 2017. D'ici là, 52 équipes s'affronteront à partir de juin 2015 pour se qualifier pour la compétition. Voici les poules éliminatoires telles que tirées au[...]

Football : la CAN 2017 aura lieu au Gabon

La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2017 aura lieu au Gabon, a annoncé mercredi la Confédération africaine de football (CAF).[...]

Côte d'Ivoire : Jacques Anouma perd son siège au comité exécutif de la Fifa

L’Ivoirien Jacques Anouma n’est plus membre du Comité exécutif de la Fédération Internationale de Football Association (Fifa). Il a perdu son poste mardi lors de la 37e Assemblée[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20100826T144226Z from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20100826T144226Z from 172.16.0.100