L'Union européenne lance lundi la première opération navale de son histoire, Atalante, en envoyant six navires de guerre et trois avions de surveillance aux trousses des pirates somaliens qui multiplient les attaques au large de la Corne de l'Afrique.
Au moins huit pays -Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grèce, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède auxquels se joindra peut-être le Portugal-, y participeront, sous le commandement d'un officier britannique, le vice-amiral Phillip Jones. Une autre première dans les annales de l'Europe de la défense.
Installé à Northwood, au nord de Londres, sur une base navale servant à la Royal Navy et à l'Otan, le QG d'"Eunavfor Atalanta" comptera quelque 80 officiers.
Une vingtaine de militaires assureront la logistique à Djibouti et un bon millier de marins navigueront au large de la Somalie et dans le golfe d'Aden.
Agissant sur mandat de l'ONU, la flottille de l'UE aura à escorter les navires du Programme alimentaire mondial (PAM) qui livrent une aide humanitaire à la Somalie et à patrouiller pour dissuader les pirates d'attaquer les navires marchands, voire faire feu sur eux s'ils passaient outre.
Les attaques se sont multipliées cette année au débouché du détroit de Bab el Mandeb par lequel passent 12% du commerce maritime et 30% du pétrole brut mondial.
Une trentaine de cargos ont été détournés, le double de l'an dernier. Après la capture spectaculaire en novembre du superpétrolier saoudien Sirius Star, certains armateurs préfèrent désormais faire un long détour et passer par le cap de Bonne Espérance.
Si elle démarre officiellement lundi, Atalante, qui prendra la relève de quatre navires de l'Otan patrouillant dans la zone depuis la fin octobre, ne sera pas immédiatement au complet.
Le navire amiral grec qui prendra le premier le commandement embarqué de la mission ne doit partir du Pirée que mercredi et arriver sur zone vers le 16.
Il sera relayé au bout de quatre mois à la tête de la flottille européenne d'abord par un Espagnol, puis par un Néerlandais.
Après avoir donné leur feu vert à l'opération le 10 novembre, les ministres européens des Affaires étrangères adopteront lundi à Bruxelles les règles d'engagement - les conditions dans lesquelles les Européens pourront recourir à la force. Le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a promis qu'elles seraient "robustes".
Le premier défi pour les frégates européennes sera d'assurer l'ordre sur une surface d'un million de km2. La composition de convois dans des couloirs de navigation bien délimités devrait faciliter sa mission.
Les pirates somaliens ont cependant montré que face à une concentration de bateaux de guerre, ils attaquaient des navires isolés à bonne distance du corridor protégé.
L'Association des armateurs européens (ECSA) a demandé à l'UE de protéger les bateaux les plus "vulnérables" - ceux dont le pont est bas et donc facile d'abordage, ou les plus lents.
Atalante devra aussi surmonter un casse-tête juridique autour de l'arraisonnement, l'arrestation et le jugement des pirates.
Dans le cas d'une attaque de pirates contre un bateau battant pavillon libérien, avec des équipages multinationaux, l'intervention d'un navire de guerre d'une tierce puissance peut créer un imbroglio juridique tel que le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a appelé mercredi le Conseil de sécurité des Nations unies à le démêler.
Au regard de leur législation nationale, quatre pays de l'UE seulement -Allemagne, Finlande, Pays-Bas et Suède- se sont dits en mesure d'arrêter et de juger des pirates. Et encore ne voudront-ils le faire qu'au cas par cas, a souligné un responsable européen.
Du coup, l'UE a engagé de discrètes négociations avec des voisins de la Somalie -Djibouti et Kenya- dans l'espoir qu'ils acceptent de se faire remettre et de juger des pirates pris en flagrant délit par Atalante.

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