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31/05/2013 à 09:00
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Les avocats d'Amina Sboui au procès de la militante des Femen, le 30 mai 2013 à Kairouan. Les avocats d'Amina Sboui au procès de la militante des Femen, le 30 mai 2013 à Kairouan. © Salah Habibi/AFP

En évoquant une possible "association de malfaiteurs", jeudi 30 mai à Kairouan, le juge d'instruction en charge du dossier d'Amina Tyler rend possible des peines allant de 6 à 12 ans de prison contre la jeune militante Femen. Pour un simple tag sur le muret d'un cimetière.

Mis à jour à 12h30.

De son plein gré ou pas, Amina Tyler est devenue un symbole des libertés et de l’émancipation des femmes en Tunisie. Un symbole à abattre toutefois, pour nombre d’islamistes qui cherchent à s’acheter des gages de vertus à l’heure où la répression s’intensifie contre leur aile dure, salafiste ou jihadiste. Et c’est sur la base d'un texte datant du 19e siècle que la jeune Femen tunisienne, 18 ans, a été condamnée, jeudi 30 mai, à 300 dinars (150 euros environ) pour… port prohibé d'un aérosol lacrymogène de défense.

La justice tunisienne a également ordonné le maintien en détention d'Amina pour une autre accusation, beaucoup plus grave et qui risque en outre d'être alourdie. Initialement, elle était poursuivie pour atteinte aux bonnes mœurs et profanation de cimetière, délits passibles de six mois et deux ans de détention. Mais le juge d'instruction en charge du dossier a évoqué des accusations d’« association de malfaiteurs », laissant entendre qu'Amina avait pu agir en bande organisée, ce qui lui ferait encourir des peines allant de six à 12 ans de prison. « C'est un procès politique », a déclaré Amina après l’audience de jeudi.

"Je suis fier de ma fille"

Amina, qui avait déjà fait scandale en mars en publiant sur Internet des photos d'elle sein nus, s'était rendue le 19 mai à Kairouan pour protester contre un rassemblement interdit du groupe salafiste et jihadiste Ansar al-Charia. Elle avait été arrêtée après avoir peint sur un muret près d'un cimetière « Femen ». Sa mère, qu'Amina accuse de l'avoir séquestrée en avril, a montré à l'AFP son dossier médical, dans lequel différents psychiatres la décrivent comme dépressive. Dans un entretien fin avril, la militante Femen avait confirmé à l'AFP sa maladie, tout en insistant sur le caractère réfléchi de son action. Son père, Mounir Sboui, est quant à lui venu exprimer son soutien. « Je suis fier de ma fille (...) Elle commet des actes démesurés mais elle défend ses idées », a-t-il dit.

« Il n'y a pas d'exception aux droits de l'Homme, Amina est une activiste, une femme qui essaye de se défendre, ce serait une honte de la laisser tomber aujourd'hui », a estimé de son côté Henda Hendoud, militante féministe tunisienne, tandis que des militants d'Ansar al-Charia manifestaient leur colère devant le tribunal de Kairouan jeudi. Leur porte-parole Seifeddine Raïs a lancé notamment au sujet d'Amina : « qu'elle aille en enfer ! »

Manifestants islamistes à Kairouan, le 30 mai, et militantes Femen à Tunis, le 29.

© AFP

Trois autres Femen en détention

Amina sera à nouveau interrogée le 5 juin par la justice, qui se prononcera alors sur une requalification des faits qui lui sont reprochés, ou non. Par ailleurs, les trois militantes européennes Femen, deux Françaises et une Allemande, qui ont été arrêtées le 29 mai pour avoir soutenu leur consœur tunisienne en manifestant seins nus à Tunis restent elles aussi « en détention jusqu'à leur traduction en justice », a indiqué Adel Riahi, porte-parole du ministère de la Justice.

Elles seront jugées le 5 juin notamment pour « outrage public à la pudeur » et « atteinte aux bonnes mœurs », délits passibles de prison ferme, a indiqué vendredi un de leurs avocats. « Elles seront traduites devant le tribunal cantonal de Tunis le 5 juin (...) ce sera un procès, en audience publique », a déclaré Me Souheib Bahri. Le Consulat de France a indiqué disposer des mêmes informations.

(Avec AFP)

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