01/11/2009 à 11h:11 Par AFP
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le président sénégalais lors d'une conférence de presse à Dakar Le président sénégalais lors d'une conférence de presse à Dakar © AFP

La valise contenant 133.000 euros remise à un agent du FMI à Dakar en guise de "cadeau d'adieu", soulève une polémique d'une ampleur sans précédent au Sénégal, où médias et représentants de la société civile fustigent une "banalisation de la corruption" par le président Abdoulaye Wade.

"Wade, distributeur automatique du palais", a titré, sans ambages, le journal privé Le Quotidien vendredi, en grosses lettres à sa une. En début de semaine, le Fonds monétaire international (FMI) avait expliqué qu'un de ses agents avait reçu de la présidence sénégalaise pas moins de "100.000 euros et 50.000 dollars (33.000 euros)", ajoutant que l'argent avait été restitué.

Le président Wade avait confirmé à l'institution internationale "avoir organisé la remise" de cet argent, le 25 septembre, au représentant-résident du FMI à Dakar qui achevait sa mission dans le pays. Ce fonctionnaire, qui avait bien souvent critiqué la gestion des fonds publics au Sénégal, s'était vu offrir une valise pleine de billets après un dîner avec M. Wade.

Coutume et tradition...

Le président, âgé de 84 ans, au pouvoir depuis 2000 et bien décidé à se représenter en 2012, n'a pas commenté de vive voix l'affaire. Mais, dans un communiqué, il a mis en avant "la coutume". "Selon nos traditions, lorsque quelqu'un, qui est resté longtemps chez nous, nous quitte, on lui offre un cadeau, soit en nature soit en une modeste somme d'argent pour lui permettre d'acheter lui-même ses souvenirs pour sa famille", a plaidé M Wade.

Le président a expliqué qu'il avait omis de "préciser la somme" à remettre au visiteur, "car il y avait une pratique", et que son aide de camp s'était, en fait, "trompé" sur le montant.

Le colonel ainsi mis en cause "a-t-il confondu les coupures de 500 euros et celles de 50?", a demandé ironiquement le journal Sud, tandis que Le Quotidien reprochait au président de "banaliser la pratique de la corruption".

Des sociologues, interrogés par d'autres médias sur cette "tradition", ont conclu que celle-ci "a bon dos". "Dans le registre des sociétés africaines traditionnelles, lorsqu'on donne un cadeau, c'est pour raffermir les relations sociales", a souligné le sociologue Djiby Diakhate. Il a estimé que l'argent offert à l'agent du FMI visait plutôt à "l'amener à avoir une position favorable au Sénégal" et constituait une "pratique corruptive".

Wade disqualifié

A Dakar, les langues se délient pour évoquer les présents remis, au Palais, à diverses personnalités, syndicales, politiques, religieuses, etc. "La présidence appelle des syndicalistes, nuitamment, pour leur donner des enveloppes" a ainsi déclaré le secrétaire général de la fédération générale des travailleurs du Sénégal (FGTS), Sidya Ndiaye. "Des subsides et des véhicules 4x4 ont aussi été donnés pour diviser le mouvement social enseignant", a-t-il assuré.

Pour le coordonnateur du Forum civil (branche sénégalaise de Transparency International), Mouhamadou Mbodj, le président s'est "disqualifié" pour "gérer les ressources publiques dans un pays où la majorité des ménages vivent en-dessous du seuil de la pauvreté".

"Dès que M. Wade évoquera la bonne gouvernance, les gens souriront", dit-il. Il y a un mois, M. Wade avait déjà dû défendre la gestion d'une agence nationale dirigée par son fils, Karim, très critiquée dans le livre d'un journaliste sénégalais ( Abdou Latif Coulibaly, "Comptes et mécomptes de l'Anoci").

Le Parti socialiste (opposition) a accusé le président d'avoir installé "un système fait de népotisme et de clientélisme" et demandé au FMI et aux partenaires du Sénégal de "sévir" à son encontre.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Sénégal

Présidence de la Cedeao : OPA bienveillante de Ouattara et Compaoré

Présidence de la Cedeao : OPA bienveillante de Ouattara et Compaoré

Le futur président de la Cedeao doit être élu lors du prochain sommet des chefs d'État de l'institution, le 16 février à Addis Abeba. Selon nos informations, le président ivoirien Al[...]

Sommet de l'UEMOA : Soumaré remanie l'agenda

Le président de la Commission de l'UEMOA, le Sénégalais Cheikh Hadjibou Soumaré, a repoussé le sommet annuel des chefs d'État de l'organisation. Au lieu de février, celui-ci devrait[...]

Présidentielle sénégalaise : l'UE déploie ses observateurs, la campagne bat son plein

L'Union européenne (UE) a entamé mercredi le déploiement de ses "observateurs de longue durée" dans les 45 départements du Sénégal. Pendant ce temps, la campagne pour la[...]

Babacar Justin Ndiaye : "Un embrasement est possible au Sénégal"

Le politologue sénégalais Babacar Justin Ndiaye analyse les enjeux de la présidentielle sénégalaise du 26 février prochain. Pour lui, l’opposition balance entre le combat anti-Wade[...]

Sénégal : Amara Traoré chassé de la tanière des Lions de la Teranga

L’entraîneur des Lions de la Teranga, Amara Traoré, a été limogé par la Fédération sénégalaise de football (FSF). Une décision qui fait suite à[...]

Sénégal : Wade contre-attaque dans la rue et au plan diplomatique

Quelques heures après une marche de plusieurs milliers d'opposants à Dakar mardi, après un appel du Mouvement du 23 juin (M23), Abdoulaye Wade s’est offert  une parade dans les rues de la capitale[...]

Sénégal - Télécoms : Sonatel maintient son dividende

La société de télécommunications sénégalaise a annoncé ses résultats pour 2011. Le chiffre d'affaires progresse de 6,1% mais les bénéfices chutent.[...]

Énergie : des patrons sous tension

Maroc, Tunisie, Côte d'Ivoire, Sénégal : gros plan sur quatre dirigeants pris entre soubresauts politiques, crise de confiance et défi de la continuité énergétique.[...]

Sénégal : le complexe casamançais

La rébellion en Casamance qu'il n'a pas su mater reste le point noir du "règne" du président sénégalais Abdoulaye Wade. Aujourd'hui, pour lui comme pour tous les candidats à la[...]

Sénégal : l'opposition évoque la création d'un Conseil national de transition

L’ex-ministre des Affaires étrangères d’Abdoulaye Wade et aujourd’hui opposant, Cheikh Tidiane Gadio, a évoqué lundi 6 février à Rufisque (banlieue de Dakar) la[...]

Voir tous les dossiers