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12/08/2013 à 22:00
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Pascal Irénée Koupaki n'a pas été maintenu au poste de Premier ministre. Pascal Irénée Koupaki n'a pas été maintenu au poste de Premier ministre. © Fiacre Vidjingninou/AFP

De fortes tensions entre le président béninois, Boni Yayi, et certains de ses ministres, avec en toile de fond l'affaire Patrice Talon, sont à l'origine du large remaniement ministériel annoncé dimanche 11 août par le chef de l'État Thomas Boni Yayi.

Mis à jour le 5/09 à 16h30 (voir mise au point à la fin de l'article)

Trois poids lourds du régime limogés, le poste de Premier ministre supprimé : Thomas Boni Yayi a procédé à un véritable coup de balai. Trois jours après avoir mis fin brutalement aux fonctions de l'ensemble de la première équipe de son second mandat, le président béninois a annoncé, dimanche 11 août au soir, la formation de son nouveau gouvernement.

Un remaniement avec en toile de fond l’affaire Patrice Talon. Le locataire du palais de la Marina est convaincu que cet homme d’affaires, qui est accusé d’avoir tenté de le faire empoisonner, a acheté bon nombre de ses ministres dont il doutait de la loyauté.

Le divorce Yayi-Koupaki

C’est le cas du Premier ministre, Pascal Koupaki, dont le poste, qui n'est pas prévu dans la Constitution, ne sera pas remplacé. Les vives tensions entre Boni Yayi et celui qu’il avait nommé en mai 2011 ont d’ailleurs précipité un remaniement initialement prévu après les prochaines municipales (reportées, en mars, à une date non précisée). "Ils ne s’entendaient plus, ce qui mettait à mal le bon fonctionnement de la machine gouvernementale", explique un conseiller du chef de l’État. Selon plusieurs sources, le point de non-retour a été atteint à l’occasion d’un tête-à-tête entre les deux hommes, le 29 juillet. À l’issue de cet entretien houleux, Pascal Koupaki aurait même annoncé au chef de l’État son intention de démissionner. Il n’en a pas fait état publiquement, mais était en tous cas absent le 1er août, lors du défilé de la Fête de l’Indépendance.

Koupaki était pourtant considéré comme proche du président. Depuis l'élection de ce dernier en 2006, il avait même été de tous les gouvernements. Plusieurs facteurs peuvent éclairer cette rupture. Les liens supposés du Premier ministre avec Patrice Talon figurent en tête de liste des reproches du chef de l’État. Boni Yayi n’a pas non plus apprécié ses ambitions présidentielles affichées. Urbain Amegbedji, président du centre Africa Obota, estime, de son côté, que Koupaki doit d’avantage son départ à sa "forte personnalité". "Depuis 2006, il a par exemple toujours refusé de participer aux campagnes nationales des ministres organisées pour soutenir l’action du chef de l’État", explique-t-il.

Reckya Madougou et ses rendez-vous en France

La ministre de la Justice, Reckya Madougou, a également fait les frais du remaniement. Boni Yayi lui reproche, comme à  Pascal Koupaki, sa proximité avec Patrice Talon. C’est récemment, à l’occasion d’un long séjour de trois mois en France où elle a accouché, que les soupçons de l’entourage du chef de l’État se sont étayés – la Garde des Sceaux y aurait rencontré l’homme d’affaires a plusieurs reprises. Son timide soutien au projet de réforme constitutionnelle prévue par le président aurait également joué en sa défaveur.

La chute de Kogui N'Douro

Autre poids lourd de l’ancien gouvernement mis à l’écart, le ministre des Affaires présidentielles, Issifou Kogui N’Douro (62 ans) était un ami de plus de quinze ans du chef de l’État. Géographe de formation et ancien directeur adjoint aux finances de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), il tenait un rôle essentiel dans le système Boni Yayi. Avec Patrice Talon et Albert Tévoédjré, il fait partie du trio, influent sur la scène politique béninoise, qui avait parrainé sa candidature en 2006. Les premières tensions entre les deux hommes datent du remaniement de juillet 2012, quand Kogui N’Douro est débarqué du prestigieux ministère de la Défense pour n’obtenir que celui des Affaires présidentielles.

Officiellement, l’ex- ministre d’État a perdu la confiance du président pour des questions de gouvernance. Certains estiment cependant que la rivalité entre les deux hommes a scellé le sort de Kogui, Boni Yayi lui reprochant notamment son influence dans le nord du pays.

Marcel de Souza sur la sellette ?

Le ministre du Développement, Marcel de Souza, est l’une des seules personnalités importantes du gouvernement à être passée entre les gouttes. Mais, un temps menacé, le beau-frère et ami de longue date du président - les deux hommes sont entrés à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) la même année, en 1978 - a finalement sauvé sa peau car "Yayi ne pouvait pas couper toutes les têtes", explique un proche du gouvernement.

Le nouveau gouvernement a été accueilli assez fraîchement par la société civile et l'opposition. "Le président nous avait promis une équipe de combat, avec 50 % de femmes, ce n’est pas le cas. Nous ne comprenons pas. Il n'y a que cinq femmes et tous ceux qui, dans l’ancienne équipe, pouvaient contester ses décisions ne sont plus là. C’est comme s’il voulait être le seul maitre à bord", estime Lazare Sehoueto, coordonnateur de l'Union fait la nation (UFC).

"Le nouveau gouvernement est formé de personnalités de seconde zone. Il n’y a pas de figure marquante capable d’insuffler une nouvelle dynamique", poursuit Urbain Amegbedji. Ce militant du mouvement Alternative citoyenne (AC), lancé en mars pour s'opposer à la révision constitutionnelle, juge également que le président se sert de l'affaire Talon pour masquer les contreperformances économiques de son gouvernement. "Tout ce qui va mal est rejeté sur le dos de Talon. Le chef de l'État a été élu pour régler les problèmes des Béninois et non pour s'occuper de ses conflits avec ses anciens amis qui deviennent aujourd'hui ses ennemis".

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Par Vincent Duhem

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Suite à la mise en ligne de cet article, le 12 août, Reckya Madougou, ancienne ministre de la Justice remerciée le 11 août au soir, a tenu à nous faire parvenir la mise au point suivante :

"Contrairement à ce que vous écrivez, je n'ai pas passé trois mois en France, mais deux mois à l'occasion d'un congé maternité dont l'essentiel ne s'est pas déroulé en France, mais à Genève, en Suisse, chezmon époux.

Vous évoquez "mes rendez-vous en France" et écrivez que j'aurais rencontré à plusieurs reprises l'homme d'affaires Patrice Talon. J'affirme que mon état de santé ne me le permettait pas, que ma mobilitéétait réduite, et que ni le chef de l'État, ni son entourage ne m'ont jamais soupçonné de proximité avec Patrice Talon, contrairement aux allégations de l'auteur de l'article.

Je fais partie des collaborateurs les plus loyaux au chef de l'État. Sur la centaine de ministres qu'il a nommés au cours des sept dernières années, nous ne sommes que quatre à avoir passé plus de cinq augouvernement. Le chef de l'État continue de me faire confiance et de dire mes mérites à son entourage."

 
 

 

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