Le ministre de l’Intérieur sortant, Ali Laarayedh, a été désigné par son parti, Ennahdha, pour prendre la relève de Hamadi Jebali à la tête du gouvernement. Il a été officiellement nommé à ce poste vendredi 22 février à la mi-journée.
Ancien prisonnier politique, Ali Laarayedh a conduit dans l’ex-gouvernement de Hamadi Jebali le ministère où il avait été torturé de manière abjecte et gardé au secret en 1990. Cet ingénieur de la marine marchande, originaire de Médenine (sud), avait été secrétaire général du mouvement islamiste d’Ennahdha avant d’écoper de 15 ans d’emprisonnement dont 10 en isolement.
Une fois entré au gouvernement à la suite des élections du 23 octobre 2011, l’homme a semblé un moment dépassé par les événements et avait du mal à tenir son ministère, l’un des plus sensibles et les plus corrompus en Tunisie en raison de la dictature de Ben Ali. Mais nul n’a jamais mis en doute la sincérité d’Ali Laarayedh quand il appelle au respect de la loi et à son application.
Bilan douloureux
Il semble cependant avoir ménagé les salafistes, tout en ayant adopté une position plus controversée avec les laïcs et « progressistes ». La lourde répression de la manifestation du 9 avril 2011, l’attaque de l’ambassade américaine, le 14 septembre suivant, puis les tirs de la police sur les manifestants de Siliana, à la fin de novembre, et l’assassinat de Chokri Belaïd, le 6 février de cette année, sont autant d’affaires douloureuses qui entachent sa gestion d’un portefeuille sensible.
À 56 ans, ce défenseur des droits de l’homme reste quand même populaire. Il a hérité d’une situation confuse, a réussi à instaurer un retour partiel de la sécurité, certes sans avoir pu réformer complètement une machinerie aussi complexe et secrète que celle du ministère de l’Intérieur.
Mission délicate
Certains imputent les dysfonctionnements à l’existence d’une officine interne gérant des milices, d’autres estiment que le tandem formé par les ministères de la Justice et de l’Intérieur n’a pas fonctionné.
Dans tous les cas, la nouvelle mission de Ali Laarayedh est délicate. Il doit affronter une crise de confiance sans précédent, lancer rapidement des signaux forts permettant la relance économique et veiller à ce que le pays aille vers des élections dans la plus grande transparence. Sa seule volonté ne suffira pas. Il lui faudra aussi se détacher de l’influence de son parti et se garder de toute attitude ou décision qui serait jugée trop partisane.
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Par Frida Dahmani, à Tunis

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