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08/02/2013 à 10:30
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Manifestation à Tunis, le 7 février. Manifestation à Tunis, le 7 février. © AFP

Un appel à la grève générale en Tunisie, pour ce vendredi 8 février, a été lancé par l'Union générale tunisienne des travailleurs (UGTT), la puissante centrale syndicale. Un pas de plus dans l’escalade de la crise tunisienne déclenchée par l'assassinat d'un opposant de gauche, Choukri Belaïd, et le rejet par les islamistes au pouvoir de la formation d'un gouvernement de technocrates, pourtant souhaitée par le Premier ministre issu de leurs rangs.

Mis à jour le 8 février à 10:30

L’assassinat de l’opposant de gauche Choukri Belaïd, mercredi 6 février, a plongé la Tunisie dans une profonde crise socio-politique.

>> Suivre en direct les obsèques de Chokri Belaïd, à Tunis

Alors que le Premier ministre Hamadi Jebali, également numéro 2 du parti Ennahdha, a annoncé mercredi la formation d’un nouveau cabinet de technocrates – décision saluée par la société civile et l’opposition - les islamistes ont fait savoir, le lendemain, qu’ils rejetaient cette éventualité.

Une attitude que le Premier ministre n’a pas commentée à ce jour, ni la présidence qui a reconnu n'avoir reçu aucune nouvelle après l'annonce de mercredi. « Le président n'a pas reçu de démission du Premier ministre, ni les détails d'un cabinet restreint de technocrates », a indiqué le porte-parole de la présidence, Adnene Manser.

« Tout changement au pouvoir doit se passer dans le cadre de la légalité représentée par l'Assemblée nationale constituante » (ANC), a-t-il rappelé.

Tout nouveau gouvernement doit être approuvé par l'ANC, dont Ennahdha contrôle 89 des 217 sièges. Les islamistes sont alliés à deux partis de centre-gauche, dont le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki.

Violences

Selon le journal Le Parisien, qui cite des sources médicales et policières, un policier serait dans le coma et hospitalié au service de réanimation à Gafsa. Des jeunes manifestants, dans la nuit de jeudi à vendredi, auraient sorti le fonctionnaire de son véhicule et l'auraient battu à mort.

La journée de jeudi a été marquée dans tout le pays par des heurts entre manifestants et policiers à Tunis, Gafsa (Centre), Siliana (Nord-Est) et Sfax (Est). Ces heurts ont cependant été moins graves que ceux de la veille, pendant lesquels un policier a été tué à Tunis lors d’affrontements ayant impliqué jusqu'à 4 000 manifestants.

Bien que marquée par le sceau du deuil, a journée de vendredi s’annonce cependant sous haute tension. Alors que les funérailles de l’opposant assassiné Chokri Belaïd auront lieu dans le sud de la capitale, le puissant syndicat tunisien, l’UGTT (500 000 membres), a appelé à la grève générale. Le dernier débrayage national avait duré deux heures le 14 janvier 2011, participant à la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, qui avait pris la fuite ce jour-là vers l'Arabie Saoudite.

Cette grève générale intervient dans un contexte économique et social très difficile, marqué par de nombreuses manifestations, régulièrement réprimées, contre le chômage et la misère, deux facteurs clés de la révolution de 2011.

La présidence et le ministère de l'Intérieur ont appelé les Tunisiens à manifester dans le calme vendredi. À Tunis, on craint que la situation ne dégénère. La Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) a demandé jeudi aux autorités de protéger les personnalités politiques menacées. L'UGTT a d'ailleurs annoncé que son secrétaire général, Houcine Abbasi, avait reçu jeudi une menace de mort anonyme par téléphone dans la journée.

Face aux risques d'instabilité, l'ambassade de France a appelé ses 25 000 ressortissants en Tunisie à la prudence et a annoncé la fermeture des écoles françaises (plus de 7 000 élèves) vendredi et samedi.

Le ministère tunisien de l'Enseignement supérieur a parallèlement décidé la fermeture des universités de vendredi à lundi. La justice tunisienne est également au point mort. Avocats et magistrats se sont mis en grève dès jeudi pour dénoncer le meurtre de Chokri Belaïd, qui était par ailleurs un avocat défenseur des droits de l'homme.

L'opposition accuse Ennahdha

Pour une partie de l'opposition et la famille de M. Belaïd,  Ennahdha est responsable de l'assassinat de ce denrier, un crime sans précédent depuis la révolution. Jeudi, aucune avancée dans l'enquête n’était annoncée. De son côté, le parti islamiste a rejeté ces accusations, alors qu'une milice pro-islamiste est régulièrement accusée d'attaquer les opposants au pouvoir en place.

Parallèlement, certains opposants ont réclamé la dissolution de l'ANC, qui a été élue il y a 15 mois mais ne parvient pas à rédiger de Constitution faute d'un compromis sur lequel les deux-tiers des députés pourraient s'accorder. Depuis quelques mois, le pays tout entier est déstabilisé par les violences politiques et sociales, qui se multiplient face aux espoirs déçus de la révolte de 2011, et l’essor de groupuscules jihadistes.

La diplomatie américaine a réagi jeudi avec une grande prudence face à la crise politique en Tunisie, condamnant une nouvelle fois l'assassinat de Belaïd et saluant la poursuite du dialogue entre le gouvernement et l'opposition.

Les États-Unis n'ont pas non plus, pour l'instant, le projet de modifier leur dispositif de sécurité pour leur ambassade et leurs ressortissants en Tunisie, a déclaré à la presse la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.

(Avec AFP)

 

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