Extension Factory Builder
04/11/2013 à 15:38
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
En France, l'aumônerie musulmane n'obtient aucun financement de la part des autorités cultuelles. En France, l'aumônerie musulmane n'obtient aucun financement de la part des autorités cultuelles. © AFP

Depuis 2006, les aumôniers musulmans officient dans les hôpitaux français, où ils apportent une aide spirituelle aux patients musulmans tout en assurant une médiation avec le personnel médical. Une action indispensable dont le développement est pourtant freiné par le manque de financements.

Sofiane était sous assistance respiratoire, au centre hospitalier de Montpellier, lorsque sa mère a souhaité qu'il retourne dans son pays d'origine. "Elle voulait que son fils finisse ses jours en Algérie. Nous avons dû la soutenir et lui faire comprendre que ce transfert était impossible, compte tenu de son état et des conditions sanitaires à respecter", confie Fathia El Moummi.

Depuis près de deux ans, cette aide-soignante de formation panse les plaies des patients et de leurs proches, sans compresse ni bandage. Et côtoie, chaque jour, des individus très malades ou en fin de vie qui soulagent leur peine grâce à la religion. À à 48 ans, elle est aumônière musulmane à l'hôpital de Montpellier. "Les médecins soignent le corps, moi, je soigne l'esprit", résume-t-elle.

>> À lire aussi "Diaporama : Père Arnaud Goma, un curé africain à Paris"

Peu après la désignation d'aumôniers musulmans en prison et à l'armée, en 2005, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a pris la mesure des incompréhensions de certains patients musulmans face à la réalité hospitalière. "Des personnes hospitalisées refusaient d'être auscultées par une personne de sexe opposé", explique Mohammed Azizi, aumônier régional des hôpitaux d'Île-de-France.

Une aumônerie musulmane s'organise alors dans les hôpitaux, dès 2006, autour de la nomination d'un aumônier national, Abdelhaq Nabaoui, et de référents dans chaque région, afin d'institutionnaliser une activité jusque-là exercée par des bénévoles. De l'avortement thérapeutique au don d'organes, en passant par les ablutions sèches, les aumôniers répondent aux questionnements des croyants hospitalisés. "Les gens ignorent souvent que l'Islam autorise certains allègements pour les personnes souffrantes, comme pour le jeûne du ramadan, par exemple", précise Fathia El Moummi.

La tâche est parfois très délicate, comme lorsque le patient se trouve en unité de soins palliatifs. "Les familles ne comprennent pas le point de vue des médecins sur l'acharnement thérapeutique. Jusqu'au bout, elles espèrent un miracle, même si le malade est sous perfusion", affirme Abdelkader Khali, aumônier musulman à la Pitié-Salpêtrière.

Demande croissante

Dans la région parisienne, qui compte près de deux millions de musulmans, seuls 12 aumôniers sont salariés.

Aujourd'hui, une vingtaine d'aumôniers régionaux tentent de faire face à une demande croissante de la part des patients musulmans. Depuis quelques années, ces conseillers du culte sont de plus en plus sollicités par les familles qui ont besoin d'être guidées dans leur deuil. Or, cette demande se heurte souvent au manque criant d'aumôniers hospitaliers. Dans la région parisienne, qui compte près de deux millions de musulmans, seuls 12 aumôniers sont salariés sur les 43 hôpitaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) alors que l'aumônerie catholique en compte une quarantaine. La centaine d'aumôniers musulmans doit donc avant tout compter sur l'aide de bénévoles. En janvier dernier, l'équipe médicale de Montpellier alertait sur Twitter qu'elle recherchait des personnes susceptibles d'exercer cette activité dans la région.

Face à une telle demande, les aumôniers en poste ou bénévoles ne comptent pas leurs heures. "Quand une famille est en détresse, nous n'avons pas d'horaires", assure Abdelkader Khali. "Les proches des patients les appellent parfois à 4 heures du matin mais ils n'hésitent pas à se déplacer, même à leurs frais", avance Abdelhaq Nabaoui.

Aujourd'hui, la pénurie d'aumôniers sur le territoire devient pesante. Face aux aumôneries catholiques ou protestantes, plus organisées car plus anciennes, leur petite sœur musulmane peine encore à se structurer, notamment à cause d'un manque de financements. Si l'Église catholique et la Fédération protestante subventionnent une partie de leur aumônerie hospitalière, l'aumônerie musulmane n'obtient aucun financement de la part des autorités cultuelles telles que le CFCM. Seules les associations musulmanes aident à son développement, grâce à ses bénévoles et aux dons.

"Il faudrait que les grandes organisations nous aident, qu'elles comprennent que notre action est indispensable", lance Mohamed Azizi. "Le CFCM est une jeune institution qui n'a pas les moyens de salarier des aumôniers", maintient Abdelhaq Nabaoui. Pour le moment, la présence d'aumôniers musulmans dans les établissements publics de santé dépend avant tout de la bonne volonté des chefs d'établissement. "Nous avons commencé de zéro. La structuration de l'aumônerie hospitalière se fait progressivement. Il faut laisser le temps au temps", relativise Abdelhaq Nabaoui, optimiste.

________

Émeline Wuilbercq

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Inde : de la syrah au pays de Shiva

Inde : de la syrah au pays de Shiva

Alors que la consommation nationale de vin est en pleine croissance, plusieurs producteurs locaux commencent à se faire un nom. Parmi eux, Sula Vineyards, qui s'apprête à exporter... en France.[...]

Italie : le père de Cécile Kyenge a-t-il (vraiment) ensorcelé Roberto Calderoli ?

Connu notamment pour ses insultes racistes, Roberto Carderoli a affirmé mardi que le père de Cécile Kyenge l'avait ensorcelé. Et le sénateur italien dit détenir des preuves de ses[...]

France - Libye : Sarkozy, Kadhafi et la piste malienne

Comme l'a révélé J.A. en exclusivité, les juges qui enquêtent sur le financement de la campagne de l'ex-président français en 2007 ont adressé une demande d'entraide[...]

Élite africaine : l'École des riches, euh... des roches !

Cet établissement français, où une année d'internat coûte plus de 25 000 euros, accueille depuis toujours les fils et les filles de personnalités africaines. À ce tarif,[...]

François Hollande : "Bachar al-Assad ne peut pas être un partenaire de la lutte contre le terrorisme"

Lors de son discours annuel devant les ambassadeurs, jeudi, le président français, François Hollande, a affirmé qu'il refusait coopération avec le gouvernement de Bachar al-Assad pour lutter[...]

Irak : la politique de la terre brûlée selon l'État islamique

Des jihadistes ont mis le feu jeudi à un champ pétrolier qu'ils contrôlaient dans le nord de l'Irak, avant de battre en retraite alors que les forces kurdes les attaquaient dans le même secteur.[...]

Migrants : l'UE lance l'opération "Frontex Plus" pour aider l'Italie à protéger ses frontières

La Commission européenne a décidé de lancer une nouvelle opération en Méditerranée pour aider l'Italie à faire face à l'afflux de migrants. Elle appelle les États[...]

Ebola : suspension des vols vers les pays touchés, une réponse "dangereusement inadaptée"

Les dernières compagnies aériennes qui assuraient encore la desserte des trois pays d'Afrique de l'Ouest touchés par Ebola ont presque toutes suspendu leurs vols mercredi. Une décision [...]

Turquie : Erdogan, du Coran au sérail

Pour l'enfant du quartier populaire de Kasimpasa, c'est la consécration. Élu président le 10 août, le Premier ministre sortant Recep Tayyip Erdogan compte renforcer encore son emprise sur le[...]

États-Unis : retour sur les destins brisés de neuf citoyens africains-américains

Depuis le meurtre de Michael Brown, le 9 août dernier à Ferguson, les États-Unis vivent une nouvelle fois au rythme des tensions communautaires. Une situation que le pays a connue à de multiples[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex