Extension Factory Builder
14/05/2014 à 12:01
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'oeil de Glez. L'oeil de Glez. © Damien Glez

À l’occasion du lancement de sa nouvelle campagne contre la pratique de la torture, Amnesty international ne met pas seulement le contienent africain à l’index. Elle critique aussi les séries américaines accusées de glorifier les sévices institutionnels. Des séries très populaires sur le continent.

"Jack is back !" Depuis le début de la semaine, le slogan barre les unes de journaux africains et s’affiche sur des panneaux de quatre mètres sur trois, annonçant telle ou telle promotion sur tel ou tel bouquet télévisuel. "Jack", c’est Jack Bauer, le héros de "24 heures chrono" absent des écrans depuis quatre ans. C’est ce mardi 13 mai que la saison 9 de la série américaine a réellement débuté sur les chaînes "tropicalisées" du groupe Canal +, après un lancement nocturne, il y a quelques jours, à l’occasion d’une diffusion simultanée à l’échelle de la planète.

>> Lire aussi : L'Afrique paradis des blockbusters

Jack Bauer devra faire face, non pas à un complot, mais à Amnesty International.

Oui, le retour de l’ami "Jack" est un événement sur le continent africain où les aficionados ne manquent pas, depuis 2001 où la série révolutionna le train télévisuel de sénateur auquel les telenovellas sud-américaines avaient habitué. Or, les Africains croyaient bien ne plus revoir le comédien Kiefer Sutherland, depuis les péripéties de son personnage au pays africain imaginaire du Sangala. Tant pis pour cette énième caricature d’une politique continentale percluse de coups d’État militaires, les fans l’étaient restés et accueillent Jack avec le rang qu’il semble mériter. Certains "maquis" africains n’ont-ils pas été baptisés "24 heures chrono" pour mieux évoquer l’étendue de leurs horaires ? Un hommage au feuilleton US n’a-t-il pas été rendu dans la série policière ouest-africaine "Super flics", à travers la sonnerie de téléphone de son inspecteur principal ? Les plus aisés suivent déjà le surhomme américain sur les chaînes Canal + ; d’autres devront attendre quelques mois pour visionner la nouvelle saison sur les chaînes nationales ; d’autres encore ne tarderont pas à se délecter d’une version piratée dans quelque salle de projection informelle.

Mais voilà, ce n’est pas qu’un complot terroriste que Jack Bauer devra déminer cette fois. Il devra faire face à… Amnesty International. Trente ans après l’adoption de la convention des Nations unies contre la torture, l’organisation non-gouvernementale de défense des droits de l’homme rend public sa nouvelle campagne. Tentée, elle aussi, par une caricature du contexte africain, la lauréate du prix Nobel de la Paix 1977 note que les trois quarts des pays qui n’ont pas ratifié la convention se trouvent sur le continent. Mais elle ne se contente pas de mettre à l’index les tortionnaires. Elle condamne aussi leurs avatars de fiction. En dénonçant des sévices "normalisés" par la guerre contre le terrorisme et "glorifiés" par des séries télévisées, la secrétaire générale d’Amnesty, Salil Shetty, fait le procès de "24 Heures chrono", mais aussi de "Homeland". Les aventures de Jack Bauer mettent effectivement en scène ce positionnement réactionnaire et paranoïaque que rendit admissible l’esprit du "Patriot Act". Elles constituent la série "post-11 septembre" par excellence.

>> Lire aussi : "The Samaritans", la série qui clashe les ONG

Si les statistiques - et la passion pour Jack Bauer - compromettent l’Afrique dans ce débat, le continent noir n’est pas le seul en cause, lorsqu’il s’agit de la banalisation de la torture. En Chine, championne du nombre d’exécutions de condamnés à mort, 74% de la population soutiennent le recours aux sévices corporels et Amnesty ne peut que déplorer que la torture y fasse "partie de la vie". Au Moyen-Orient, subsiste l’usage de la lapidation et de la flagellation. Aux États-Unis, certains prisonniers sont traités avec "cruauté", lorsqu’ils "sont placés en isolement et sans lumière".

Sur le continent africain, Amnesty International souhaiterait que ces questions soient mieux traitées par les législations locales. La nouvelle campagne de l’ONG se focalisera sur le Mexique, les Philippines, le Nigeria, l’Ouzbékistan, le Maroc et le Sahara occidental. Un périple digne de Jack Bauer.

>> Retrouvez tous les dessins de Damien Glez ici

_______

Damien Glez

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

La France et le Maroc ont décidé samedi de "tourner la page" de près d'un an de brouille diplomatique, en rétablissant leur coopération judiciaire et anti-jihadiste, un réchauffe[...]

France-Maroc : Rabat appelle à tourner la page de la crise diplomatique

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, a appelé samedi à tourner la page de la crise diplomatique entre son pays et la France, confirmant un plein rétablissement de[...]

Chine : la "chasse aux renards" est ouverte

Les autorités ont entrepris de pourchasser jusqu'en Europe ou en Afrique les responsables politiques et économiques convaincus de corruption. Une traque difficile ? Oui, mais extrêmement fructueuse.[...]

Cambodge : le docteur-la-mort, l'aiguille et le sida

Comment plus deux cents villageois de la province de Battambang ont-ils été contaminés par le virus du sida ? Un étrange médecin est dans le collimateur des enquêteurs.[...]

Les sons de la semaine #27 : Moh! Kouyaté, Gradur, J. Martins et Youssou Ndour

Bienvenue dans notre horizon musical de la semaine ![...]

Turquie : misogynes, les islamo-conservateurs de l'AKP ?

La propension des islamo-conservateurs de l'AKP à imposer aux femmes la manière dont elles doivent se comporter ou s'habiller indispose la fraction la plus jeune et citadine de la population. D'autant que les[...]

Mohamedou Ould Slahi : je vous écris de Guantánamo

On l'a pris, à tort, pour un gros bonnet d'Al-Qaïda. Kidnappé dans sa Mauritanie natale, puis remis aux Américains, Mohamedou Ould Slahi croupit depuis 2002 dans la sinistre base cubaine. Dans un[...]

2015, l'année des changements

L'année 2015 est encore dans son premier mois : où nous mène-t-elle ? Quelle direction prend notre monde et dans quel sens se déplace son centre de gravité ? Je me suis posé ces[...]

Peine de mort aux États-Unis : trois questions soulevées par l'exécution de Warren Hill

Un prisonnier africain-américain a été exécuté aux États-Unis mardi 27 janvier. Cet homme, condamné pour meurtre, aurait pu être gracié en raison de son handicap [...]

Livres - Gaston-Paul Effa : "La France est frappée d'amnésie"

L’écrivain franco-camerounais Gaston-Paul Effa restitue, dans "Rendez-vous avec l’heure qui blesse", le destin de Raphaël Élizé, un Martiniquais déporté au camp de [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140514115527 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140514115527 from 172.16.0.100