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Hugo Chávez et Mouammar Kaddafi, le 22 octobre 2010, à Tripoli. Hugo Chávez et Mouammar Kaddafi, le 22 octobre 2010, à Tripoli. © Reuters

Il y a un an, le 5 mars 2013, Hugo Chávez décédait des suites d’un cancer. Jusqu'au bout de sa présidence, le révolutionnaire bolivarien aura reconnu chez son homologue libyen, Mouammar Kaddafi, un véritable frère d'armes dans la lutte contre l'impérialisme. Et cela même après la mort du "Guide" sous les coups des révolutionnaires libyens... et des bombes de l'Otan.

Cet article a été publié le 6 mars 2013.

La mort de Mouammar Kaddafi, le 20 octobre 2011, l’avait particulièrement marqué. « C’est un outrage de plus à la vie. Nous nous souviendrons toujours de lui comme un grand lutteur, un révolutionnaire et un martyr », avait immédiatement réagi Hugo Chávez. Un an après, la colère était toujours là : « C’est barbare. J’étais très ami avec lui. Il a été torturé, assassiné. Ses derniers mots ont été : "Je mourrai comme le Che. Je vais au martyr" », s’était-il souvenu.

Décédé le 5 mars des suites d’un cancer, le président du Venezuela a sans cesse affiché un soutien sans faille au régime libyen. Dès le lancement de la rébellion, en février 2011, Chávez multiplie les messages de soutiens vers Tripoli. Si bien que la rumeur, relayée par Al-Jazira et Al-Arabiya, ne tarde pas à faire de Kaddafi un exilé à Caracas. Alors que le dictateur perd le contrôle de son pays, Chávez, qui s’est opposé à  l’intervention militaire de l’Otan (mars-octobre 2011), propose de jouer le médiateur entre le régime et les rebelles. Les deux hommes se parlent régulièrement, et le 26 avril, une délégation est dépêchée à Caracas par le « Guide » pour tenter de trouver une solution diplomatique. Mais le plan de sortie de crise échouera.

"Frère"

En août, Kaddafi écrit au président vénézuélien - son « frère » - dont l’état de santé commence à se détériorer. « Le peuple libyen et moi, nous prions personnellement pour votre santé », dit-il en espérant continuer à bénéficier du soutien de son allié. « J’ai reçu avec émotion sa lettre. C’est un bédouin, je le respecte et l’aime beaucoup », réagit Chávez dans une allocution télévisée.

Entre ces dirigeants de pays exportateurs de pétrole, tous deux militaires et issus d’un milieu modeste, les premiers contacts directs se font peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Chávez, en 1999. Le président vénézuélien se rend à plusieurs reprises à Tripoli (2004, 2006, 2009, et 2010). L’accueil est à chaque fois très chaleureux. En 2004, le « guide » lui remet le prix Kaddafi pour les droits de l’homme, crée en 1989. En 2009, Chávez se déplace dans la capitale libyenne à l’occasion des 40 ans de la révolution libyenne. « Nos deux pays unis dans un même destin, dans la même bataille contre un ennemi commun », l'impérialisme américain, déclare-t-il. L’année suivante, sa visite de trois jours accouche de la signature de quatre accords et cinq mémorandums d'entente de coopération entre les deux pays dans tous les domaines.

Bolívar libyen

De son côté, Kaddafi s’est rendu une seule fois au Venezuela. C’était en 2009, sur l'île de Margarita, à l’occasion du sommet Union africaine-Amérique du Sud. « Il m’a offert sa tente, il est allé à l’université bolivarienne. Il était content », a raconté Chávez. Selon un câble diplomatique de l'ambassade américaine à Caracas datant de 2009 et publié en 2011 par Wikileaks, « la rencontre a été l'occasion d’agressions rhétoriques sur le capitalisme, le colonialisme et l'impérialisme ». Toujours selon ce câble, les deux hommes se sont tour à tour félicités de leurs « révolutions » respectives : « Simon Bolívar [le libérateur de l’Amérique latine auquel Chavèz voue un culte sans limite] est au peuple vénézuélien, ce que Kaddafi est au peuple libyen », a déclaré Chavez. Le « Guide » a ensuite rendu hommage à Chávez pour « avoir chassé les colonialistes ». « Nous partageons le même destin, le même combat dans la même tranchée contre un ennemi commun, et nous vaincrons », a ajouté Kaddafi. À cette occasion, Chávez lui remet l'Ordre de la libération, la plus grande récompense du pays.

Lors de sa visite à Tripoli en 2009, le président vénézuélien témoigne de l’influence qu’a pu avoir la révolution libyenne sur certains mouvements de gauche radicaux sud-américains qui voyaient dans la Libye une alternative, notamment logistique, à Cuba ou à l’Union soviétique. « Dans les années 1970, de nombreux leaders révolutionnaires sont venus ici (en Libye). Moi je ne pouvais pas parce que j'étais dans l'armée. (Mais) lorsque le Livre vert est arrivé au Venezuela, nous avons suivi l'exemple de Kaddafi. Je disais toujours à mes camarades de l'armée : si lui et ces jeunes militaires là l'ont fait (prendre la pouvoir, NDLR), pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ? »

Leur relation appartient désormais au passé. C’est avec fierté que le Vénézuélien avait appris que Kaddafi avait donné son nom à l’enceinte de football de Benghazi construite en 2009. Après la chute du « Guide », le « Hugo Chávez Football Stadium » a été rebaptisé stade des « Martyrs de Février ».

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Par Vincent Duhem

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