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07/02/2013 à 12:28
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Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahdha, le 26 mars 2012 à Tunis. Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahdha, le 26 mars 2012 à Tunis. © Nicolas Fauquié/Imagesdetunisie.com

Le parti islamiste Ennahdha, au pouvoir en Tunisie, a annoncé jeudi 7 février qu'il refusait la formation d'un gouvernement de technocrates apolitiques, pourtant annoncé la veille par le Premier ministre Hamadi Jebali, lui même membre éminent de la même formation politique. Le pays traverse une grave crise politique depuis l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, tué par balles mercredi matin alors qu'il sortait de son domicile à Tunis.

La scission guette Ennahdha. Jeudi, le parti islamiste tunisien a refusé la dissolution du gouvernement souhaitée par le Premier ministre issu de ses rangs, Hamadi Jebali, et annoncé vouloir poursuivre les discussions sur un éventuel remaniement.

« Le Premier ministre n'a pas sollicité l'opinion de son parti », a déclaré le vice-président d'Ennahdha, Abdelhamid Jelassi. « Nous croyons que la Tunisie a besoin aujourd'hui d'un gouvernement politique (...) Nous allons poursuivre les discussions avec les autres partis sur la formation d'un gouvernement de coalition », a-t-il ajouté.

Mercredi soir, après une journée de violences déclenchées par l'assassinat dans la matinée de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, Hamadi Jebali a annoncé sa décision de former un gouvernement composé de technocrates apolitiques et sa volonté d'organiser rapidement des élections... pour tenter de calmer les violentes manifestations provoquées par l'assassinat du dirigeant de l'opposition laïque, Chokri Belaïd.

Mandat limité

« J'ai décidé de former un gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique qui aura un mandat limité à la gestion des affaires du pays jusqu'à la tenue d'élections dans les plus brefs délais », a-t-il déclaré dans une adresse télévisée à la nation.

Le Premier ministre a assuré que cette décision était arrêtée avant l’assassinat de Belaïd. Celui-ci « a accéléré ma prise de position pour laquelle j'assume ma responsabilité entière devant Dieu et devant notre peuple », a-t-il déclaré, sans pour autant préciser de date pour l'annonce de la nouvelle équipe gouvernementale.

Depuis des mois, la troïka au pouvoir ne parvient pas à s’entendre sur la distribution des ministères régaliens. Les alliés laïcs des islamistes réclament que ces ministères soient confiés à des indépendants, ce à quoi la frange dure d'Ennahdha est opposée. Les nouvelles élections générales ne pourront pas avoir lieu avant l'adoption d'une Constitution dont la rédaction est dans l'impasse depuis des mois faute de compromis à la Constituante formée en octobre 2011.

Grève générale

En signe de protestation après l’assassinat de Chokri Belaïd, quatre formations de l'opposition laïque - le Front populaire, Al-Massar (gauche), le Parti républicain et Nidaa Tounès (centre) - ont appelé à une grève générale et suspendu leur participation à l'Assemblée nationale constituante. Le débrayage doit avoir lieu vendredi 8 février, jour des funérailles.

De leur côté, les syndicats des avocats, magistrats et du parquet ont annoncé qu'ils se mettaient en grève dès jeudi, tout comme les enseignants de la plus grande université du pays, à la Manouba, en banlieue de Tunis.

Chokri Belaïd, 48 ans, a été tué par balles mercredi matin, vers 7h30, alors qu’il sortait de son domicile situé dans le quartier résidentiel d’El Menzah VI à Tunis. Les proches de la victime ont rapidement accusé le parti islamiste au pouvoir Ennahdha d'être responsable du meurtre, laissant craindre un nouveau cycle de violences dans le pays.

« Mon mari a été menacé plusieurs fois et avait lancé des avertissements à maintes reprises, sans résultat. On lui répondait qu'il devait assumer le fait d'être un opposant », a déclaré Besma Khalfaoui, à l'hôpital, le pantalon taché de sang. Elle, ainsi que le frère de la victime, Abdelmajid Belaïd, ont accusé le chef d'Ennahdha, Rached Ghannouchi. « Ghannouchi sale chien ! » a crié en larmes le père de l'opposant.

"Le peuple veut la chute du régime !"

Après de premiers heurts entre policiers et manifestants dans la matinée, une foule a accompagné l'ambulance transportant le corps de l'opposant qui s'est arrêté avenue Bourguiba, à Tunis, devant le ministère de l'Intérieur, symbole de répression pour les opposants. « Le peuple veut la chute du régime ! Le peuple veut une révolution de nouveau ! Ennahdha tortionnaire du peuple ! » ont scandé les manifestants, entonnant plusieurs fois l'hymne national.

Après le passage de l'ambulance, une foule de jeunes a de nouveau attaqué la police avec des pierres. Un blindé de la garde nationale a tiré des lacrymogènes alors que les manifestants ont érigé des barricades. Après plusieurs heures d'affrontements, le calme semblait être revenu en début de soirée dans le centre de Tunis. Le ministère de l'intérieur a annoncé la mort d'un policier mortellement touché par des jets de pierres.

Ailleurs dans le pays, la police a également fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui tentaient de prendre d'assaut son siège à Sidi Bouzid (centre-ouest), berceau de la révolte de 2011. À Mezzouna, Gafsa, Monastir (centre) et Sfax (sud), des protestataires ont incendié et saccagé les locaux d'Ennahdha. À Kasserine, Béja et Bizerte, des foules criaient « Vengeance, vengeance ! »

(Avec AFP)

Nejib Chebbi sur une "liste de personnalités à assassiner"

Chokri Belaïd se savait menacé et avait confié à des proches qu’il s’apprêtait à faire, vers le 15 février, des révélations sur des affaires de corruption. Mais un autre opposant tunisien, Ahmed Nejib Chebbi, est aussi dans le viseur des fous de dieu. Lors d’une interview à la radio française RTL, le chef du Parti républicain (libéral) a déclaré jeudi : « Je suis menacé. Le ministère de l'Intérieur m'a officiellement informé il y a déjà quatre mois que j'étais sur une liste de personnalités à assassiner. Le président de la république m'a accordé une garde depuis trois ou quatre mois ».

« Les groupes extrémistes religieux qui se sont attaqués aux galeries d'art, aux manifestations politiques, aux artistes, aux restaurants, aux bars. Ils veulent établir une dictature religieuse violente, donc ils me prennent pour un ennemi à abattre », ajoute celui qui est l’un des opposants historiques à Ben Ali, aujourd’hui opposé aux islamistes.

« L'enquête n'en est qu'à ses débuts, on ne peut rien dire », a encore estimé Chebbi, à propos de l’assassinat de Belaïd. « Le changement de gouvernement nous permet d'espérer une nouvelle situation », a-t-il ajouté. Mais rien n’est encore fait…

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