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27/03/2013 à 17:49
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Chakib Khelil a été ministre de l’Énergie de 2000 à 2010. Chakib Khelil a été ministre de l’Énergie de 2000 à 2010. © AFP

Le DRS a mené, lundi 25 mars, une série de perquisitions sans précédent depuis qu'un vaste scandale de corruption a éclaboussé Sonatrach en janvier 2000. L’ancien ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, et l'ex-PDG de la firme pétrolière algérienne, Abdelmadjid Attar, ont été particulièrement visés.

Lancée en février 2013 en Italie, l’enquête sur le scandale de corruption présumée à la Sonatrach a connu un brusque coup d’accélérateur en Algérie, lundi 25 mars. Selon des informations obtenues par Jeune Afrique à Rome et à Alger, environ quinze équipes d’officiers des services de renseignement ont été mobilisées pour mener de multiples perquisitions. À la clé, des camions de documents et de matériels informatiques saisis. Retour sur les faits.

La première perquisition a eu lieu au domicile de l’ex-ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, à Oran, à l’ouest d’Alger. Toutefois, d’après nos informations, la descente des éléments du DRS a fait chou blanc, l’appartement étant vide. Au même moment, une autre équipe se rendait à la cité Chaabani, dans le quartier d’Hydra, pour perquisitionner un deuxième appartement de Khelil. Là encore, échec. La porte d’entrée ayant été récemment renforcée, les officiers n’ont pu la franchir.

Débarqué du gouvernement en mai 2010 après dix ans passés à la tête du département de l’Énergie, Chakib Khelil est suspecté d’avoir favorisé les Italiens de la société pétrolière Saipem en échange d’avantages financiers. C’est la première fois que l’ex-ministre, ami du président Bouteflika, est directement visé par la justice.

Commission rogatoire

C’est sur commission rogatoire du parquet de Milan que, dans le courant du mois de mars, le parquet d’Alger a reçu une liste de noms de personnes apparaissant dans l’enquête internationale ouverte sur les contrats obtenus par Saipem en Algérie. Et dans le cadre de l’entraide judiciaire entre l’Algérie et l’Italie, les magistrats italiens ont demandé aux Algériens de compléter les investigations en cours, notamment au sujet de 8 contrats de 11 milliards d’euros accordés à Saipem entre 2007 et 2009.

Les limiers du DRS, qui avaient déjà mené en 2009 les enquêtes préliminaires sur les scandales de corruption à Sonatrach et sur le projet de l’autoroute Est-Ouest (confiée à des entreprises chinoises et japonaises), filent ensuite à deux pas de l’appartement de Khelil. Ils investissent alors le siège de Saipem Contracting Algérie, filiale algérienne de Saipem. En quittant les lieux après une perquisition qui s’est achevée tard la nuit, la brigade embarque deux camions remplis de documents ainsi que des unités centrales d’ordinateurs.

Sur la liste remise aux Algériens par les procureurs de Milan figurait aussi le nom de Reda Hemche, ex-directeur de cabinet du PDG de Sonatrach et présenté comme le cerveau de la corruption au sein du groupe pétrolier algérien. Neveu de Khelil, Reda Hemche est aujourd’hui soupçonné par les magistrats italiens d’avoir encaissé de la part de Farid Bedjaoui des rétro-commissions provenant des 197 millions d’euros de commissions que celui-ci a perçues des dirigeants de Saipem.

Ordre est donc donné aux inspecteurs du DRS de fouiller le domicile de Hemche, sis à la résidence Chaabani, sa dernière adresse connue avant son départ en Suisse à l’automne 2009. Une fois de plus, la perquisition échoue. Selon nos informations, l’appartement a été mis en vente depuis plusieurs mois.

Chakib Khelil convoqué ?

Tout aussi visé par la commission rogatoire, Abdelmadjid Attar, ex-PDG de Sonatrach entre 1997 et 2000, dont le cabinet de consulting, sur les hauteurs d’Alger, sera longuement perquisitionné dans la même journée. Une source dans l’entourage immédiat de M. Attar confirme à Jeune Afrique la visite des services de sécurité qui ont réclamé des documents liés à ses activités de consultant, notamment celles en rapport avec Sonatrach. « La procédure qui a duré plusieurs heures s’est déroulée sans tension, témoigne cette source qui n’a pas souhaité être identifiée. M. Attar n’a pas été auditionné par les officiers. »

Un autre ancien PDG de Sonatrach, Nourdine Cherouati, nommé en mai 2010 et remercié en novembre 2011, et sa nièce, ont également été visé par la même procédure, tout comme Nouria Meliani dont les bureaux et le domicile seront longuement visités par les officiers du DRS.

Architecte et directrice d’un bureau d’études, Mme Meliani est une vieille connaissance de la justice algérienne. Bien introduite auprès de Reda Hemche, elle a obtenu pas moins de 11 contrats de Sonatrach durant la décennie précédente, notamment la réhabilitation du siège de la firme pétrolière à Alger, pour une valeur 64 millions d’euros. Déjà entendu dans le scandale dit « Sonatrach 1 », la dame est soupçonnée avoir construit une villa à Oran pour le compte de la mère de Chakib Khelil et offert de nombreux cadeaux aux cadres du groupe pétrolier. 

Que va-t-il se passer désormais après cette série de perquisitions sans précédent depuis que le scandale de corruption a éclaboussé Sonatrach en janvier 2000 ? Une fois les documents épluchés, les ordinateurs analysés, le DRS devra transmettre son dossier au parquet d’Alger qui le communiquera à son tour aux procureurs de Milan. La justice algérienne pourrait ensuite éventuellement auditionner les personnes dont les bureaux et les domiciles ont été perquisitionnés ce lundi 25 mars. Dans ce cas, on voit mal comment Chakib Khelil échapperait une convocation devant un juge à Alger.

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Par Farid Alilat

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