Extension Factory Builder
17/10/2013 à 11:06
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Une oeuvre de l'artiste ivoirien Jems Koko Bi, exposée à Londres, le 15 octobre 2013. Une oeuvre de l'artiste ivoirien Jems Koko Bi, exposée à Londres, le 15 octobre 2013. © Will Oliver/AFP

C'est une première révélatrice de l'émergence d'un marché. La première foire d'art contemporain africain organisée hors du continent se tient à Londres du 16 au 20 octobre.

Quelque 70 artistes africains et de la diaspora - certains établis comme le photographe malien Malick Sidibé, mais aussi des moins connus - sont présents à la foire "1:54", le chiffre 1 en référence au continent africain souvent assimilé à une seule entité, et 54 en référence au nombre de pays qui la constituent. La première foire d'art africain organisée hors du continent se tient du mercredi 16 au dimanche 20 octobre à la Somerset House de Londres.

"Dans la mentalité de beaucoup de gens (en Occident), l'art africain se résume aux arts premiers", explique Philippe Boutté de la galerie Magnin-A basée a Paris et spécialisée dans l'art africain contemporain. "Le public a longtemps vu dans les artistes qu'on exposait des Bushmen, des gens qui auraient fait de l'art sans le savoir", note-t-il avec ironie, "alors que ce sont des vrais artistes".

Derrière lui, un imposant trône de l'artiste mozambicain contemporain Gonçalo Mabunda, confectionné uniquement de revolvers, Kalachnikov et autres munitions vestiges de la guerre civile dans son pays. "Zuma" est proposé à 9 500 euros, à côté d'une toile réaliste de l'artiste congolais Chéri Samba, vendue à 55 000 euros et intitulée "Lettre de la CPI", la Cour pénale internationale qui a condamné l'ex-chef de milice congolais Thomas Lubanga à 14 ans de prison.

Thèmes récurrents

Le point commun de ces artistes : le continent africain bien sûr, leur persévérance à créer dans des conditions difficiles, mais aussi des thèmes récurrents. "Il y a un sens de l'immédiateté, des chroniques sociales et politiques, et les artistes ne produisent pas d'œuvres liées à leurs émotions, mais à leur environnement", contrairement aux artistes occidentaux, estime la Camerounaise Koyo Kouoh, directrice artistique de la foire.

Giant Ball de l’artiste béninois Romuald Hazoumtitled, exposé à Londres, le 15 octobre 2013. © AFP

Romuald Hazoumè, qui a eu les honneurs du British Museum à Londres, du Centre Georges Pompidou à Paris ou encore du Guggenheim à Bilbao (Espagne), témoigne de cet engagement. Dans son boubou beige, le cou chargé de grigris, ce Béninois défend ses masques confectionnés à partir de bidons d'essence découpés. Une hanse dessine le nez, un goulot la bouche, de simples tresses ou un wax coloré finissent d'esquisser les visages. Avec ces créations, "je rends hommage aux héros de la survie", ces Béninois qui font du trafic d'essence avec le Nigeria voisin, en transportant jusqu'à 620 litres d'essence sur leur mobylette, explique-t-il à l'AFP. "Je suis l'ambassadeur des questionnements de mon peuple."

On peut aussi citer l'Ivoirien Abdoulaye Diarrasouba dit Aboudia, dont un tableau a été acquis récemment par la galerie renommée Saatchi. Ses collages grands formats, alliant dessins tribaux et journaux, s'inspirent des violences post-électorales de 2010-2011.

Un marché en pleine croissance

"1:54" se tient la même semaine que la Frieze Masters, l'une des principales expositions d'art contemporain au monde. Le moment choisi "envoie le message clair qu'il s'agit d'un marché en croissance", estime Paul Hewitt de la maison d'enchères Christie's, qui soutient la foire.

Depuis quelques années seulement, le marché de l'art africain fait parler de lui. Pour preuve, des oeuvres de la peintre d'origine éthiopienne Julie Mehretu et du sculpteur ghanéen El Anatsui se sont arrachées pour au moins un million d'euros. Elles restent toutefois des exceptions. Les oeuvres exposées à la foire sont ainsi proposées entre 1.200 et 350 000 euros.

Koyo Kouoh, attribue cet intérêt grandissant à la croissance économique de l'Afrique notamment. "L'art suit les facteurs économiques. Les indicateurs économiques de l'Afrique sont très positifs et naturellement il y a un intérêt pour la pratique artistique", explique-t-elle.

Une foire internationale d'art africain, relativement modeste, se tient à Johannesburg depuis 2008, mais elle n'a jamais franchi les frontières du continent. Romuald Hazoumè regrette que "1:54"  ne se tienne pas, faute de marché, en Afrique. "Les nouveaux riches africains achètent des Bentley, on a une culture de la frime. On n'a pas compris que la culture c'est le meilleur investissement. Au bout d'un an la voiture est cassée, et elle ne dit rien sur nos racines. Alors que l'art ou un musée va porter notre monde pour des générations." L'objectif affiché de Touria El Glaoui, fondatrice de la foire et fille du célèbre artiste marocain Hassan El Glaoui, est d'ailleurs de faire tourner, un jour, "1:54" en Afrique. "Alors j'aurai accompli mon rêve."

(Avec AFP)

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Continental

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visas !

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visas !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisation sous-régionale, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visas d'entrée sur leurs territoires. Grâce à une carte i[...]

France : quand François Hollande oublie les "tirailleurs"

À la Grande Mosquée de Paris, sur la plaque gravée en hommage aux soldats musulmans mort pour la France, l'Élysée va devoir réparer son omission.[...]

La diversité religieuse ? Une richesse inéquitablement répartie

Chrétiens, juifs, musulmans, animistes, athées... Sur Terre, ce n'est pas la diversité qui manque. Une enquête recense les pays où elle est le plus forte. Première en Afrique, la[...]

Japon - Yoshifumi Okamura : en Afrique, "c'est maintenant qu'il faut y aller !"

De passage à Paris, l'ancien ambassadeur du Japon en Côte d'Ivoire - et désormais représentant personnel du Premier ministre pour l'Afrique-, Yoshifumi Okamura, évoque l'avancée des[...]

Risque-pays : les bons et les mauvais élèves africains

Aon Risk Solutions vient de publier la 16e édition de la carte de risque pays. Si l'Afrique australe reste (à l'exception du Zimbabwe) la zone la moins risquée du continent, le Maroc, le Ghana et l'Ouganda[...]

Terrorisme - Iyad Ag Ghaly : arrête-moi si tu l'oses !

Recherché pour terrorisme par le monde entier, le chef touareg Iyad Ag Ghaly semble pourtant poursuivi avec bien peu d'ardeur. Et pour cause : il reste un acteur essentiel dans la région.[...]

Veni vidi... Vinci ?

Après des années de suprématie chinoise, les français Bouygues, Eiffage et Vinci repartent à l'assaut du continent. Leurs atouts ? Qualité, respect des délais et recours[...]

Olivier Stintzy : "Investir dans les hôpitaux, les écoles, le logement"

Pour ce gestionnaire de fonds, les partenariats public-privé permettent de prolonger la durée de vie des équipements à vocation sociale tout en garantissant leur rentabilité.[...]

Casa África, aux Canaries, une fenêtre espagnole sur le continent

Créée en 2006 comme un consortium entre le ministère espagnol des Affaires étrangères, le gouvernement des Canaries et la municipalité de Las Palmas où elle a son siège,[...]

Carte : droit à l'avortement, l'Afrique entre tabou et désinformation

Dans la majorité des pays d’Afrique, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est soumise à des conditions tellement strictes que l'avortement clandestin demeure la règle. Avec toutes les[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers