Extension Factory Builder
17/05/2013 à 12:21
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le masque figurait dans le jardin de la villa de plaisance de Sakhr el-Materi, à Hammamet. Le masque figurait dans le jardin de la villa de plaisance de Sakhr el-Materi, à Hammamet. © AFP

Les tensions entre la Tunisie et l’Algérie ne sont pas seulement dues à la présence de djihadistes à leurs frontières. Le "masque de Gorgone", que la Tunisie doit restituer à l'Algérie depuis plus de deux ans, provoque lui aussi un certain malaise.

La ministre algérienne de la Culture, Khalida Toumi, ne décolère pas. Elle réclame à la Tunisie la restitution du masque de Gorgone, imposante pièce de marbre blanc de 320 kg, volée en 1996 sur le site l'antique Hippone Regius, l’actuelle Annaba (est de l’Algérie). Mise au jour en 1930 par l'archéologue français Pierre Choupaut dans le voisinage du forum, elle ornait la plus importante fontaine de la cité.

Subtilisée dans des conditions assez obscures au moment où toute la région d’Annaba était la cible de pillages réguliers de ses sites archéologiques, en pleine guerre civile, le vol du masque de Gorgone eu un tel retentissement qu’il a conduit les autorités algériennes à créer une brigade de lutte contre le trafic des biens culturels. Les spécialistes avaient alors émis l’hypothèse que les pièces volées avaient été acheminées vers la Tunisie.

Le masque a été mis au jour en 1930 par l'archéologue français Pierre Choupaut, à Annaba.

© DR

Réseau basé à Hammamet

La confirmation avait été apportée par Interpol, en 1999, qui localisait en Tunisie un buste et une tête de femme romaine provenant du théâtre de Guelma. À la même époque, un réseau international de trafic d’objets archéologiques, basé à Hammamet, avait été démantelé. Mais il faudra attendre la révolution tunisienne en 2011 pour que réapparaisse, toujours à Hammamet, le fameux masque de Gorgone, estimé à près d’un million d’euros. Il décorait, ainsi que d’autres pièces antiques, le jardin de la villa de plaisance de Sakhr el-Materi, gendre de l’ancien président Ben Ali, qui avait fuit le pays la veille du 14 janvier 2011.

Exposé à Tunis

Les experts algériens avaient aussitôt authentifié le masque de Gorgone et le ministre tunisien de la Culture, Mehdi Mabrouk, s’était engagé à le restituer. Mais en deux ans rien n’a été fait. Dans un premier temps, le masque a été considéré par les Tunisiens comme pièce à conviction dans une plainte contre Sakhr el-Materi pour détournement de biens archéologiques et de patrimoine. Depuis l’affaire a été jugée sans que le masque ne retourne en Algérie.

Avec d’autres pièces, il a même été le clou d’une exposition, organisée récemment à Tunis à l’occasion du mois du patrimoine et consacrée aux objets détournés par les proches de l’ancien chef de l’État. Soulignant l'importance du « respect des accords bilatéraux et des conventions de l'Unesco » sur la récupération des biens culturels, illégalement acheminés à l'étranger, Khalida Toumi a qualifié cette exposition d’« acte de violation » desdits accords et regretté que la pièce archéologique, propriété de l'Algérie et dûment répertoriée, soit exposée à l'étranger. De son côté, Mehdi Mabrouk a réitéré, le 16 mai, son engagement à restituer le masque aux autorités algériennes, dès l’application de « certaines mesures légales ».

________

Par Frida Dahmani, à Tunis
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Quand les Algériens noirs frappent à la porte

Quand les Algériens noirs frappent à la porte

Peu présents dans les instances du pouvoir algérien, les habitants du Grand Sud se distinguent dans le sport, la musique... et les études.[...]

Algérie : Bouteflika, l'homme qui marchait avec sa tête

Occupés à le brocarder, ses adversaires l'ont sous-estimé. Grave erreur : le président algérien Abdelaziz Bouteflika a révélé en plusieurs occasions que sa[...]

Philippe Troussier : "Algérie, Maroc, Gabon ? Des défis intéressants"

Candidat nulle part mais cité un peu partout (Algérie, Maroc, Gabon), le Franco-Ivoirien Philippe Troussier (59 ans) se dit prêt à relever un nouveau défi en Afrique, un continent où sa[...]

Algérie : génération Bouteflika, génération harraga ?

Certains ne songent qu'à partir. D'autres trouvent des raisons d'espérer. Tous n'ont connu pour l'instant qu'un seul président, Abdelaziz Bouteflika. Coup de projecteur sur une jeunesse pas si[...]

Chansons caritatives : à votre bon coeur, mélomanes !

Inspirés par les réunions charitables d'artistes anglo-saxons dans les années 80, les chanteurs africains s’égosillent de plus en plus en groupes. Autour de causes[...]

Algérie : une vidéo de violences policières en Kabylie suscite colère et indignation

La vidéo d’une manifestation sauvagement réprimée par des policiers en Kabylie, dimanche dernier, provoque un tollé et oblige la police nationale à ouvrir une enquête. À[...]

Algérie : la traque de jihadistes se poursuit en Kabylie après une attaque contre les militaires

L'armée algérienne continuait mardi de ratisser les montagnes de Kabylie (est d'Alger) après l'attentat qui a coûté la vie à onze soldats samedi soir.[...]

Algérie bashing

En Occident, et en France en particulier, où la rengaine "quand on voit ce qu’on leur a laissé et ce qu’ils en ont fait" a la vie dure, l’Algérie génère, par[...]

Algérie : en attendant que Bouteflika prête serment, Benflis crée son parti

Les seuls klaxons que l’on entendait à Alger, samedi 19 avril, étaient ceux des cortèges nuptiaux qui sillonnaient les artères de la capitale. Jeudi soir, avant même la proclamation[...]

Algérie : onze militaires tués à la suite d'une embuscade en Kabylie

Onze militaires algériens ont été tués à la suite d'une embuscade survenue dans la nuit de samedi à dimanche en Kabylie, région montagneuse à l'est d'Alger, a-t-on[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces