Extension Factory Builder
19/02/2013 à 08:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Hamadi Jebali à l'Assemblée nationale constit Hamadi Jebali à l'Assemblée nationale constit © AFP

L’initiative de mise en place d’un gouvernement apolitique lancée par le chef de l’exécutif tunisien, Hamadi Jebali, a échoué. Mais la crise gouvernementale semble sur le point de se résoudre.

Mis à jour à 11h26.

« L’initiative d’un gouvernement composé de membres n’appartenant pas à des partis politiques que j’ai soutenue, n’a pas recueilli un consensus », a déclaré Hamadi Jebali, lundi 18 février. le Premier ministre signifiait ainsi que les négociations entamées depuis le 6 février avec les principaux partis avaient tourné court.

En Tunisie, nul ne s’en étonne : voila huit mois que toutes les tentatives de remaniement échouent, alors que parallèlement la situation du pays ne cesse de se dégrader. Pourtant, le chef du gouvernement lui même est monté au créneau en menaçant de démissionner. Une pression qui n’a pas fait plier la coalition gouvernementale tripartite ni, surtout, son propre parti, Ennahdha.

Mais selon des sources proches d'Ennahdha et du Premier ministre, l'apparent blocage politique serait sur le point de se dénouer avec la constitution d'un gouvernement restreint. Pour éviter une crise institutionnelle et la reprise des négociations à zéro, Hamadi Jebali resterait en place, d’autrant qu’il représente une figure consensuelle fédérant de nombreux courants politiques.

Le problème de la Justice

Les ministères des Affaires étrangères et de la Justice – qu’Ennahdha ne voulaient pas lâcher jusque là - pourraient être confiés à des personnallités indépendantes. Mais les analystes doutent que les islamistes cèdent le la Justice, trop de dossiers épineux, notamment de corruption, étant en cours d'instruction et l'indépendance de la magistrature restant un sujet brûlant dans l'actuelle phase de transition.

Le ministère de l'Intérieur resterait quant à lui dans l'escarcelle d’Ennahdha, mais deux secrétaires d'État viendraient rééquilibrer la configuration. Le gouvernement en cours de constitution demandera à l'Assemblée nationale constituante de s'engager clairement sur des délais pour finaliser sa feuille de route. La direction de l'instance supérieure indépendante des élections (Isie) devrait être confiée à Kaïs Saïed, juriste constitutionnaliste connu pour son intégrité.

Machine à broyer

En proposant un gouvernement restreint et totalement apolitique, Jebali reconnaissait l’incompétence de l’équipe en place et estimait qu’une sortie de crise était possible en déléguant la gestion des affaires courantes de l’État à des technocrates. Sortie de crise mais aussi sortie de la phase transitionnelle et préparation des élections : tels étaient les objectifs les objectifs du secrétaire général d’Ennahdha, dont la proposition aura été mise en échec par sa propre famille politique.

Rached Ghannouchi, à l’issue de la réunion du 18 février, a été on ne peut plus clair : « Il faut former un gouvernement restreint de compétences politiques et aller vers des élections ». De toute évidence, la machine islamiste broie toutes les initiatives quand elles n’émanent pas de ses mentors et le Premier ministre, contre lequel son propre parti a orchestré une levée de boucliers médiatiques et populaire, n’a pas réuni assez de voix pour obtenir un consensus. Mais Ennahdha n’a pas été la seule à faire blocage. Le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki a été du même avis.

L’enjeu est politique : seuls les partis élus le 23 octobre 2011 ont la légitimité pour diriger le pays, dit en substance le CPR. L’opposition, également désunie, n’a pas fait le poids non plus. Le Front populaire et Al-Aridha Al-Chaabia n’ont pas participé aux négociations. Ils mettaient de multiples conditions à l’acceptation de la proposition de Jebali. Qui a au moins eu le « mérite de réunir les partis autour d'une même table », selon ses propres paroles.

____

Par Frida Dahmani, à Tunis

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : frictions entre la Défense et la présidence pour la succession du général Hamdi

Tunisie : frictions entre la Défense et la présidence pour la succession du général Hamdi

La question de la succession du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Mohamed Salah Hamdi, remplacé le 12 août par Ismaïl Fathalli, a opposé le président [...]

Douze chefs d'État africains avec Hollande aux cérémonies du débarquement en Provence

François Hollande accueille ce vendredi 13 chefs d'État, dont douze africains, à bord du Charles-de-Gaulle pour les commémorations du 70e anniversaire du Débarquement de Provence avec en point[...]

IIe guerre mondiale : les victoires oubliées des "indigènes"

Avant le grand débarquement, la reconquête des Alliés est amorcée par la Corse et l'Italie. Des batailles aussi épiques que méconnues menées par les[...]

Salma Hamza, architecte tunisienne : "La modernité peut très bien respecter le traditionnel"

L'architecte tunisienne Salma Hamza milite pour la réhabilitation des matériaux traditionnels. Et la restauration du patrimoine de son pays. Interview.[...]

Tunisie : des balles et des morsures

Depuis la révolution (des épines) du jasmin, les Tunisiens comptent plus de journées de deuil que de fêtes nationales (mises sous éteignoir), créant un climat[...]

Tunisie : Mondher Zenaidi va-t-il revenir sur la scène politique ?

Exilé volontaire à Paris depuis trois ans, l'ex-ministre du Commerce de Ben Ali reste populaire dans son fief de Kasserine comme dans les milieux destouriens. Cédera-t-il à la tentation de[...]

Tirailleurs : le chagrin des indigènes

Tierno Monénembo est un écrivain guinéen, Prix Ahmadou-Kourouma 2012 pour Le Terroriste noir, sur Addi Bâ, héros méconnu de la Résistance..[...]

La Tunisie commence l'examen d'une nouvelle loi antiterroriste

La nouvelle loi antiterroriste, dont l'examen a débuté lundi, doit remplacer la législation jugée liberticide adoptée sous le régime de Zine el-Abidine Ben Ali.[...]

Le Maghreb des misogynes

Dignes descendantes des moudjahidate algériennes, nobles battantes du Maroc, filles de Bourguiba, vous pouvez être fières de vos élus ! Si, si. Je vais vous donner trois exemples qui vont vous[...]

Tunisie : 90 migrants clandestins interceptés au large de Zarzis

Quatre-vingt-dix migrants africains, partis des côtes libyennes pour rallier clandestinement l'île italienne de Lampedusa, ont été interceptés samedi en mer au large de Zarzis, une ville dans le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers