Extension Factory Builder
07/02/2013 à 16:00
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'incident a eu lieu en Casamance, au moment d'une attaque rebelle. L'incident a eu lieu en Casamance, au moment d'une attaque rebelle. © Émilie Régnier/JA

La mort d'un ressortissant français la nuit même où une attaque attribuée aux rebelles casamançais visait la ville de Kafountine, en Basse-Casamance, n'avait en réalité aucun lien avec le hold-up. Elle relève plutôt d'un triste fait divers où l'on retrouve tous les ingrédients du genre : alcool, roulette russe et... inconscience.

La communauté française de Kafountine est sous le choc. Durant la nuit du 1er au 2 février, elle a perdu l'un des siens dans des circonstances tragiques. Depuis lors, elle entend faire rectifier l'information selon laquelle Bernard, un retraité français installé dans ce village de Basse-Casamance depuis une dizaine d'années, se serait donné la mort pendant l'attaque menée cette nuit-là contre une banque de Kafountine par un commando présumé appartenir au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

Véronique Chiche, consul honoraire de France à Ziguinchor, est catégorique : « Il est mort à son domicile et son décès n'a rien à voir avec l'attaque. » Le colonel El Hadji Babacar Faye, commandant de la zone n°5 (Ziguinchor), confirme lui aussi à Jeune Afrique que les deux événements sont déconnectés : « A priori, il n'y a aucun lien entre son décès et l'attaque rebelle. » Suite aux premiers constats opérés par les gendarmes de Diouloulou, chargés de l'enquête, le procureur a d'ores et déjà accordé le permis d'inhumer.

Ce soir-là, un commando armé d'AK-47 et de RPG7 donne l'assaut à l'agence du Crédit mutuel de Kafountine. Suite à un échange de feu nourri avec les forces armées sénégalaises, les assaillants prennent la fuite, emportant avec eux un butin estimé à 4 millions de francs CFA [6 000 euros]. Trois civils trouveront la mort pendant l'attaque, ainsi que deux membres du commando. Mais dès le lendemain, les dépêches et articles consacrés à l'incident font état d'un bilan de « cinq morts dont un Français », laissant entendre que ce dernier compte au nombre des victimes de la fusillade. Au cours du week-end, la version se modifie, des articles évoquant un suicide par arme à feu directement lié à la fusillade. Puis la version médiatique se romance radicalement, offrant moult détails imaginaires sur un suicide pour motifs personnels qui serait lié à une déception conjugale.

Ce scénario est largement contredit par l'entourage de Bernard et par les témoins directs de la scène. Jeune Afrique a ainsi pu s'entretenir avec Stéphane*, qui assista, bien malgré lui, au drame. Encore traumatisé par l'incident – et réclamant l'anonymat pour ne pas inquiéter sa famille en France –, il nous a relaté la soirée funeste du 1er février.

Une soirée qui finit mal

Stéphane, la quarantaine, est venu passer des vacances en Casamance avec l'un de ses proches – appelons-le Étienne* –, qui connaît bien Kafountine et fréquente Bernard, le Français décédé, depuis plusieurs années. Le vendredi matin, les trois hommes se rendent au marché avant de s'arrêter déjeuner au village. Bernard, un ancien restaurateur, consacrera l'après-midi à cuisiner pendant que Stéphane et Étienne, de leur côté, iront à la plage. À l'heure de l'apéritif, tous trois se retrouvent au domicile de Bernard.

« Dans la soirée, nous avons entendu des coups de feu provenant du village, comme des tirs de canon et de mitraillettes, relate Stéphane. Bernard est alors allé chercher son revolver. Il nous a lancé : “Si les rebelles viennent, j'ai de quoi les recevoir !” Après le dîner, Bernard a proposé à Étienne d'aller chercher le voisin, Michel, et son épouse, Khadija, pour venir boire un verre. Je suis donc resté seul avec Bernard, qui m'a dit : “On va jouer à un jeu. Je suis sûr que tu n'y as jamais joué.” Je l'ai alors vu vider le barillet de son révolver. En fait, il me proposait de jouer à la roulette russe ! Les choses sont allées très vite. Je lui ai dit : “Qu'est-ce que tu fais ? Non ! Ne fais pas ça !” Mais Bernard a pointé l'arme sur sa tempe et le coup est parti. Il s'est effondré devant moi. »

Un tempérament fanfaron et un bon vivant

Impossible de savoir si Bernard a réellement entendu jouer à la roulette russe, s'il a oublié par mégarde une balle dans le barillet ou s'il a pensé que la balle restante avait déjà été percutée. Stéphane, sous le choc, part immédiatement alerter Étienne et Michel dans la maison voisine. La gendarmerie se rendra sur place le lendemain matin. Michel et Khadija, les voisins de Bernard, confirment le déroulement des faits. Interrogé à propos de ce scénario, le colonel Faye, commandant de la région militaire de Ziguinchor, nous répondra : « Vous avez la bonne version. »

Pour les proches de Bernard avec qui nous nous sommes entretenus, le décès de leur ami n'a rien d'un suicide. Bernard était un bon vivant, qui cultivait les projets et adorait sa femme, institutrice à Ziguinchor, et leur petite fille, âgée d'un an. Il avait en revanche un goût prononcé pour les armes à feu, un tempérament un peu fanfaron et un penchant pour l'alcool, trois ingrédients qui ne font pas bon ménage. Aujourd'hui, ses amis souhaitent rétablir la vérité des faits. Par respect pour sa mémoire, mais aussi pour ne pas laisser la machine médiatique s'emballer.

* Le prénom a été changé.

---

Mehdi Ba, à Dakar

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Sénégal

CAN 2015 : L'Algérie et le Ghana arrachent leur ticket pour les quarts

CAN 2015 : L'Algérie et le Ghana arrachent leur ticket pour les quarts

L'Algérie, très vite devant au score face au Sénégal, n'a jamais tremblé et assume son statut de favori grâce à son succès (2-0). Les Sénégalais d'Alain Giresse,[...]

Sénégal - Giresse : "Viser le match nul, je ne sais pas faire"

Mardi soir à Malabo (19 heures), le Sénégal, leader du groupe C, affronte l’Algérie. Un match nul peut suffire aux Lions de la Teranga, qui ont déjà engrangé quatre points.[...]

Sénégal : la cimenterie de Dangote démarre, Vicat s'énerve

 Après le démarrage de cimenterie sénégalaise de Dangote, son concurrent français Vicat est déterminé à faire condamner l'État, qu'il accuse d'avoir[...]

CAN 2015 : Le Sénégal arrache un point précieux

Le Sénégal a été tenu en échec par les Bafana Bafana (1-1) vendredi 23 janvier à Mongomo lors de la deuxième journée de la phase de poule. Menés au score dès le[...]

Sénégal - Mame Mactar Gueye : "'Charlie Hebdo' a jeté de l'huile sur le feu"

Mame Mactar Gueye est le vice-président de l'ONG islamique Jamra, à Dakar. À la veille de la manifestation anti-"Charlie Hebdo" prévue dans la capitale sénégalaise, il donne[...]

Foot : avant son exploit avec le Congo, les sept CAN de Claude Le Roy

Avec le Congo, Claude Le Roy dispute en Guinée équatoriale (17 janvier-8 février) sa huitième phase finale, un record. Le technicien français, champion d’Afrique en 1988 avec le Cameroun,[...]

Sénégal : le procès de Karim Wade dans l'impasse

Nouveau rebondissement au procès de Karim Wade : tandis que le principal accusé, qui dénonce "une parodie de justice", refuse d'assister aux audiences, les avocats des différents[...]

CAN 2015 : Le Sénégal est renversant !

Les Lions de la Teranga ont battu le Ghana dans le premier choc du groupe C grâce à un but de Moussa Sow à la dernière seconde de jeu (2-1). Un succès mérité pour des[...]

CAN 2015 : Algérie, Cameroun, Ghana, Sénégal... 4 favoris vus par 4 spécialistes

Alors que la CAN a débuté samedi 17 janvier, "Jeune Afrique" a demandé à quatre spécialistes du football africain de livrer le nom de leur favori pour la compétition. En[...]

CAN 2015 : ça s'annonce corsé...

Le Nigeria, tenant du titre, ne sera pas là, et une bonne demi-douzaine de sélections peuvent prétendre à sa succession. Avec, dans le costume du favori, l'Algérie. Suspense assuré[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130207145306 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130207145306 from 172.16.0.100