Extension Factory Builder
16/07/2013 à 19:13
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'Le Début de quelque chose', d'après le texte de Hugues Jallon, mise en scène de Myriam Merzouki. "Le Début de quelque chose", d'après le texte de Hugues Jallon, mise en scène de Myriam Merzouki. © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Dans sa dernière mise en scène, Myriam Marzouki décortique le rapport de l'Occident au bonheur égoïste, à celui qui se fait chez et contre l'"autre". "Le Début de quelque chose", une pièce dérangeante et une charge violente contre le tourisme de masse dans les pays dictatoriaux et corrompus.

C'est un diagnostic froid, implacable, clinique que dresse Myriam Marzouki dans Le Début de quelque chose, présenté dans le cadre du Festival d'Avignon (« In ») jusqu'au 20 juillet. Inspirée du roman éponyme de Hugues Jallon, la dernière création de la metteure en scène franco-tunisienne analyse, dissèque les ressorts d'un certain tourisme de masse. Celui qui se réfugie dans des clubs de vacances retranchés, des lieux idylliques totalement aménagés pour des Occidentaux qui ne veulent plus penser à rien.

Ne penser à rien... C'est bien là le problème. Tout est fait pour que le touriste se laisse abrutir. Littéralement. Car derrière la façade dorée et aseptisée de ces clubs de vacances s'opère une œuvre de décérébration. Prise en charge totale, pas de magazine, ni de journaux pour relayer ce qui se passe à l'extérieur. On se félicite du temps ensoleillé et de la lumière, si exceptionnelle, de l'horizon dégagé, de la couleur de l'eau. On évoque avec condescendance la ville alentour et ses habitants, aperçus subrepticement derrière les vitres fumées d'un bus climatisé, sur la route qui relie le club à l'aéroport international.

Faire de l'argent

On parle de tout... sauf de politique. Surtout pas de politique et du soulèvement populaire en cours dans ce pays au « régime stable légèrement corrompu » et aux « bons indicateurs économiques », où la « main d'œuvre est toujours souriante », les dirigeants « formés aux États-Unis » et où l'opposition est « marginale, divisée », « inaudible en somme ». Bref, « c'est vraiment parfait ! » s'exclame l'un des deux dirigeants du club. Parfait pour faire de l'argent.

Le Début de quelque chose, d'après le texte de Hugues Jallon, mise en scène de Myriam Merzouki © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Les vacanciers pris en charge du matin au soir ne s'intéressent à rien d'autre qu'à leur petite personne et finissent pas ne plus réfléchir, par errer tels des fantômes, n'étant plus qu'un pâle reflet d'une humanité bien lointaine. Le tourisme de masse, nouvel opium du peuple alors ? « Oui », affirme sans hésiter la metteure en scène qui a fait de son théâtre une œuvre politique qui questionne les « malaises occidentaux », comme « cette obsession pour le bonheur à tout prix, pour toujours plus de sécurité, de santé... » Une préoccupation que la fille de l'actuel président tunisien et ancien opposant, Moncef Marzouki, portait déjà en 2011 à Avignon dans le projet Invest in Democracy dans lequel elle dénonçait les compromissions de ce tourisme de masse avec les régimes dictatoriaux, tels la Tunisie de Ben Ali.

Aucune échappatoire

Dans Le Début de quelque chose, Myriam Marzouki va au-delà. La mise en scène tranchée ne laisse aucune échappatoire et finit par mettre mal à l'aise. Parce que l'on pourrait parfois se reconnaître à travers les caractères des personnages. Parce que l'on a peut-être songé un jour à tenter cette expérience de vacances faciles. Parce qu’aucun personnage ne se révolte. Que le jugement de la mise en scène semble définitif. Mais surtout parce que cette œuvre de décérébration est plus large qu'il n'y paraît.

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Tantôt les décors suggèrent l'hôpital psychiatrique, tantôt la mise en scène évoque les sectes, le coaching personnel, mais aussi les camps de réfugiés. Cette mise à plat d'expériences si diverses peut sembler parfois abrupte et confuse. Mais elle a le mérite de nous amener à nous interroger sur les travers d'un certain Occident qui continue à aller chercher ailleurs ce qu'il n'a pas, sans se soucier de l'autre et de ce qu'il peut vivre chez lui. « Finalement, explique celle qui est aussi professeure de philosophie dans un lycée de banlieue parisienne, on ne va pas chercher l'altérité. La rencontre ne peut pas se faire dans ces conditions. » Un comportement qui par bien des égards pourrait être qualifié de néo-colonial...

________

Par Séverine Kodjo-Grandvaux, envoyée spéciale à Avignon

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Caciques de l'ancien régime ou membres éphémères de l'équipe gouvernementale du président déchu, ils ont décidé de briguer la magistrature suprême le 23&[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Législatives tunisiennes : lobby tout-terrain

Des stades aux mosquées en passant par les soirées privées, en Tunisie tous les moyens sont bons pour gagner des voix aux législatives.[...]

Hammamet : Afek Tounes, la voix des jeunes Tunisiens

Dans l'intérieur du pays, électeurs et formations politiques tunisiennes se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Législatives tunisiennes : l'abstention, le vrai outsider

Quels que soient les résultats des législatives tunisiennes du 26 octobre, vainqueurs et vaincus devront relativiser leurs performances. En cause : l'abstention qui risque à nouveau de battre des[...]

Tunisie - Sfax : "La ville est abandonnée"

Dans l'intérieur de la Tunisie, électeurs et formations politiques se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Tunisie : la montée de Slim Riahi inquiète les ténors

Grâce à ses moyens financiers très importants, Slim Riahi commence à agréger derrière lui un électorat urbain peu politisé. Peut-il faire de l'ombre aux favoris de la[...]

Législatives tunisiennes : "Le poids d'Ennahdha sera contrebalancé", selon Ghazi Gherairi

L'ancien porte-parole de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, Ghazi Gherairi, analyse les enjeux des législatives du 26 octobre. Au sein de l'Assemblée, et aussi[...]

Législatives tunisiennes : aux urnes citoyens !

Le scrutin du 26 octobre approche à grands pas, mais les citoyens tunisiens ne se mobilisent guère. Les enjeux sont pourtant cruciaux : les députés défendront leur vision de[...]

CAN 2015 : le Sénégal concède le nul face à la Tunisie aux qualifications

Le Sénégal et la Tunisie se sont neutralisés 0-0 vendredi à Dakar et conservent la tête du Groupe G pour la 3e journée des éliminatoires de la CAN 2015, alors que le Maroc a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers