Extension Factory Builder
04/08/2013 à 10:09
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des militants du parti islamiste Ennahda manifestent à Tunis le 3 août 2013. Des militants du parti islamiste Ennahda manifestent à Tunis le 3 août 2013. © AFP

En réponse au sit-in du Bardo, des dizaines de milliers de manifestants pro-Ennahda ont soutenu le gouvernement et la légitimité de l’Assemblée nationale constituante, dans la soirée du samedi 3 août, à Tunis.  

La soirée du 3 août a encore renforcé l’image d’une profonde division de la Tunisie. Depuis plus d’une semaine, près de 30 000 personnes réclament quotidiennement, à Tunis, la dissolution de l’Assemblée nationale Constituante (ANC) et la démission du gouvernement d’Ali Laarayedh. Le même mouvement agite toutes les villes du pays. En réaction, le mouvement Ennahda, au pouvoir, avait promis un rassemblement « millionnaire » pour affirmer sa légitimité populaire, fortement  remise en question après l’assassinat de Mohamed Brahmi et des attaques terroristes dans la région du Jebel Chaambi (centre ouest). Le samedi 3 août dans la soirée, ses partisans, s’ils n’étaient finalement que 200 000 selon les organisateurs (on ne connaît pas encore le chiffre de la police, la réalité devrait se situer plutôt autour de quelques dizaines de milliers), se sont bel et bien mobilisés.

La manifestation des islamistes représente un symbole à différents niveaux. La date est celle de l’anniversaire de la naissance de Habib Bourguiba et le lieu du rassemblement choisi par Ennahdha (la place du gouvernement) est le même que là où s’est tenue la révolution de 2011.

L’impressionnant dispositif d’organisation et de sécurité déployé a démontré l’efficacité de la machine islamiste déjà constatée lors de la campagne électorale de 2011. Des bus ont ramené les militants depuis les régions les plus reculées et, à l’heure de la rupture du jeûne, des plateaux repas ont été distribués. Dès 20h30, la place, déjà noire de monde, vibrait comme un seul homme et scandait des slogans travaillés : « Un état civil et démocratique », « La fin des assassinats politiques », « Yes we do »…

Piqûre de rappel

Une scène géante avait été montée et les dirigeants du parti ont tenu des discours enflammés qui ont achevé d’électriser la foule. Si l’argumentaire légitimiste n’était pas nouveau, ce sont surtout les accents démocratiques et patriotes qui ont été mis en avant. Ennahdha a aussi soigné son image auprès des médias étrangers, au point de faire traduire en arabe, français et anglais, toutes les interventions. Dernier à intervenir, Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, a tenté d’être réconciliateur sans céder pour autant sur les revendications des démocrates.

Ce 3 août, Ennahda a accompli une démonstration de force : malgré les drapeaux noirs des salafistes, nombreux sur la place, elle a réussi à fédérer ses troupes autour d’un message patriote. Le message est clair : elle rappelle sa puissance, se pose comme unique sauveur du pays dans un contexte de désordre et de remise en question institutionnelle, bref, l’avenir de la Tunisie ne se fera pas sans elle.

Reste à savoir si ce message est parvenu aux 30 000 démocrates en sit-in au Bardo, à moins de quatre kilomètres de la Kasbah.

Frida Dahmani, à Tunis
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Fin de campagne présidentielle tendue en Tunisie

Fin de campagne présidentielle tendue en Tunisie

La campagne pour le scrutin présidentiel du dimanche 23 novembre s'est achevée en Tunisie dans un climat délétère. Pourtant, selon la Constitution, les prérogatives du chef de l'Éta[...]

Tunisie : Ben Ali, Leïla et le 14 janvier

Depuis son exil en Arabie saoudite, le président tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali finalise la rédaction de ses Mémoires. Sa version de la journée du 14 janvier 2011 est attendue avec[...]

Tunisie : Abdelfattah Mourou au Perchoir ?

Pendant que la Tunisie se focalise sur le premier tour de l'élection présidentielle du 23 novembre et que l'ultime séance de l'Assemblée nationale constituante (ANC) mettra un terme le[...]

Tunisie : Slim Chiboub, le gendre de Ben Ali, placé sous mandat de dépôt et écroué

Slim Chiboub, le gendre du président tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali, est arrivé en Tunisie mardi matin pour s'expliquer devant la justice de son pays. Il a finalement été[...]

Tunisie - Larbi Chouikha : "Nida Tounes n'a pas gagné"

Au-delà des résultats du scrutin, ce politologue, membre de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, se projette dans l'après-présidentielle et esquisse les différents scénarios[...]

Tunisie : un scrutin historique !

Remportées par les modernistes de Nida Tounes, les élections législatives du 26 octobre auront scellé la seconde alternance politique en trois ans. Et confirmé l'enracinement de la[...]

CAN 2015 : la Tunisie qualifiée, la Côte d'Ivoire se relance

La Tunisie, en faisant match nul contre le Botswana (0-0) à Gaborone, s'est qualifiée vendredi pour la CAN-2015, rejoignant ainsi l'Algérie et le Cap-Vert qui avaient obtenu leurs billets le mois dernier.[...]

Mehdi Jomâa : "La confiance a été restaurée" en Tunisie

Pour le Premier ministre sortant, le bon déroulement des élections prouve que le pays est dans une dynamique positive.[...]

Tunisie : au milieu du gué...

Parlons cette semaine de la Tunisie. C'est mon pays ; je crois savoir ce qui s'y passe, où il en est et dans quelle direction il va. Je me dois donc de partager mon sentiment avec l'ensemble de mes lecteurs, [...]

Abdelwahab Meddeb, Tunisien des Lumières

L'écrivain et universitaire s'est éteint à l'âge de 68 ans. Dans ses ouvrages comme sur les ondes, il défendait un islam éclairé. Hommage.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers