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18/02/2013 à 16:31
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Un convoi militaire français circulant dans la région de Gao, le 7 février. Un convoi militaire français circulant dans la région de Gao, le 7 février. © Pascal Guyot/AFP

Pas moins de 700 km et 28 heures de route en convoi avec l'armée française séparent Sévaré, d'où est partie la reconquête du Nord-Mali, de Gao, nouvelle tête de pont franco-malienne dans la lutte contre les jihadistes. Reportage.

Le ciel est magnifique ce soir. Il fait nuit noire. Seuls quelques étoiles filantes et le ballet des phares des blindés de l’armée française offrent des fulgurances de lumière. Nous sommes en rase campagne, aux portes du Sahel, quelque part entre Konna, où les jihadistes ont été violemment stoppés dans leur élan vers Sévaré le 11  janvier, et Douentza, là où la route devient hostile. Il y a quelques jours, un pick-up de l’armée malienne a sauté sur une mine dans les environs. Bilan : quatre morts et cinq blessés.

Il est minuit passé de quelques minutes ce 7 février, et c’est ici que le convoi de l’armée française a décidé de faire une courte escale nocturne d’à peine plus de cinq heures. Énorme, le convoi : près de 150 véhicules - des chars d’assaut, des tanks, des camions de transport, des véhicules légers de combat… et une dizaine de 4x4 transportant des journalistes étrangers. En ce début de mois de février, le seul moyen de se rendre à Gao, le nouveau centre névralgique de l’opération « Serval » situé à 1 200 km de Bamako, est de s’insérer dans un de ces convois. La route est interdite aux civils. « Trop dangereux », nous dit-on du côté de l’armée malienne sans que l’on sache vraiment ce qu’il en est.

Il faut donc prendre son mal en patience (plus de 28 heures pour parcourir les 800 km qui séparent Sévaré de Gao). S’arrêter quand une machine tombe en panne - certaines ont plus de quarante ans. Attendre quand ceux qui nous suivent à quelques kilomètres ont pris du retard. Il s’agit de ne pas laisser trop d’espace entre ce que le jargon militaire nomme des « rames ».

"Zone à risque"

Il faut aussi laisser le temps au génie, devant, de s’assurer que la route n’a pas été minée dans la nuit. Rien n’est laissé au hasard. Dès que l’on s’arrête, des hommes armés de leur Famas se postent de chaque côté de la route. « On n’est pas à l’abri d’une attaque isolée », nous explique un sous-officier. Plus loin, au niveau de Hombori, la ville où deux Français ont été enlevés en novembre 2011, il sera même demandé aux civils de mettre leur casque et d’avoir les gilets pare-balles à portée de main. « À partir de maintenant et jusqu’à Gao, c’est une zone à risque », nous glisse le même sous-officier.

Paradoxalement, l’enthousiasme n’est pas le même à Gao qu’au sud, où l’on n’a pourtant pas connu le joug des jihadistes.

Sur le bivouac provisoire, entre Konna et Douentza, les visages sont poussiéreux, les traits tirés. La plupart des soldats qui le composent sont partis de Bamako la veille au petit matin. D’autres viennent de Dakar : leur périple dure depuis quatre jours. D’autres encore avaient pris la mer dix jours plus tôt au port de Toulon, dans le sud de la France.

Plus tard, nous retrouverons un autre convoi, en provenance de Tombouctou celui-là. Les hommes ayant participé à l’assaut sur l’aéroport de la ville sont envoyés à Gao. Voilà dix jours qu’ils n’ont pas de nouvelles du monde, pas même de Bamako. Ils ne sont pas malheureux de « changer de coin » et l’idée de retourner au front, à Kidal ou même plus haut à Tessalit, ne leur fait pas peur. « On est là pour ça », dit l’un d’eux.

Passé Hombori, le paysage n’est pas le seul à se montrer plus hostile. Au fur et à mesure que l’on avance vers le nord, les drapeaux tricolores se font plus rares, les slogans à la gloire de François Hollande ou de l’unité territoriale (presque) retrouvée aussi, et les regards sont circonspects. Paradoxalement, l’enthousiasme n’est pas le même ici qu’au sud, où l’on n’a pourtant pas connu le joug des jihadistes. Les rares Maliens qui empruntent la route (à mobylette ou dans des bus surchargés), peu rassurés, multiplient les signes d’allégeance lorsqu’ils croisent le convoi. Les villageois observent d’un œil désabusé le défilé militaire. Ce n’est qu’en arrivant à Gao que l’on comprendra. « Ici, les gens savent que les islamistes n’ont pas dit leur dernier mot », nous expliquera un enseignant.

"Ils sont partout"

Gao n’est pas la ville à laquelle nous nous attendions. Libérée, oui. Mais pas sécurisée, loin de là. Quelques heures seulement après notre arrivée le 7 février au soir, un kamikaze se fera exploser à l’entrée nord de la ville, à l’aube. Le 9 au matin, deux autres hommes seront arrêtés avec leur ceinture d’explosifs avant de passer à l’acte. Et le soir, un autre attentat-kamikaze, toujours au même endroit.

Dans la ville, les soldats des armées malienne, française et nigérienne multiplient les arrestations. Et les habitants que nous rencontrons émettent des vœux que l’on n’entend pas toujours : « Vous feriez mieux de rentrer » ; « Ne venez pas me voir, je viendrai à l’hôtel » ; « Ils sont partout, il faut faire attention ». Ils ? Les combattants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), qui ont régné en maîtres sur la ville pendant dix mois, et qui n’entendent visiblement pas l’abandonner sans tenter d’y semer la terreur.

Ils l’ont démontré le 10 février, en se retranchant dans plusieurs bâtiments du centre-ville de Gao et en affrontant durant plusieurs heures les soldats maliens et français. Le lendemain, des journalistes alertés par des voisins découvrent tout près de l’hôtel où la plupart d’entre eux dorment, dans la cour d’une maison abandonnée, quatre fûts remplis de TNT, des douilles, des branchements électriques. De quoi faire sauter un pont (ou tout un quartier). La bombe artisanale sera désamorcée deux jours plus tard par le génie français. La guerre d’usure ne fait que commencer à Gao, ville bunkerisée et plus que jamais coupée du reste du pays.

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Par Rémi Carayol, envoyé spécial

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