Une vue du parc de Waza, au nord du Cameroun, où une famille française a été enlevée.
© Marc Preel/AFP
Les infiltrations de la secte islamiste nigériane Boko Haram et de sa branche dissidente Ansaru ne sont pas nouvelles au Cameroun. Le nord du pays sert de zone de repli à ces groupes armés pourchassés au Nigeria.
Mis à jour le 21 février à 10:13
Soupçonnée de l’enlèvement d’une famille française le 19 février, libérée jeudi 21 février - la secte islamiste Boko Haram, basée au Nigeria, n’en est pas à son coup d’essai au nord du Cameroun. Entre octobre 2012 et janvier 2013, elle a frappé au moins à trois reprises dans cette région, sur la ligne frontalière située entre Dabanga, Fotokol et Kousseri (voir carte ci-dessous).
Au cours de la première incursion près de Fotokol, à 105 kilomètres au sud de Kousseri, ville camerounaise frontalière avec la capitale tchadienne Ndjamena, les islamistes nigérians ont emporté des équipements militaires, des armes de guerre et des munitions. En réaction, les forces de sécurité locales ont interpellé des suspects nigérians qui ont aussitôt été remis aux autorités d’Abuja.
La contre-réaction des islamistes s’est soldée par la décapitation, en octobre 2012, d’Abba Djidda Alhadji, maire-adjoint de Makary près de Fotokol. Puis, par l’assassinat d’un commerçant nigérian dans la ville de Kousseri, le 19 janvier 2013.
Voir la carte des actions de Boko Haram au nord du Cameroun (en rouge, tandis que les capitales nationales sont en jaune, et les capitales régionales en bleu) :
Afficher Violences dans le nord du Cameroun sur une carte plus grande
Déni officiel
Malgré la précision des menaces, et la multiplication des frappes de Boko Haram, le gouvernement a constamment refusé de reconnaître la présence effective de la secte nigériane au Cameroun. « En reconnaissant officiellement la présence de Boko Haram au Cameroun, notre pays court le risque d’être considéré comme une base arrière des islamistes par notre voisin, le Nigeria », estime un député du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti au pouvoir.
Un enseignant à l’École normale supérieure de Maroua, capitale de l’extrême-nord, affirme que Boko Haram est visible dans la région. « Ils ne sont pas seuls. Ansaru est également ici. Vous voyez des barbus nigérians partout en ville. Il y a des ONG saoudiennes, turques et iraniennes qui distribuent argent et nourriture dans les mosquées. Les discours extrémistes sont prononcés ouvertement dans plusieurs mosquées, de Kousseri à Maroua », explique-t-il.
Petit Sahel camerounais
Pourchassés dans tout le nord du Nigeria par la Joint Task Force mise en place par le gouvernement de Goodluck Jonathan, Boko Haram et Ansaru cherchent des refuges. De plus, depuis que la situation sécuritaire s’est dégradée au Nigeria, les touristes occidentaux se font rares. Et les étrangers sont obligés de fuir. Les terroristes ont vite trouvé une solution de rechange, à un jet de pierre, de l'autre côté de la frontière camerounaise. Une zone qui leur offre de nombreux avantages.
« La région du nord du Cameroun ressemble parfaitement à la zone sahélienne, de par sa difficulté d’accès, les nombreuses cachettes disponibles. Par ailleurs, la frontière n’est pas matérialisée, les familles vivent de part et d’autre des deux frontières. Tous les deux peuples étant de religion musulmane, on ne peut pas distinguer qui est étranger ou non », explique le politologue Aboya Manasse Endong, enseignant à l’université de Douala. Qui relève en outre que la montée en puissance de Boko Haram dans le grand nord est d’autant plus inquiétante que le Cameroun ne dispose pas de moyens adéquats pour faire face à ce genre de défi sécuritaire.
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Par Armelle Nya, à Douala

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