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27/03/2013 à 18:54
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Sur Twitter, les hashtags communautaires se multiplient. Sur Twitter, les hashtags communautaires se multiplient. © AFP

Les utilisateurs africains de Twitter manifestent leur présence et rassemblent leurs compatriotes par l’usage de mots clés qui indiquent l’appartenance nationale ou font référence à des éléments linguistiques régionaux. Le procédé a du succès et chacun y va de sa création. Suivez le guide !

« Vous twittez ? Ils lwilittent… », étrange conjugaison de la part d’un utilisateur du réseau social Twitter. Point d’erreur, mais simplement une référence au hashtag (mot clé) #lwili, dernier-né des signes de reconnaissance pour les internautes burkinabè qui comprennent tous l’allusion à un pagne national, le lwili-peendé. Le volatile, (« lwili » en mooré, une des principales langues nationale) qui orne ce tissu porté depuis le temps colonial, évoque naturellement toute la symbolique de l’oiseau, emblème de Twitter.

Le gazouilleur burkinabè qui se respecte se fera donc un devoir de l’adjoindre à ses tweets, aux côtés des « #Burkina », « #BF » ou encore « #BF226 », sous peine de ne pas être dans le coup. La trouvaille a été utilisée 1587 fois au cours des 30 derniers jours.

Le goût de la palabre

Dans la twittosphère africaine, les initiales du pays, suivies ou pas de l’indicatif téléphonique, sont en effet un signe populaire de ralliement communautaire, presque officiel. Mais à l’instar de #lwili, la mobilisation autour d’un concept national évoquant le plus souvent le goût pour le commentaire ou la palabre est tout aussi efficace. C’est ainsi que les « tweople » ivoiriens utilisent depuis bien longtemps le mot dièse « #Kpakpatoya » (plus de 5 000 occurrences au cours du mois dernier), qui peut se traduire, en nouchi (argot local), par le fait de colporter. Dans la culture ivoirienne du réseau social, l’expression est dépourvue de son sens vulgaire et indique plutôt le fait de relayer l’actualité nationale ou internationale pouvant intéresser les suiveurs du fil. Connu pour sa twittophilie, Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale, n’en fait cependant pas usage, préférant le plus sérieux #CI225.

Dans la même logique, les Togolais ont lancé « #Leguede » qui signifie « commérages » en mina, la langue véhiculaire de Lomé. Pour les Camerounais (et quelques Gabonais), le hashtag « #Kongossa », est tout aussi fédérateur pour organiser Twitter en forum d’information et de discussion de la communauté. Contraction du terme « Congo-Zaïre », en raillerie de la propagande politique qui prévalait sous le régime de Mobutu, le terme désigne la rumeur, le bouche à oreille. Après avoir été à l’origine d’une série télévisée, le kongossa s’est transposé sur le site de microblogging et est devenu aussi populaire que le pidgin camerounais  « #Jewanda », qui manifeste l’étonnement, la stupéfaction.

"Grin" time

Répandu dans bien des pays sahélien, le « Grin », conversation qui s’éternise autour de la préparation du thé a aussi colonisé Twitter. Pour les Maliens, information et socialisation se font virtuellement en ponctuant les tweets d’un « #Grin223 », association de l’indicatif et du phénomène. Plus militant, les Sénégalais qui privilégient orgueilleusement le wolof, ont renommé Twitter « Kebetu », qui est devenu l’un des hashtags les plus populaires avec près de 12 000 utilisations en mars.

Au Maghreb, les utilisateurs du royaume chérifien ont inventé le néologisme « Twittoma » - qui désigne les twittos marocains (plus de 18 000 mentions ces quatre dernières semaines) - pour identifier les nouvelles du pays.

Dans un pays anglophone tel que le Nigeria, la locution « naija », (culture du pays, pour résumer) toujours prononcée avec emphase était toute désignée.

En Afrique australe, les Zimbabwéens utilisent sobrement le diminutif « Zim », tandis que les Malgaches préfèrent plébisciter « #Madagasikara », l’appellation authentique du pays en malagasy. Il en va de même pour les Algériens et leur « #Djazair », dénomination de leur patrie en arabe, bien moins usité, il est vrai, que le très sobre « #DZ ». De la même façon, les Tunisiens semblent très attachés à leur « #TN » avec une moyenne d’à peu près 1 000 références par jour.

"Twittos team"

Une série de « teams » a également vu le jour sur Twitter. Le procédé est simple, chacun s’identifie en renseignant l’indicatif téléphonique de son pays associé au mot dièse « #team ». Presque tous les pays d’Afrique francophone disposent de la leur en complément ou en l’absence d’un concept rassembleur tiré de la culture locale. Les twittos congolais qui n’en disposent pas, revendiquent l’initiative avec la création du hashtag « #Team243 » en juin 2012.

Depuis, la mode s’est répandue. La plus dynamique est celle du Sénégal, la « #Team221 » qui culmine à 31 125 tweets ces 30 derniers jours, suivie de la « #Team 225 »  ivoirienne plafonnant à 13 474 gazouillis pour la même période. Entre les teams, pas de match mais une saine concurrence dans l’activité sur le réseau social. Après tout, elles peuvent se retrouver dans un panafricanisme commun au sein de la « #TeamAfrica »…

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Abdel Pitroipa (Infographie et chiffres : Mathieu Olivier)

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