Le chef de la junte au pouvoir en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, a dénoncé samedi d'un ton extrêmement ferme tous ceux qui s'en sont mis "plein les poches" sous le régime du président décédé Lansana Conté, assurant que les "coupables de détournement" seraient "châtiés".
Ce premier discours public, en forme de réquisitoire, a été prononcé au camp militaire Alfa Yaya Diallo de Conakry, devant un millier de personnes représentant les partis politiques, syndicats, organisations de la société civile et confessions religieuses du pays.
La réunion prévue de la junte avec les émissaires de la communauté internationale, qui devait avoir lieu à la mi-journée, a été reportée à mardi.
"Toute personne qui veut détourner le bien de l'Etat à son profit, s'il est pris, il sera jugé et châtié devant le peuple", a affirmé le capitaine Camara, à la tête des militaires qui ont mené un coup d'Etat sans violence mardi, au lendemain de la mort de Lansana Conté.
Ses attaques ont épargné le chef de l'Etat et chef suprême des armées, le défunt général Conté qui dirigea le pays pendant 24 ans. Il a même fait observer une minute de silence, debout, à sa mémoire.
En revanche, le capitaine Camara s'en est pris aux "ministres qui ont pillé ce pays, qui ont fait des buildings, des comptes un peu partout. . . ". "Au moment où le président était fatigué, tous les gens qui l'ont entouré se sont remplis les poches", a-t-il accusé, parlant sans note.
Des "bravo" ou des "merci" fusaient du parterre de représentants de la société guinéenne, assis en plein soleil sur des chaises en plastique, dans la cour de l'école militaire défraîchie, lorsqu'il s'engageait à faire un "audit" des finances publiques ou à lutter contre les trafiquants de drogue.
Le président autoproclamé de la Guinée a assuré que le coup d'Etat avait été mené du fait de la "corruption notoire du gouvernement", de "l'irresponsabilité et l'incapacité notoires de l'Assemblée nationale" qui s'était refusée à organiser les législatives initialement prévues en 2007.
Souhaitant "une belle élection libre et transparente", il a invité les partis à proposer leurs "projets de société" et à discuter entre eux de l'organisation des législatives. "Vous allez nous dire à quel moment" le scrutin doit avoir lieu, a-t-il ajouté.
Puis il a annoncé la renégociation des contrats miniers, fondamentaux pour le pays qui abrite plus du tiers des réserves mondiales de bauxite, et d'importantes réserves d'or, de diamant, de fer et de nickel. Il n'y aura "plus d'extraction" d'or jusqu'à nouvel ordre, a-t-il dit.
Quant au Port autonome de Conakry, il est également concerné par une "révision des contrats" par des experts et leur éventuelle "annulation".
Si l'action des putschistes a été condamnée par la communauté internationale, ils ont en revanche reçu vendredi le soutien clair et net du dirigeant d'un influent pays voisin, le Sénégal.
Le président Abdoulaye Wade, 82 ans, juge que "ce groupe de militaires mérite d'être soutenu". Le capitaine Camara lui a paru être "un jeune pur qui veut bien faire et qui n'a pas d'ambition politique".
Et "c'est la première fois que des militaires (guinéens) disent: +on organise des élections et on rentre dans les casernes+", a-t-il affirmé, appelant la communauté internationale à "les prendre au mot".
A Conakry, la junte avait déjà engrangé de nombreux soutiens plus ou moins explicites. "Nous prenons acte" de la prise effective du pouvoir par l'armée: cette formule a été utilisée par quasiment tous les partis d'opposition et les syndicats qui avaient mené la contestation contre le régime de Lansana Conté.

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