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07/02/2013 à 07:55
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Le mausolée soufi incendié à Sidi Bou Saïd, le 12 janvier 2013. Le mausolée soufi incendié à Sidi Bou Saïd, le 12 janvier 2013. © AFP

Aux quatre coins du pays, les salafistes, profitant du laxisme des autorités, attaquent les mausolées les uns après les autres. D’après l’Union des confréries soufies de Tunisie, quarante édifices ont été détruits ou incendiés depuis le mois de mars 2012.

Le ton est solennel, la voix parfois tremblotante. Ce mercredi 6 février, le président de la république tunisienne Moncef Marzouki est à la tribune du Parlement européen à Strasbourg. Quelques heures plus tôt, il a appris l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, tué par balle alors qu’il sortait de son domicile à Tunis. « Nous avons beaucoup d’ennemis qui sont décidés à faire échouer notre révolution pacifique, pointe le chef de l’État tunisien. Une violence verbale orchestrée, des marabouts brûlés pour dresser les musulmans contre les musulmans et, aujourd’hui, cet odieux assassinat d’un leader politique  que je connais bien et qui a été pour moi un ami de longue date, Chokri Belaïd… »

Que Moncef Marzouki évoque la destruction des mausolées, dans de telles circonstances – le meurtre de Chokri Belaïd a déclenché une crise politique et une colère populaire sans précédent depuis la révolution de 2011 -, est révélateur de l’ampleur de la menace qui pèse actuellement contre l’islam soufi tunisien. Pratiqué en Tunisie et au Maghreb depuis des centaines d’années, le soufisme est une doctrine mystique islamique qui repose en partie sur le culte des marabouts (hommes pieux). Pour les salafistes, adeptes de l’islam radical wahhabite, ce dogme est une hérésie contraire au principe sacré de l’unicité de Dieu. Depuis plusieurs mois, ils détruisent ou incendient méthodiquement les mausolées érigés sur tout le territoire en l’honneur des marabouts locaux.

Destructions à répétition

D’après l’Union des confréries soufies de Tunisie, quarante mausolées - sur environ 2000 - ont ainsi été saccagés depuis le mois de mars 2012. Une véritable catastrophe pour le patrimoine culturel et religieux du pays. Plusieurs sites célèbres, comme le mausolée de Sidi Bou Saïd, au nord de Tunis, ont été vandalisés ou sont partis en fumée. Les dernières attaques remontent au weekend dernier, durant lequel deux mausolées, situés à Jamel (gouvernorat de Monsatir) et Aouled Chamkh (gouvernorat de Mahdia), ont été incendiés.

Face à ces destructions à répétition, Mohamed Al Hani, secrétaire général de l’Union des confréries soufies, se montre très inquiet. « Le ministère de l’Intérieur fait preuve d’un laxisme flagrant, enrage-t-il. Les forces de l’ordre n’ont rien fait pour stopper ces agressions : sur quarante attaques, il n’y a eu qu’une seule arrestation, après l’incendie du mausolée Aïcha Manoubia à La Manouba (le 16 octobre2012, ndlr)». D’après le responsable soufi, un autre péril, plus insidieux, guette l’islam soufi de Tunisie. « Comme il l’ont fait avec beaucoup de mosquées, des extrémistes cherchent à mettre la main sur les zaouïas, explique Mohamed Al Hani. L’objectif est de les transformer en associations coraniques, dont on sait très bien qu’elles servent souvent à relayer l’idéologie salafiste. » En septembre 2012, des islamistes radicaux ont forcé la zaouïa Kadiria à Menzel Bouzelfa, dans le gouvernorat de Nabeul, à fermer ses portes. Ils chercheraient depuis à  y créer leur association coranique.
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Benjamin Roger (@benja_roger)

 

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