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17/02/2013 à 13h:18
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Des militants d'Ennahdha manifestent à Tunis, le 16 février 2013. Des militants d'Ennahdha manifestent à Tunis, le 16 février 2013. © Gianluigi Guercia

En pleines négociations pour trouver une solution à la crise gouvernementale qui agite la Tunisie, le parti islamiste Ennahdha a organisé une grande manifestation à Tunis, le 16 février, pour défendre sa légitimité à gouverner. En point d’orgue, l’intervention de Rached Ghannouchi.

Samedi 16 février, une noria de bus a déversé dans le centre de Tunis près de 16 000 manifestants pro-islamistes, selon le ministère tunisien de l’Intérieur. Avec des drapeaux noirs et de grandes banderoles siglées Ennahdha, les militants étaient présents pour soutenir le parti au pouvoir, lequel peine à surmonter une crise gouvernementale profonde.

La formation islamiste s’est donnée les moyens : écran géant, énorme drapeau couvrant la façade du théâtre municipal, distribution de fanions et escalade de décibels participaient à une scénographie bien étudiée. Objectif : impressionner à tout prix. Préparé depuis mardi par des dirigeants islamistes, cet appui de la rue avait pour objectif de soutenir la légitimité du pouvoir. En fait, nul ne la conteste mais le piètre bilan des islamistes, aux commandes depuis plus d’un an, handicape gravement le pays.

Secousse

La mobilisation spontanée et citoyenne de 1 400 000 Tunisiens le jour des funérailles de Chokri Belaïd, le 8 février, et l’initiative unilatérale de Hamadi Jebali de réunir une équipe de technocrates pour gérer les affaires du pays jusqu’aux élections, ont ébranlé les islamistes. Une secousse menaçant leur unité à laquelle ils ont répondu par la contre-manifestation de samedi, dont le temps fort a été le discours de Rached Ghannouchi.

Indiscutablement, celui-ci s'est positionné comme le leader du mouvement islamiste, toutes tendances confondues. Entouré de son premier cercle, il est apparu aux côtés d’un imam salafiste, Béchir Ben Hassine et de Sihem Badi, ministre de la Femme et membre du Congrès pour la République (CPR), parti du président Moncef Marzouki et allié d’Ennahdha au sein de la troïka au pouvoir.

L’essentiel du message de Ghannouchi affirmait qu’Ennahdha resterait au pouvoir pour longtemps.

Si le chef d’Ennahdha a appelé à l’arrêt de la violence au nom de la religion et du respect mutuel, ses propos paraissent purement formels. L’essentiel de son message avait pour objet d'affirmer qu’Ennahdha resterait au pouvoir pour longtemps tandis que ses militants scandaient « le peuple veut Ennahdha de nouveau ». Comme à son habitude, Ghannouchi a imputé à l’opposition et aux médias le chaos du pays ; les slogans assimilaient « Nidaa Tounès », formation de Béji Caïed Essebsi, ancien Premier ministre, à une émanation du parti de Ben Ali, dissous en mars 2011, et revendiquaient l’islamité du peuple ainsi que l’adoption de la charia.

Le message de Rached Ghannouchi est clair : « il n’est pas question d’un gouvernement de technocrates non partisans ; seul un gouvernement politique avalisé par l’Assemblée nationale constitutante (ANC) est acceptable. » Il désavoue ainsi publiquement l’initiative de Hamadi Jebali qui est également secrétaire général d’Ennnahdha. Le radicalisme de Ghannouchi étonne d’autant plus que durant, la première phase de négociations pour un nouveau gouvernement, le 15 février, il était tout sourire avec ceux qu’ils désigne aujourd’hui comme des fauteurs de troubles.

Belaïd et Bourguiba à la trappe

Alors qu’on attendait que le leader d’Ennahdha appelle à la concorde nationale, ses propos tendent à diviser aussi bien le pays que sa famille politique. Il n’a pas une seule fois salué la mémoire de Chokri Belaïd. Mieux, il a évité de prononcer le nom même de Bourguiba en désignant l’avenue qui porte le nom du père de l’indépendance tunisienne par l'expression « boulevard de la révolution. »

Pour masquer ses divisions, Ennahdha sort donc dans la rue. Mais le soir du rassemblement, les Tunisois avaient tendance à comparer Hamadi Jebali, qui a pris une stature d’homme d’État, avec Rached Ghannouchi, qui affirme son hégémonie en se drapant dans la légitimité d'une majorité relative sortie des urnes le 23 octobre 2011. Mais certains commentateurs commencent à se demander quelle est la nature véritable des relations entre Jebali et Ghannouchi, soulignant que « les membres d’un mouvement aussi discipliné et aux ordres, ne peuvent se désavouer ».

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Par Frida Dahmani, à Tunis

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