27/01/2009 à 10h:33 Par AFP
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le rapatriement volontaire ou la guerre pour des miliciens rwandais? Le rapatriement volontaire ou la guerre pour des miliciens rwandais? © AFP

Depuis six mois, ils attendaient de savoir s'ils pourraient un jour rentrer au Rwanda. Ces miliciens hutus rwandais se demandent maintenant s'ils seront la cible de l'offensive rwando-congolaise en cours dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

Près de 187 membres d'une faction dissidente des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) vivent à Kasiki, petit village de la province du Nord-Kivu, à la limite des territoires de Lubero et Walikale.

En juillet 2008, ils annonçaient déposer les armes "pour entamer un processus de paix visant au rapatriement volontaire", rappelle leur chef, le colonel Sabin Gaheza, dont l'attitude autoritaire traduit la formation de soldat.

Ces 80 combattants et leurs familles vivent depuis, apparemment sans arme, dans des cabanes faites de bâches de plastique bleu données par une organisation caritative locale.

Un détachement des FARDC (armée congolaise) les protège, pour prévenir une attaque d'un groupe FDLR voisin, mais également pour les surveiller et éviter qu'ils ne soient recrutés par un autre groupe, selon un officier congolais. Une vingtaine de rebelles en tenues dépareillées conservent néanmoins leur kalachnikov et surveillent une barrière à l'entrée de Kasiki.

Les paysans les désignent sous le terme de "Rudi", du nom de l'organisation à laquelle appartiennent ces rebelles en rupture de ban: le Ralliement pour l'unité et la démocratie-Rassemblement du peuple rwandais.

Organisation politico-militaire, le RUD a été créé en 2006 par des dissidents des FDLR. "Il regroupe toutes les ethnies rwandaises et a pour objectif notre retour dans la dignité au Rwanda", proclame son porte-parole, le colonel Jean-Michel Afrika. Considéré comme plus modéré que les FDLR, le RUD compte près de 400 combattants, selon la Mission de l'ONU en RDC (Monuc). Leur quartier général est basé à Mashuta, dans les montagnes de Walikale.

Ses membres étaient notamment présents sur l'axe routier Kiwanja-Ishasha (100 km au nord de Goma), d'où ils se sont retirés sans combattre en fin de semaine face à l'avancée des troupes congolaises et rwandaises qui vise les FDLR.

Alors que ces troupes progressent vers les sanctuaires des rebelles hutus, "nous sommes dans le doute", résume le colonel Afrika, assis sur une chaise de jardin en plastique, une famille de poussins picorant à ses pieds.

"Nous n'avons eu aucune garantie, ni de Kinshasa, ni de Kigali, que nous ne serons pas attaqués", explique ce quadragénaire à la chemise de marque impeccable. "L'objectif de cette offensive est de nous anéantir", assène-t-il. "Il s'agit d'exterminer nos gens dans les forêts, pas de les désarmer", renchérit le colonel Gaheza, qui estime que "Kigali manipule une nouvelle fois les Congolais".

Que feront les "Rudi" en cas d'attaque de leur camp? Pas question de reprendre les armes, affirme M. Afrika. "Si les FARDC ne sont pas en mesure de nous protéger, alors nous n'aurons pas d'autre choix que de fuir comme des civils, dans la forêt". Avec le soutien de la Monuc, des éléments du RUD mènent depuis vendredi, et pour une semaine, une "visite exploratoire" au Rwanda, en perspective d'un éventuel rapatriement.

Plus de 6. 000 combattants rwandais sont rentrés volontairement dans leur pays depuis le lancement en 2002 par l'ONU d'un programme de désarmement et rapatriement.

"Nous avons désarmé volontairement, mais malheureusement les autorités rwandaises ne nous offrent toujours pas les garanties nécessaires à notre retour", assure le colonel Afrika, qui attend "l'aide de la communauté internationale". "Nous restons des opposants", ajoute-t-il, en demandant l'ouverture d'un "dialogue politique avec le Rwanda".

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Afrique Centrale

Livre : la traque minière haletante de Christophe Boltanski

Livre : la traque minière haletante de Christophe Boltanski

Le journaliste Christophe Boltanski explore un recoin bien sombre de la mondialisation dans un livre-enquête passionnant, qui le fait voyager du Nord-Kivu jusqu'en Malaisie.[...]

Pointe-Noire - Artiste : Michel Hengo, grand maître de l'école congolaise

Ponténégrins d'adoption, pinceau à la main ou caméra au poing, ils puisent dans la cité océane l'inspiration du grand large et la quiétude propice à la création.[...]

Pointe-Noire - Artsites : Eddy Mikolo, réalisateur malgré tout

Ponténégrins d'adoption, pinceau à la main ou caméra au poing, ils puisent dans la cité océane l'inspiration du grand large et la quiétude propice à la création.[...]

Banque : la Beac entre convalescence et redressement

Rigueur budgétaire, contrôle, transparence, prudence... Depuis le scandale qui l'a ébranlée en 2009, la Banque des États de l'Afrique centrale a revu son code de conduite. Cela n'empêche pas[...]

Cemac : qui succédera à Antoine Ntsimi ?

Le sommet des six chefs d'État de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) devrait enfin se tenir à la mi-juin, à Brazzaville, et "quoi qu'il arrive"[...]

Cemac : suite de l'affaire Ntsimi

Suite à la publication, dans le no 2677 de Jeune Afrique, du second volet de notre enquête sur la présidence de la Commission de la Communauté économique et monétaire de[...]

France : Philippe Ebanga, républicain au long cours

Natif de Douala, Philippe Ebanga, a commandé le deuxième plus grand navire de guerre de la flotte française. Il est le nouveau porte-parole de la marine.[...]

Industrie pharmaceutique : William Kouadio-Tiacoh prend soin du continent

Directeur général de la zone Afrique centrale chez Sanofi, le pharmacien franco-ivoirien William Kouadio-Tiacoh décline la stratégie du géant français dans douze pays.[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Cemac : nouvelles révélations sur l'affaire Ntsimi

Mis en cause pour sa gestion de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, le président de la Commission, Antoine Ntsimi Menye, dénonce une conjuration contre sa personne.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers