30/06/2009 à 14h:43 Par Samy Ghorbal
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Il était une fois la télé... Il était une fois la télé... © DR

Un ouvrage riche en anecdotes retrace l’épopée du petit écran en Afrique francophone. Des premières émissions à l’explosion des chaînes confessionnelles.

Le 27 novembre 1962, une aventure improbable commence à Brazzaville (Congo) : l’épopée de la télévision africaine. Elle relève du petit miracle. Les États francophones nouvellement indépendants manquent à la fois de moyens humains et techniques, mais ils sont déterminés à se doter de ce qui est alors l’attribut des seuls pays développés.

C’est cette histoire singulière, riche en anecdotes et encore jamais racontée, qui forme la matière du livre de notre ancien collaborateur Tidiane Dioh, aujourd’hui responsable du programme médias à l’Organisation internationale de la francophonie. Fruit de cinq années de travail, l’Histoire de la télévision en Afrique noire francophone, des origines à nos jours, préfacée par Hervé Bourges, est dédiée à la mémoire de notre regretté Elimane Fall, qui a été le premier à relire et à corriger les épreuves du manuscrit.

La télévision est donc née au forceps à Brazzaville. Dès avril 1962, l’abbé Fulbert Youlou, premier président du Congo, sollicite l’assistance de l’Office français de coopération radiophonique. Mais Paris traîne les pieds. N’est-il pas préférable – et moins coûteux – de développer d’abord le réseau radiophonique ? Devant l’insistance du ministre de l’Information, Apollinaire Bazinga, venu spécialement à Paris en octobre, la coopération française cède et accepte de fournir les moyens pour réaliser trois journées expérimentales les 27, 28 et 29 novembre. La plupart des émissions sont françaises, le premier film diffusé sur le petit écran africain est un ­Fernandel, François 1er. Mais le journal télévisé, lui, est congolais. 

Objectifs irréalistes

Le succès est immédiat. Très vite, l’expérience fait des émules, du côté de Libreville, d’Abidjan. De l’autre côté du fleuve, le maréchal Mobutu, parvenu au pouvoir en 1965, s’irrite de la popularité des émissions du « Petit Congo » et tape du poing sur la table : il aura sa chaîne ! Elle émettra le 23 novembre 1966, la veille de la date anniversaire de son coup d’État…

À chaque fois, l’aide de la France est décisive. Le Sénégal est l’un des derniers grands pays à se doter de cet instrument. Ce n’est qu’à l’occasion des Jeux olympiques d’été de Munich, en 1972, que les Dakarois découvrent la puissance des images. Il faudra attendre la toute fin des années 1990 pour que la couverture de l’ensemble du Sénégal soit assurée.

Mais la télévision, en Afrique, est bien plus qu’un simple réceptacle d’images. D’emblée, les gouvernants lui fixent des buts élevés. Divertir, oui, mais d’abord éduquer aux savoirs de base, à l’hygiène, et alphabétiser ceux qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Et forger et entretenir le sentiment d’appartenance à la nation. « Des objectifs nobles mais irréalistes, surtout avec les moyens, très limités, dont disposaient la plupart des gouvernements », explique Tidiane Dioh. Très vite, le match entre le petit écran et la radio vire à l’avantage de la seconde, média de proximité par excellence, accessible à tous et qui émet en langues vernaculaires.

Les années 1990 marquent un tournant. Victimes de l’austérité budgétaire, les radiotélévisions publiques africaines doivent réduire la voilure. Elles cessent même d’émettre momentanément dans les pays ravagés par la guerre, notamment en Centrafrique. Partout ailleurs, c’est la crise. Le paysage médiatique se transforme radicalement. Des entrepreneurs privés investissent le créneau, parfois sauvagement. Les chaînes, souvent d’inspiration confessionnelle ou sectaire, prolifèrent. Avec toujours aussi peu de moyens. En RD Congo, on en dénombre soixante-cinq, fin 2005, dont trente-trois à Kinshasa. L’explosion télévisuelle soulève de nouvelles questions. Et souligne l’urgence qu’il y a à mettre en place de véritables instances indépendantes de régulation…

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