Les opposants au président de la République Alpha Condé sont descendus dans la rue le 18 février
© AFP
Les partis politiques de l'opposition guinéenne ont réussi à mobiliser massivement leurs militants, lundi 18 février. Des manifestations qui se sont déroulées pour une fois sans violences, et qui visaient à peser sur l’organisation des législatives du 12 mai.
Ce 18 février, il est presque midi et quart au pont de Kénien, qui enjambe l'autoroute reliant l'aéroport international de Gbessia au centre-ville de Conakry. C'est ici, près du quartier Bellevue et à mi-chemin de l'itinéraire prévu pour la marche de l’opposition, que des centaines de badauds guettent patiemment l'arrivée du cortège. Policiers et gendarmes sont également sur place.
Comme dans la première partie d'un spectacle, des motards « chauffent » l'assistance, majoritairement âgée de moins de 30 ans, en jouant les acrobates au guidon de leurs deux-roues. « Si les manifestants passent tranquillement le pont, la marche se passera bien. »
C'est le pronostic que font les riverains et les journalistes présents, habitués à voir les manifestations se transformer en affrontements avec les forces de l'ordre dans le quartier. Pour la première fois depuis longtemps, le pouvoir guinéen a décidé d'autoriser - moins de 48 heures avant la date fatidique - la marche de l'opposition. De quoi apaiser le climat dans un contexte politique tendu.
"Test réussi"
« Aujourd'hui, tout s'est bien passé. Pas comme les autres fois. Nous sommes contents », assure Ousmane Camara, la tête couverte d'un tee-shirt à l'image de Sidya Touré, opposant et leader de l'Union des forces républicaines (UFR). En effet, une marée humaine s'est pacifiquement dirigée vers le Palais du Peuple à Conakry sans le moindre incident majeur avec les forces de l'ordre. Même constat sur l'ensemble du territoire où s'étaient déployés 4 000 policiers et gendarmes.
« La Guinée vient de démontrer qu’il est possible de manifester pacifiquement. C’est un nouveau test réussi pour notre jeune démocratie », affirme dans un communiqué Damantang Albert Camara, porte-parole du gouvernement, même s'il reconnaît le caillassage de quelques véhicules et des affrontements localisés dans la capitale entre partisans du pouvoir et ceux de l'opposition. À l'inverse, la journée suivante devrait être calme car l'opposition a appelé à effectuer une journée « ville morte ».
« La jeunesse s'est engagée dans cette marche avec discipline », se félicite le leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), depuis la tribune du Palais du Peuple. « Quand Alpha Condé ne donne pas d'instruction aux forces de l'ordre, elles ne répriment pas nos manifestations. »
Prochaines marches
L'opposition doute que le pouvoir tienne sa promesse d’organiser de manière libre et transparente les élections législatives du 12 mai prochain. Elle exige toujours le départ de WayMark, l'opérateur technique chargé de la révision du fichier électoral pour le scrutin, ainsi que la prise en compte du vote des Guinéens de l'étranger.
« La semaine prochaine, nous organiserons une marche deux à trois fois plus importante, promet Cellou Dalein Diallo, si le président ne stoppe pas le processus pour s'asseoir et discuter autour d'une table afin de définir les conditions dans lesquelles doivent se tenir ces élections. » Alpha Condé avait quant à lui déjà indiqué à Jeune Afrique, en septembre 2012, qu’il avait « accepté toutes les conditions de l'opposition pour aller aux élections ».
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Par Sidy Yansané, à Conakry

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