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04/04/2013 à 15:41
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Noureddine Adam, le 14 mars à Bangui. Noureddine Adam, le 14 mars à Bangui. © Vincent Fournier pour J.A.

Homme discret, Noureddine Adam a joué un rôle essentiel dans la chute du régime de François Bozizé. Nommé le 31 mars ministre d'État chargé de la Sécurité publique, de l'Émigration-Immigration et de l'Ordre public, il est aujourd’hui le numéro trois du gouvernement centrafricain.

Mis à jour à 19h55.

« Le sage », comme le surnomment désormais ses compagnons d’armes, a pris du galon. Nommé ministre d'État chargé de la Sécurité Publique, de l'Émigration-Immigration et de l'Ordre public, Noureddine Adam est le numéro trois du gouvernement centrafricain formé le 31 mars. Aujourd’hui, il est de ceux que l’on consulte. « C’est un peu grâce à lui que Bozizé est parti », confie un membre de la Séléka.

Officier trilingue (il parle arabe, français, et rounga) d’une quarantaine d’années, formé à l’académie de police du Caire, son parcours embrasse les dynamiques et les imbrications régionales. Musulman rounga (ethnie du nord de la Centrafrique), fils d’un imam de Bangui, Noureddine Adam est né à N'Dele, au nord-est de la RCA. Il possède de nombreuses attaches à N’Djamena, où réside une partie de sa famille (femme et enfants, et certains de ses frères), et où il est propriétaire de plusieurs commerces. L’actuel numéro deux de la Séléka a également tissé des liens au Moyen-Orient, à Dubaï, où il demeure de 1990 à 2000 et sera garde du corps du cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane pendant cinq ans.

Noureddine Adam (dr.) et Ali Mahamat au camp Mpoko, quartier général de la Fomac, le 14 mars 2013. 

© Vincent Fournier/J.A.

Mi-combattant, mi-commerçant aux allures de seigneur de guerre, Nourredine Adam est alors de ceux qui offrent leurs « services » aux plus offrants. En 2003, on le retrouve en Centrafrique : c'est l’un des chefs rebelles qui renversent Ange-Félix Patassé et portent le général François Bozizé au pouvoir. Mais, comme d'autres « libérateurs », il est déçu par le manque de reconnaissance, notamment financière, du nouveau régime.

Successeur de Charles Massi

Adam retourne dans le maquis, fricote avec certains groupes rebelles tchadiens (il est même fait prisonnier à N’Djamena), avant de combattre au sein de l’armée tchadienne contre la coalition rebelle de l'Union des forces de résistance (UFR) de Timan Erdimi en 2008. À la fin de cette même année, il intègre la Convention des patriotes pour la justice et la paix fondamentale (CPJP), groupe rebelle le plus récent issu d’une scission avec l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR).

À la mort de Charles Massi, leader politique de la CPJP, en décembre 2009, Adam prend la tête du mouvement. Après avoir dénoncé, en juin, l’accord que l’un de ses compagnons, Aboulaye Hissène, venait de signer avec Bangui, il décide, le 20 août, d’unir ses forces avec la Convention patriotique du salut du Kodro (CPSK) de Mohamed Moussa Dhaffane. Les deux hommes parviennent à convaincre Michel Djotodia et l’UFDR de les rejoindre. C’est l’acte de naissance de la Séléka.

Au sein des rebelles, Adam détonne. C’est plus qu’un homme de l’ombre. Il connaît bien l’armée et le terrain. Pendant le conflit, il a toujours eu une vision stratégique claire.

Un diplomate en poste à Bangui

« Au sein des rebelles, Adam détonne. C’est plus qu’un homme de l’ombre. Il connaît bien l’armée et le terrain, estime un diplomate en poste à Bangui. Pendant le conflit, il a toujours eu une vision stratégique claire ». C’est d'ailleurs lui qui a, en partie, façonné la deuxième offensive militaire des rebelles, dont l’objectif était de prendre en tenaille la capitale Bangui.

Pendant les négociations de Libreville, il fait partie avec Gazam Betty et Michel Djotodia des leaders de la Séléka favorables à la signature des accords, contre l’avis de la majorité des rebelles. Mais contrairement aux deux premiers, Adam n’obtient pas de poste ministériel et se « rend rapidement compte qu’il s’est fait rouler dans la farine », explique notre diplomate.

Noureddine Adam décide de reprendre l’offensive, alors que Djotodia est toujours à Libreville, officiellement pour raisons de santé. Le 29 février, ce sont ses hommes, une petite centaine à bord de 5 à 6 pick-up lourdement armés venus du Tchad, qui attaquent et pillent la localité de Sido, en zone frontalière. L'assaut est qualifié « d’acte de folie » par Gazam Betty, ministre de la Communication. Une réaction qui reflète les fortes divisions frappant une rébellion par essence hétéroclite.

Les tensions entre les responsables politiques qui ont intégré le gouvernement et les militaires sur le terrain s’affichent désormais publiquement. On parle alors de deux Séléka : celle de Michel Djotodia (et des membres de la rébellion au gouvernement) et celle de Noureddine Adam. « Ces hommes nous ont quitté et ont mis en place une autre coalition », déclare même Gazam Betty.

Subterfuges

Le leader de la CPJP tente de rallier les indécis et parvient sans grande difficulté à convaincre les hommes sur le terrain. Ces derniers ont l’impression de s’être fait flouer : l’application des accords de Libreville est difficile, surtout la question de la réintégration des rebelles au sein des Forces armées centrafricaines (Faca) et de la reconnaissance de leurs grades n’ont pas été discutées.

Le 11 mars au matin, une colonne de sept véhicules attaque les villes de Gambo et Bangassou (chef-lieu de la préfecture du Mbomou), puis s’empare de Rafai le lendemain, dans le sud-est. Le jour suivant, Noureddine Adam est convoqué à Bangui par le général Dhaffane Mohamed-Moussa. Officiellement, la visite est présentée comme un recadrage : Dhafanne, qui est alors ministre des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche, le charge de « restructurer la Séléka ». Noureddine Adam discute même du futur cantonnement et du désarmement des rebelles avec Jean-Félix Akaga, commandant de la Force multinationale d'Afrique centrale (Fomax). En fait, il s'agit d'un subterfuge.

En réalité, Adam est à Bangui pour faire passer un message à Michel Djotodia : les chefs militaires veulent reprendre les armes. Quelques jours plus tard, la Séléka organise le coup de force de Sibut, bourgade au nord de la capitale transformée en quartier général. Sous prétexte de retenir cinq de leurs ministres, les rebelles préparent la bataille de Bangui. Là encore, c’est Noureddine Adam qui planifie cette mise en scène présentée comme une prise d’otage.

Lors de l’offensive finale, il prend place au sein de la colonne venant de Damara, dirigée par Aubin Issa Issaka (42 ans), chef d’état-major de la rébellion. Celle-là même qui entrera dans la capitale dimanche 24 mars à l’aube, avant de s’emparer du palais présidentiel de la Renaissance. Sous l'oeil impassible des chefs d'États de la région.

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Par Vincent Duhem

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