23/06/2009 à 10h:25 Par AFP
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Foule lors des funérailles d'Omar Bongo à Libreville, le 16 juin Foule lors des funérailles d'Omar Bongo à Libreville, le 16 juin © AFP

A peine leur président enterré, les Gabonais ont les yeux tournés vers l'avenir. S'ils s'étaient accomodés de leur chef d'Etat autoritaire, ils veulent maitenant un véritable renouveau. La classe politique a, elle, déjà entamé une concertation sur les prochaines élections.

Les hommages à leur défunt président terminés, nombre de Gabonais se prennent à rêver, pour tourner la page de l'ère Omar Bongo qui a duré 41 ans, d'une "vraie" élection qui serait déjà une première concrétisation de leur volonté confuse de "changement".

Le Premier ministre Jean Eyeghé Ndong a reconnu lundi que la présidentielle ne pourrait avoir lieu avant le 25 juillet conformément aux délais constitutionnels, notamment en raison de la nécessaire révision des listes électorales.

Une "concertation" de la classe politique, lancée ce mardi, devrait permettre de régler cette question.

Mais déjà, les esprits sont à la future élection.

 

Changement

"On veut le changement", dit Anicet, chauffeur d'un taxi déglingué qui vit dans un quartier déshérité de Libreville. "On ne veut plus des mêmes qui sont au pouvoir depuis toujours".

Ce sentiment, diffus parmi les nombreux laissés-pour-compte d'une redistribution marginale et arbitraire de la manne pétrolière, est aussi présent dans la classe moyenne de la capitale - bien qu'exprimé, le plus souvent, sous couvert de l'anonymat.

"Les gens ont envie d'un vrai changement", confirme un jeune père de famille. "Beaucoup de jeunes qui ne se sont jamais inscrits sur les listes électorales ont envie d'y aller cette fois, car les jeux sont ouverts".

Et les jeunes sont nombreux, qui n'ont connu que l'ère Bongo, dans un pays où l'espérance de vie est de 56 ans et où 36% de la population ont moins de 15 ans, d'après l'ONU.

 

"Maintenant qu'il n'est plus là il y a de l'espoir"

"Tant qu'il y avait Bongo, les gens étaient résignés, ils prenaient leur mal en patience et acceptaient tout, sachant que rien ne changerait de son vivant", explique une fonctionnaire trentenaire. "Maintenant qu'il n'est plus là, c'est différent, il y a de l'espoir. Mais aussi une certaine crainte car il avait su au moins garantir la paix".

D'après un universitaire, Bongo avait mis en place un "système monolithique".

"Tant qu'il y avait les ressources pour tenir, cela fonctionnait comme une chape de plomb", analyse-t-il. "Mais maintenant, le seul dénominateur commun, celui qui ne pouvait être contesté, est parti, et les ambitions vont s'exprimer".

Rares sont toutefois ceux qui donnent un nom au "changement" tant souhaité, au moment où, en coulisses, la bataille de la succession a commencé, notamment au sein du parti présidentiel qui rassemble un myriade d'ambitions.

 

Le paramètre de l'argent

Les personnes interrogées savent surtout ce dont elles ne veulent pas.

Un membre de l'ethnie fang, la plus nombreuse avec 30 à 40% de la population? Les autres communautés n'en veulent pas. Un candidat originaire, comme Bongo, du Haut-Ogooué (sud-est)? Le reste du pays s'y dit hostile. Un représentant du parti présidentiel, voire du clan du défunt? Trop dans la continuité. Et les "opposants"? Ils ont perdu toute crédibilité au fil de leurs compromissions avec le régime.

"Si on arrive à une élection fiable, si on a un président bien élu au Gabon, ce sera déjà l'alternance", s'exclame un ministre et ex-opposant. "Même si ce n'est pas un homme neuf, on aura changé de système".

Reste le problème de la "dictature du franc CFA" mise en place, d'après ses détracteurs, par Bongo. En 2005, les pétrodollars coulaient ainsi à flots sur la campagne présidentielle.

"Au Gabon, pour gagner un scrutin il faut distribuer énormément d'argent", décrypte un haut fonctionnaire expert des campagnes électorales.

"Les mêmes qui veulent le changement cherchent la facilité", admet aussi Anicet le chauffeur de taxi. "Ils veulent l'argent, et l'argent, ce sont ceux qui sont déjà au pouvoir qui en ont assez pour gagner".

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Gabon

Les chefs et les "makayas"

Il est loin le temps où l'on surnommait Ali Bongo Ondimba « Baby Zeus »... Plus de deux ans après son investiture, le troisième président du pays (Rose Francine Rogomb&eacu[...]

Gabon : étoiles, fourchettes et Coupe d'Afrique des nations

Organisation de la CAN 2012 oblige, le parc hôtelier a été remis à niveau dans l'urgence. Il en avait bien besoin ! Les autorités gabonaises distribuent désormais les bons points aux[...]

Pétrole : retard au démarrage pour Gabon Oil Company

Promesse électorale de 2009, la société nationale pétrolière n'est pas encore opérationnelle. Mais la Gabon Oil Company devrait entrer en activité cette année.[...]

Jean-Jacques Jung : "Le site de Franceville est un choix stratégique"

Leader mondial du manganèse, BHP Billiton souhaite doper sa production en s'implatant au Gabon. Le président de la filiale locale, Jean-Jacques Jung, se dit aussi intéressé par le fer et le[...]

CAN 2012 - Finale : la Côte d'Ivoire sur ses acquis, la Zambie sur sa lancée

Côte d’Ivoire – Zambie. Ce sera l’affiche de la finale de la CAN 2012. Une nouvelle fois, la Côte d’Ivoire part en favorite. Mais, pas étincelants dans leur demi-finale, les[...]

Le Gabon et l'illusion pétrolière

Agrégé de sciences économiques, doyen de la faculté de droit et de sciences économiques de l'université Omar Bongo de Libreville (UOB)[...]

Gabon - Livre : la démocratie selon Guy Rossatanga-Rignault

Mode de scrutin, transmission héréditaire du pouvoir... Dans son essai intitulé "Qui t'a fait roi ?" paru en novembre 2011, le juriste Guy Rossatanga-Rignault - par ailleurs conseiller spécial[...]

Sommet de l'UEMOA : Soumaré remanie l'agenda

Le président de la Commission de l'UEMOA, le Sénégalais Cheikh Hadjibou Soumaré, a repoussé le sommet annuel des chefs d'État de l'organisation. Au lieu de février, celui-ci devrait[...]

CAN 2012 : calendrier et résultats des matchs de la phase finale

Après les poules, la phase finale de la CAN 2012 a débuté le 4 février. Fait rare, les deux pays organisateurs, le Gabon et la Guinée-Équatoriale, étaient toujours en course pour[...]

Paul Biyoghé Mba : "Mon objectif, une croissance à deux chiffres en 2016"

Dans le cadre de la "politique de l'émergence", le Premier ministre gabonais, Paul Biyoghé Mba,  suit de près les dossiers économiques. Finances publiques, investissements, emploi,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers