04/03/2009 à 17h:20 Par AFP
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Jean-Christophe Mitterrand, le 4 mars 2009 au tribunal correctionnel de Paris Jean-Christophe Mitterrand, le 4 mars 2009 au tribunal correctionnel de Paris © AFP

Le tribunal de l'Angolagate s'est donné près de huit mois de réflexion avant de rendre, le 27 octobre, son délibéré sur cette affaire de commerce d'armes de guerre vers l'Angola, assez pour peser chaque mot d'un jugement qui risque d'altérer les relations entre Paris et Luanda.

Après cinq mois d'audience, le tribunal correctionnel de Paris a clos mercredi ce procès, où 42 personnes étaient accusées d'avoir, soit participé à l'organisation de ce "trafic" de 790 millions de dollars, soit bénéficié indûment de "pots-de-vin" généreusement distribués par les deux associés ayant mis ce commerce sur pied: Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak.

Les deux hommes ne contestent pas avoir livré, dans les années 90, des chars, hélicoptères, canons ou navires de guerre au parti de José Eduardo dos Santos, l'actuel président angolais, alors en lutte contre les rebelles de l'Unita dans une sanglante guerre civile.

A une exception près: ils nient avoir livré 170. 000 mines anti-personnel.

Leur défense est simple: ils affirment que Paris n'avait pas de feu vert à donner puisque l'arsenal, issu de l'ancien bloc soviétique, partait directement pour l'Angola sans transiter par la France, tandis que la société courtière, ZTS Osos, était basée en Slovaquie.

Leurs avocats ont plus d'une fois brandi la lettre que le ministre de la Défense, Hervé Morin, a envoyée l'été dernier à Pierre Falcone pour l'assurer que ces ventes n'avaient pas besoin d'autorisation, une lettre pouvant donner l'impression que le gouvernement français tentait de faire capoter le procès.

Mais pour l'accusation, qui a pris des réquisitions fermes en demandant notamment six ans de prison pour les deux associés, cette entreprise slovaque n'était qu'un faux-nez de la société parisienne de Pierre Falcone, Brenco.

De toute façon, "l'Etat savait", a martelé la défense. Et de fait, en 1995, une note de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), adressée notamment à l'Elysée et aux ministères de l'Intérieur et de la Défense, alertait sur ce "trafic d'armes".

Mais jusqu'à quel niveau hiérarchique est-elle remontée ? Les ministres de l'époque ont tous assuré n'avoir rien su de l'affaire.

Le procureur lui-même a pourtant parlé de "laisser-faire" français, lié aux "intérêts économiques et stratégiques qui apparaissent en filigrane".

Arcadi Gaydamak est en fuite en Israël; aucun responsable angolais n'a été incriminé; Pierre Falcone reste retranché derrière le secret-défense de ses "mandants" angolais : après la longue instruction, le tribunal n'a rien débusqué de vraiment neuf sur l'organisation de ce commerce, ou sur les circuits d'argent via une myriade de sociétés-écrans nichées dans des paradis fiscaux.

Restaient les personnalités comme Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali ou Paul-Loup Sulitzer, accusées d'avoir bénéficié des largesses d'un Pierre Falcone à la "générosité compulsive", dira un avocat.

Tous ont plaidé l'innocence, mais seul Jacques Attali a convaincu l'accusation qui a demandé sa relaxe.

Le jugement, s'il est sévère, pourrait compromettre le réchauffement des relations entre Paris et Luanda, capitale d'un pays aujourd'hui apaisé, aux riches ressources pétrolières.

L'Angola lui-même avait tenté de faire dérailler le procès en demandant au premier jour d'audience le retrait des pièces incriminantes au nom de sa souveraineté.

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