23/07/2009 à 10h:03 Par AFP
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Le ministre algérien de la Justice Tayeb Belaiz remet le diplôme du baccalauréat à une détenue Le ministre algérien de la Justice Tayeb Belaiz remet le diplôme du baccalauréat à une détenue © AFP

Pour beaucoup de détenus, suivre des études en milieu carcéral présente un double avantage: celui de passer le temps en s'instruisant, mais surtout celui de pouvoir, peut-être espérer la clémence de la justice, sous la forme d'allègements des peines ou de régime de semi-liberté.

Dans la petite cour de la prison d'El Harrach dans la banlieue-est d'Alger, des détenus nouvellement bacheliers discutent avec leurs parents, sourient et évoquent l'avenir sous les regards discrets des gardiens.

La matinée commence et la chaleur est suffocante ce mercredi dans ce vieux pénitencier d'El Harrach où une quinzaine de prisonniers, hommes et femmes, ont étudié et obtenu leur baccalauréat ou leur brevet d'enseignement moyen (BEM) -qui sanctionne la fin des études au collège-, source d'espoir pour eux.

Assis en tenue de ville aux cotés de leurs parents quelque peu tendus, ils attendent d'être récompensés par une délégation officielle comprenant le ministres de la Justice Tayeb Belaïz et celui de l'Education nationale, Aboubekeur Benbouzid.

Entourée de sa famille, Razika, 30 ans, condamnée à perpétuité, est derrière les barreaux depuis six ans mais affiche une réussite scolaire étonnante.

"J'ai choisi les études pour éviter de perdre mon temps pour rien et faire quelque chose d'inintéressant", résume Razika, la tête recouverte d'un voile islamique.

"J'ai toujours souhaité enseigner les mathématiques, mais le destin a voulu que j'entre en prison. Je ne sais pas comment je me suis retrouvée là", ajoute-t-elle calmement, en restant disrète sur les raisons de sa condamnation.

Allègement de peine

Razika a obtenu son baccalauréat en lettres et sciences humaines et compte poursuivre en prison des études universitaires en droit du travail. Elle espère obtenir un allégement de sa peine en récompense de ses efforts dans les études.

Pour "encourager les prisonniers à poursuivre des études en prison afin de mieux préparer leur réinsertion dans la société, une remise de peine de 24 mois est accordée aux prisonniers qui obtiennent le baccalauréat ou le BEM", explique Mokhtar Felioune, directeur général de l'administration pénitentiaire.

Mais Razika "est condamnée à perpétuité et ne peut pas bénéficier de cette grâce", ajoute-t-il.

"Nous n'avons enregistré aucun cas de récidive parmi les détenus ayant obtenu le baccalauréat et bénéficié d'une grâce", afirme-t-il par ailleurs.

Véritable motivation

A la première rangée, Mourad, 30 ans et détenu de droit commun, a obtenu un baccalauréat en lettres et sciences humaines avec mention très bien. Une performance exceptionnelle en milieu carcéral et même en Algérie où le taux de réussite cette année a été de 45,05%.

Il a déjà obtenu un bac en 2007 et 2008, dans d'autres filières. En prison depuis 2005, il lui reste à purger 27 mois derrière les barreaux pour une raison que lui aussi préfère taire. Il compte s'inscrire à l'université et devenir interprète, dit-il.

Un projet qui plaît à sa mère, venue de Kabylie avec un autre de ses fils assister à la cérémonie de remise des cadeaux et les "retrouvailles" sont chaleureuses.

La réussite au bac et au BEM est devenue une vraie motivation pour les détenus dans les prisons car ils peuvent, outre la remise de peine de 24 mois, bénéficier de la liberté conditionnelle pour poursuivre leurs études ou d'un régime de semi-liberté. Celui-ci leur permet de se rendre à l'université le jour avant de revenir dormir en prison.

En 2009, 531 détenus ont obtenu le baccalauréat sur 1.347 candidats -et 120 d'entre eux ont été libérés- et 1.404 sur 2.840 candidats ont eu le BEM, selon les chiffres officiels.

"Nous avons 41.000 détenus qui poursuivent des études dans les prisons, soit 74,52% de la population carcérale", indique le directeur général.

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