Extension Factory Builder
06/05/2014 à 14:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'La Traversée aux disparus' s'inscrit dans une impossible quête identitaire. "La Traversée aux disparus" s'inscrit dans une impossible quête identitaire. © Capture d'écran/theatre-lacriee.com/DR

S'appuyant sur des textes de Maryse Condé, Yanick Lahens et Fabienne Kanor, la metteuse en scène franco-ivoirienne Eva Doumbia revient sur la traite négrière et ses séquelles dans une pièce en trois actes, "La Traversée aux disparus". Jusqu'au 7 mai au Théâtre national de Marseille, La Criée.

C'est à un marathon littéraire et théâtral de 4 heures que nous invite Eva Doumbia. Trilogie composée d'une première partie consacrée à Maryse Condé (inspirée de l'autobiographie de cette dernière, La Vie sans fard, et de son grand roman africain Segou), La Traversée aux disparus s'inscrit dans une impossible quête identitaire. De celle à laquelle se retrouvent confrontés certains descendants d'esclaves déportés dans le Nouveau Monde, aux Antilles ou en Europe.

D'une contemporanéité puissante, le dernier volet de la pièce, intitulé "La Grande Chambre", a été écrit à la demande de la metteuse en scène franco-ivoirienne par Fabienne Kanor, écrivaine française installée en partie à Yaoundé. Celle-ci rétablit depuis l'ancien port négrier du Havre (France) "une mémoire que l'on n'a pas reconstruite". Son texte évoque la douleur de ces enfants de la République à qui la France renvoie sans cesse l'image d'une prétendue extranéité due à leur peau sombre. "Tu viens d'où ?" "Comment ça s'écrit ton nom déjà ?"

Un 'génocide' qui ne dit pas son nom"

La souffrance qui en découle plonge ses racines dans un traumatisme dont l'Histoire humaine a le terrible secret, un "génocide" qui ne dit pas son nom. Comment renouer avec l'histoire de ses aïeuls quand sa généalogie s'arrête brutalement aux portes d'une plantation ou dans les cales d'un bateau négrier ? Comment tisser ensemble des liens  à jamais brisés ? Comment entrer en contact avec l'Afrique de ses ancêtres et celle d'aujourd'hui sans se perdre dans ses rêves et ses fantasmes ?

Un questionnement qui a certainement été celui de Maryse Condé lorsqu'elle découvre à l'aube des indépendances une "nouvelle Afrique qui s'efforce de naître". Celle qui prendra la nationalité guinéenne non "par idéologie" mais davantage par commodité, revient dans La Vie sans fard sur son "périple africain surtout riche en souffrances", mais qui aura à [s]on insu débloqué quelque chose en [elle]" : au terme de ce voyage peu commun qui l'aura conduit avec bagages et enfants de la Côte d'Ivoire à la Guinée et au Ghana (dont elle se fera expulser, soupçonnée d'espionnage), cette femme au caractère bien trempé et à l'indépendance chevillée au corps découvre son salut dans la littérature.

Je voulais proposer une histoire du peuple noir via la littérature et les femmes.

Eva Doumbia, metteuse en scène

Une "résilience par l'écriture" qu'Eva Doumbia souhaitait mettre en scène. "Je voulais proposer une histoire du peuple noir via la littérature et les femmes et voir comment le travail littéraire est influencé par les traumatismes, qu'ils relèvent de la grande Histoire ou d'une trajectoire personnelle", explique la quarantenaire. L'enchaînement des adaptations scéniques de La Vie sans fard et de Segou ("Cette grande saga qui permet de comprendre ce qui se passe aujourd'hui au Mali en évoquant l'islamisation puis la colonisation de cette terre", selon Eva Doumbia) montre effectivement comment est née la vocation de l'écrivaine.

"Le fil conducteur est Maryse Condé"

Comme si elle n'était pas suffisamment sûre de sa mise en scène, Eva Doumbia a choisi de projeter par intermittence un documentaire de Sarah Bouyain donnant la parole à Maryse Condé. Un artifice qui ne convainc pas toujours et dont le didactisme nuit parfois à la dramaturgie. Il permet néanmoins de lier aux deux autres le second volet de la trilogie, inspiré de La Couleur de l'aube de l'écrivaine haïtienne Yanick Lahens, mais dont la mise en scène peine parfois à donner toute sa force à la littéralité du texte et à ses créolismes foisonnants.

"Le fil conducteur est Maryse Condé qui transmet un héritage littéraire à ces femmes. Elle nous transmet aussi le courage, l'espoir, la foi, un modèle à nous qui en France n'en avons pas", défend la dramaturge. Une filiation qui ne fait aucune doute dans "La Grande Chambre" tant le texte, la mise en scène et le jeu - notamment de l'actrice principale Clémentine Abéna Ahanda - offrent un souffle puissant au dernier volet, redonnant à penser dans son ensemble la trilogie ainsi que l'histoire de la traite et de ses séquelles contemporaines.

>> La Traversée aux disparus, mise en scène d'Eva Doumbia, jusqu'au 7 mai au Théâtre national de Marseille La Criée, à 19h, durée : 4 heures avec entractes.

________

Séverine Kodjo-Grandvaux, envoyée spéciale à Marseille

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Christopher Fomunyoh : 'Les Africains aspirent à une gouvernance moderne'

Christopher Fomunyoh : "Les Africains aspirent à une gouvernance moderne"

Directeur Afrique du National Democratic Institute, basé à Washington, le juriste et politologue camerounais décrypte la vision de l'Afrique selon Obama.[...]

Califat : Al-Baghdadi, un tigre de papier

Le très médiatisé État islamique est-il une nouvelle hydre, plus puissante et terrifiante qu'Al-Qaïda ne l'a jamais été ? Voire ![...]

France : le parquet de Paris dément l'ouverture d'une nouvelle enquête contre Sarkozy

Le procureur de la République du tribunal de grande instance de Paris a démenti mardi l'information du Parisien selon laquelle une enquête préliminaire avait été ouverte contre Nicolas[...]

Gaza : les bombardements israéliens redoublent d'intensité

Les bombardements de l'armée israélienne sur la bande de Gaza se sont renforcés dans la nuit de lundi à mardi. Les désaccords restent profonds sur les termes d'un accord durable entre Israël[...]

Sommet US-Africa : Bloomberg sur le coup

La fondation de Michael Bloomberg, l'ancien maire de New York, déjà largement engagée sur le continent, coorganise le premier US-Africa Business Forum qui se tient début août à Washington.[...]

Russie : Poutine, paria en Europe... latin lover en Amérique du Sud

Après le crash du vol MH17 en Ukraine, Vladimir Poutine est en passe de devenir un paria en Europe... mais pas en Amérique du Sud. De La Havane à Brasília, le maître du Kremlin fait[...]

Barack Obama : "Nous devons saisir le potentiel extraordinaire de l'Afrique d'aujourd'hui"

Devant 500 étudiants africains qui participent au programme "Washington Fellowship for Young African Leaders" aux États-Unis, Barack Obama a affirmé lundi que le monde avait besoin d'une Afrique[...]

Milliardaires africains : l'argent ne fait pas le bonheur... des pauvres

La récente étude du Wealth Report sur la multiplication des milliardaires africains et le nouveau rapport du PNUD sur les mauvais résultats du continent en terme de développement humain ne sont pas[...]

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers