Sékouba Konaté est à Rabat au Maroc, pour rendre visite au chef de la junte Moussa Dadis Camara, qui est hospitalisé après que son aide de camp lui a tiré dessus. Mais la gendarmerie s'oppose pour l'instant à sa décision de libérer quinze militaires proches de l'ancien président Lansana Conté. Le ministre de la Justice, le colonel de gendarmerie Siba Lolamou, un proche de Dadis, est à l'origine de ce contre-ordre.
Une quinzaine d'officiers et sous-officiers guinéens qui devaient être remis en liberté lundi 28 décembre sur ordre du général Sékouba Konaté, numéro un de la junte par intérim, ont en fait été retenus et interrogés par la gendarmerie nationale, mardi à Conakry, a-t-on appris de source judiciaire.
Les militaires concernés - arrêtés au moment de la prise du pouvoir par l'armée fin 2008 ou dans le courant de l'année 2009 - sont accusés de complot et d'atteinte à la sûreté de l'Etat.
Un haut responsable de la police avait affirmé lundi soir à l'AFP qu'ils avaient tous été libérés dans la journée. Mais l'affaire a finalement été confiée à "la Brigade d'investigation judiciaire de la gendarmerie nationale (PM3) qui les retient pour investigations, à la sûreté urbaine de Conakry", a déclaré une source judiciaire.
Rapport de force entre les clans
Selon un responsable de la police, le président par intérim du pays, le général Konaté, avait ordonné dès dimanche la libération de ces militaires.
Mais le ministre de la Justice, le colonel (de gendarmerie) Siba Lolamou, proche du chef de la junte Moussa Dadis Camara, a "tenu à faire les choses correctement" en demandant qu'ils soient interrogés par les gendarmes, selon la source judiciaire.
Le général Konaté s'est rendu lundi à Rabat pour rencontrer le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, hospitalisé depuis plus de trois semaines, après avoir été blessé, le 3 décembre, par son aide de camp Aboubacar « Toumba » Diakité qui a tenté de le tuer.
L'incertitude sur le sort des 15 militaires illustre les rapports de forces entre les clans, au sein de la junte.
La plupart de ces militaires étaient des proches du président Lansana Conté (1984-2008), mort des suites de maladies en décembre 2008 après avoir dirigé le pays d'une main de fer pendant 24 ans.
Incertitude sur la libération des quinze militaires
Parmi eux figure le commandant Issiagha Camara, neveu et aide de camp du défunt Conté, ainsi que d'anciens membres de la garde rapprochée de Conté, tels qu'Alpha Oumar Diallo dit AOB et le dénommé "Pendessa".
Des observateurs font valoir qu'ils avaient été mis aux arrêts sans l'aval de Sékouba Konaté. Ce dernier était proche de Conté, un ami intime de son père qui l'avait protégé après la mort de ce dernier.
"Nous sommes retenus pour 48 heures. Mais on ne sait pas si on va être finalement libérés", a déclaré à l'AFP l'un des 15 militaires, joint par téléphone portable.
"Je m'en remets à Dieu"
"On a fait des dépositions devant les gendarmes. Ils nous ont demandé pourquoi nous étions opposés à la prise du pouvoir par le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, junte) et quelles sont maintenant nos impressions... J'ai répondu: "je m'en remets à Dieu, je veux ma liberté, c'est tout", a déclaré cet officier.
Ces militaires, majoritairement de l'ethnie Soussou, n'avaient pas été entendus par un juge depuis leur arrestation. Certains ont été retenus pendant sept mois au camp militaire Alpha Yaya Diallo (où siège la junte), puis quatre mois sur l'île de Kassa avant d'être transférés à la maison centrale de Conakry, peu après la tentative d'assassinat du chef de l'Etat le 3 décembre.

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