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09/04/2014 à 17:46
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L'oeil de Glez. L'oeil de Glez. © Damien Glez

De "Homeland 4" à "Avengers 2", en passant par les prochains films de Sean Penn ou Brad Pitt, l’Afrique sert de décor aux grosses productions audiovisuelles made in USA. Peu valorisé dans les scénarios, le continent tente d’en hériter un patrimoine, comme le village de Dark Vador que la Tunisie essaie de sauver.

Silence… Moteur… on tourne. En cette année 2014, l’industrie audiovisuelle américaine s’attarde sur le continent. En février dernier, débutait à Johannesburg le tournage d’"Avengers 2", superproduction survitaminée où le spectateur bénéficie de six super-héros pour le prix d’un. Six ou sept ? À l’annonce de l’africanité du second opus, les esprits se sont rapidement mis à rêver de la présence au générique de Black Panther, le super-héros né au Wakanda, pays africain imaginaire dont les ressources naturelles permirent de fabriquer le bouclier de Captain America, autre personnage du film. Et la rumeur de caster le comédien Chiwetel Ejiofor, interprète du récent "Twelve years a slave". Et la production d’entretenir le mystère pour mieux alimenter le buzz autour d'un film qui ne sortira que le 29 avril 2015…

Si des productions américaines sont mises en boîte en Afrique, c'est rarement pour intégrer le continent dans la dramaturgie.

En attendant, les spectateurs africains ne devraient pas se faire de fausses joies. Si des productions américaines sont mises en boîte en Afrique, c’est souvent pour simplifier le travail des décorateurs, pour magnifier celui des éclairagistes et pour réduire les charges salariales des deux ; rarement pour intégrer le continent dans la dramaturgie. Ainsi, si le plus gros succès des séries américaines récentes délocalise, lui aussi, son tournage à Cape Town, ce n’est pas pour y inscrire son intrigue. Au cours de la quatrième saison de “Homeland”, la station de la CIA dans laquelle évoluera l’agent Carrie Mathison sera reconstituée en Afrique australe. Mais le trompe-l’œil du scénario la situera au Moyen-Orient…

"Avengers 2" et "Homeland 4" ne sont pas les seules productions américaines à émigrer dans cette région du monde. Hollywood bruisse d’une rumeur : le comédien et réalisateur Sean Penn devrait planter sa caméra, lui aussi, en Afrique australe. Par contre, son sujet devrait, lui, concerner la réalité du continent. Une des probables interprète du film, Adèle Exarchopoulos, évoque déjà "des rencontres humaines dans les camps de réfugiés au Soudan, au Libéria… "

Quant au comédien Brad Pitt, c’est en installant sa "petite" famille à Johannesburg qu’il a alimenté les supputations sur son prochain film. Pour l’heure, l’information est moins une information artistique qu’une actualité immobilière. Le quotidien local Beeld indiquait que le couple le plus glamour du cinéma américain aurait loué une maison dans le quartier huppé de Sandhurst. Loyer mensuel ? 7600 dollars.

Au XXe siècle, c’est le Maroc qui était "the place to be" du cinéma mondial. On y tourna des scènes de longs métrages aussi fameux que "Lawrence d'Arabie", "La Chute du faucon noir", "Les Chemins de la liberté", "La Dernière Tentation du Christ", "Le Diamant du Nil", "Tuer n'est pas jouer", "Green Zone" ou même "Sex and the City 2". Au début du XXIe, l’Afrique du Nord semble détrônée par la partie australe du continent. C’est l’Afrique du Sud qui offre aux réalisateurs hollywoodiens des cadres naturels spectaculaires, les infrastructures du Cape Town Film Studios et des coûts de production raisonnables, notamment du fait de la chute du rand ou de réductions fiscales pour les tournages et la postproduction de réalisations étrangères. En 10 ans, le pays n’a pas seulement accueilli l’équipe de "Invictus" dont le sujet –la coupe du monde de rugby en Afrique du Sud– justifiait la localisation. Il a vu se tourner des dizaines de films dont les succès "Lord of War", "Blood Diamond", "Mad Max 4" ou "Chronicle".

Quand l’Afrique offre ses décors naturels, Hollywood lègue ses décors artificiels.

Si les réalisateurs américains répandent sur le continent des liasses de billets craquants, ils laissent également derrière eux des traces qui ne sont pas dénuées d’intérêt touristique. Quand l’Afrique offre ses décors naturels, Hollywood lègue ses décors artificiels. Au titre d’une mémoire à laquelle la pellicule seule ne semble pas pouvoir rendre hommage, les tournages américains enfantent une sorte de patrimoine culturel africain. Qu’est-ce qui attire les cars de touristes à Tataouine, Matmata ou Ong Jmel, dans le sud tunisien ? Les vestiges de "Star Wars". Tataouine abrita le tournage du premier épisode de la saga de George Lucas, en 1976. Quant à la zone d’Ong Jmel, elle héberge Mos Espa, le village originel d’Anakin Skywalker, celui qui devint Dark Vador.

>> Lire aussi : Pour récupérer ses touristes, la Tunisie mise sur Pharrell Williams et la Guerre des Étoiles

L’intérêt touristique de ces décors périmés est tel, quatre décennies plus tard, que le ministère du tourisme tunisien vient de lancer une campagne internationale de levée de fonds pour sauver les constructions de dunes mobiles qui ont déjà enseveli 15% du village. 15, c’est aussi le nombre de mètres de progression annuelle des dunes. 160 000, c’est le nombre de dinars que l’État tunisien a avancé pour démarrer les travaux. 7, c’est le numéro du prochain épisode de "Star Wars" dont on vient d’annoncer le début du tournage. 2, c’est le nombre de questions qui se posent : l’annonce d’un nouvel opus de "La guerre des étoiles" est-il étranger à cette soudaine levée de fonds ? Quel pays gagnera le jackpot en abritant le tournage ?

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Damien Glez

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