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25/03/2013 à 20:24
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Le poète Aimé Césaire. Le poète Aimé Césaire. © AFP

Le colloque organisé par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) à l'occasion du 100e anniversaire de la naissance d'Aimé Césaire s'est clôturé à Dakar en présence de Christiane Taubira, la ministre française de la Justice, et de Claude Bartolone, le président de l'Assemblée nationale…

Elle n'est « pas une spécialiste de Césaire, ni de Senghor, ni de Damas ». D'ailleurs, elle n'aspire pas à le devenir. « Je préfère les comprendre avec ma liberté, lance Christiane Taubira, m'ouvrant à eux, à moi-même et aux autres tout au long de mes déambulations dans leur vie, leur œuvre et leur action politique. » Au moment de clore le colloque initié par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) pour le centenaire de la naissance d'Aimé Césaire, l'ex-députée de la Guyane déroule le fil de la négritude, célébrant les trois précurseurs qui « ont pris le risque de s'exposer au lieu de rester sur l'Olympe », ouvrant la voie à la lutte anti-coloniale ou au mouvement américain pour les droits civiques. « I'm Black and I'm proud ! » Ce n'est pas tous les jours qu'une garde des Sceaux de la République française s'aventure à citer du James Brown.

«  Être nègre, c'est être tous ceux qui subissent l'exclusion, l'oppression, les inégalités », ajoute la nouvelle égérie de l'Assemblée nationale française, devant un parterre métissé suspendu à ses lèvres. Refusant une « négritude momifiée », Christiane Taubira invite les jeunes générations à la faire vivre aujourd'hui : « Vous devez inscrire votre empreinte digitale dans le monde ! » Au moment où son intervention s'achève sur une adaptation personnelle des Pur-Sang, de Césaire (« Je suis le monde. Vous êtes le monde ! »), c'est une standing-ovation qui résonne dans le salon feutré de l'hôtel King Fahd des Almadies. Mariama, en classe de seconde au lycée d'excellence Aimé Césaire de Saint-Louis, a reçu le message cinq sur cinq. Si elle ne connaît pas « la dame en jaune » qui vient d'enflammer la salle, elle considère ce discours, qui l'a « vachement touchée », comme le point d'orgue du colloque qui vient de s'achever.

Trait d'union entre les Antilles et l'Afrique

Organisé avec passion par l'écrivain sénégalais Hamidou Sall, conseiller du secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, ce « Cahier d'un retour au pays ancestral », tenu à Dakar dans le cadre de la Quinzaine de la Francophonie, aura démontré combien le message des trois fondateurs de la revue littéraire L'Étudiant noir est demeuré d'actualité. Descendus de toutes les branches de la diaspora pour célébrer, sur la terre natale du président-poète sénégalais, le trio que ce dernier forma avec le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon-Gontran Damas, les « nègres de toutes les couleurs, métisses de toutes les ocres », comme les appelle le poète Amadou Lamine Sall, pouvaient mesurer la permanence du lien tissé il y a près d'un siècle. «Ils n'étaient pas des hommes mais des consciences, ajoute le président de la Maison africaine de la poésie internationale. C'est pour cela qu'ils resteront dans l'histoire. »

Aux côtés des représentants des familles Césaire-Damas et Senghor, le colloque aura réuni une prestigieuse assemblée où se côtoyaient écrivains (Patrick Chamoiseau, Cheikh Hamidou Kane), cinéastes (Euzhan Palcy), élus (Serge Letchimy, président du conseil régional de la Martinique), militants (Alioune Tine, président du Comité sénégalais des droits de l’homme) et enseignants (Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Columbia, ENS-Ulm). Du 19 au 22 mars, ils ont honoré les multiples facettes du personnage : Césaire le poète, le dramaturge, le pourfendeur du colonialisme ou encore le trait d'union entre les Antilles et le continent originel.

"Un homme du refus"

Et lorsque Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale française, qui a côtoyé Césaire sur les bancs du Palais-Bourbon, exalte, durant la cérémonie de clôture, « la négritude, cette lutte pour l'émancipation qui a mis à nu l'oppression coloniale », on se prend à s'interroger : si la radicalité de Césaire s'exprimait dans la France de 2013, lui déroulerait-on ainsi le tapis rouge ? « Césaire était un homme du refus, rappelle Amadou Lamine Sall. Tant mieux si cette France qu'il a combattue dans son œuvre lui rend cet hommage. N'oublions pas qu'il était aussi un homme de terminaisons et de conjugaisons. » Pour preuve, Français, francophones et Afro-Caribéens sont là pour témoigner du patrimoine commun que « le plus africain des Antillais » (Serge Letchimy) leur a laissés en héritage.

Le rideau retombe. Christiane Taubira s'est éclipsée pour rencontrer le président Macky Sall. Le lendemain, elle se rendra à Gorée, lieu symbolique s'il en est pour l'initiatrice de la loi de 2001 reconnaissant la traite négrière et l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Gorée, cette île qui « n'est pas une île » mais un « continent de l'esprit », comme le rappelle Clément Duhaime, administrateur de l'OIF, citant son compatriote québécois Jean-Luc Roy. Au moment de se dire au revoir, sur la falaise escarpée de la Pointe des Almadies, tandis que des griottes célèbrent en wolof, au son de la kora « Césaire, l'ami de Senghor », les nègres des deux rives communient autour d'un verre face à l'océan agité qui les a tenus si longtemps éloignés.

 

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