Extension Factory Builder
06/02/2013 à 09:54
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Chokri Belaïd avait 48 ans. Chokri Belaïd avait 48 ans. © DR

Chokri Belaïd, le secrétaire général du Parti des patriotes démocrates, formation de l'extrême gauche tunisienne, a été assassiné mercredi 6 février au matin. Il a été touché par plusieurs balles alors qu'il sortait de son domicile à Tunis.  

Mis à jour à 20h12.

Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates, savait qu’il était la cible des milices qui pullulent en Tunisie - dont celles des Ligues de protection de la révolution (déjà responsables de la mort de Lotfi Naghd, militant du parti Nidaa Tounès, dans une manifestation à Tatouine, en octobre 2012). Mais les menaces semblaient ne pas avoir de prise sur cet homme de convictions, éternel défenseur des valeurs démocratiques. Il paye vraisemblablement de sa vie son franc-parler et ses prises de positions : il a été abattu mercredi matin à 7h30 par des hommes armés postés à bord d’une voiture, devant son domicile, dans le quartier résidentiel d’El Menzah VI à Tunis.

Son frère accuse

« Mon frère a été assassiné, je suis plus que désespéré et déprimé », a dit Abdelmajid Belaïd. « J'emmerde tout le mouvement Ennahdha et j'accuse Rached Ghannouchi d'avoir fait assassiner mon frère », a-t-il affirmé. Selon l'épouse de l'opposant, s'exprimant sur radio Mosaïque, Chokri Belaïd a été touché par deux balles alors qu'il sortait de son domicile. Zied Lakhdher, membre du Parti des patriotes démocrates, a lui déclaré que le secrétaire général du parti avait été atteint par trois balles. Transporté dans un état critique à la clinique de la cité Ennasr, il aurait succombé à ses blessures lors de son transfert.

Âgé de 48 ans, cet avocat de profession avait participé à la mise en place de la transition démocratique en tant que membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution. Après l’échec de sa formation aux élections, il avait pris une position d’opposant qui s’élevait contre la mainmise des islamistes sur les structures de l’État et dénonçait les dysfonctionnements et les dérives de la justice. Il avait aussi alerté l’opinion sur les dangers de la violence politique.

Précédents

Ses positions étaient toutes à l’opposé du projet politique et sociétal des islamistes ; de plus en plus populaire, il devenait l’homme à abattre pour les radicaux. Plus d’une fois, durant les derniers mois, il avait été confronté personnellement à des agressions physiques et verbales tandis que les réunions de son parti étaient souvent chahutées ou empêchées par des salafistes ou des milices. Son parti avait rejoint le Front populaire, alliance de gauche qui avait le vent en poupe dans le milieu ouvrier et les régions démunies.

À Tunis, l’émotion est grande. Tous les partis politiques ont battu le rappel de leurs bureaux exécutifs et se fendent de déclarations. Si le crime n’a pas été revendiqué, les soupçons se portent automatiquement sur les milices soutenues par les islamistes. Certains, dramatiques, estiment que le pays entre dans un scénario à l’algérienne et affirment : « ils nous élimineront tous ». D’autres se demandent, fatalistes : « à qui le tour ? ».

________

Par Frida Dahmani, à Tunis, avec Benjamin Roger (@benja_roger)

Que mijote Ennahdha ?

Rached Ghannouchi, chef charismatique d'Ennahdha.Le conseil consultatif (Majliss el-Choura) d'Ennahdha, le parti islamiste au pouvoir, a établi à la mi-janvier sa feuille de route pour les cinq ans à venir. Une source interne confirme que sa priorité est de faire nommer certains de ses membres à des postes de direction au sein des entreprises publiques et de l'administration. S'agissant des élections législatives et présidentielle, il va tout faire pour qu'elles aient lieu au début de 2014, et non en 2013 comme annoncé par la présidence de l'Assemblée constituante. Cela permettrait d'adopter préalablement le budget 2014. Et de lier les mains du Parlement nouvellement élu pendant un an.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : fin de la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle

Tunisie : fin de la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle

Les Tunisiens de l'étranger, notamment en France, ont commencé à voter dès vendredi, dernier jour de la campagne pour le second tour de la présidentielle, qui opposera dimanche Moncef Marzouki [...]

Tunisie : le "cas" Marzouki divise Ennahdha

À quelques jours de la présidentielle, au sein du parti islmaiste tunisien Ennahdha, on se demande comment gérer le "cas" Moncef Marzouki avec un minimum de dommages collatéraux ?[...]

Tunisie : des jihadistes revendiquent les assassinats de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi

Abou Mouqatel (de son vrai nom Abou Bakr al-Hakim), un jihadiste tunisien recherché par les autorités, a revendiqué mercredi l'assassinat de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, tués en 2013.[...]

Documentaire : trois garçons, une fille et la révolution

Mêlant fiction et réalité, la réalisatrice Raja Amari raconte les prémices et le déroulement de la révolution tunisienne à travers quelques documents d'archives,[...]

Marzouki : "Mohamed Bouazizi est devenu un symbole qui a franchi les frontières tunisiennes"

Le président tunisien Moncef Marzouki a tenu un meeting de campagne pour sa réélection à Sidi Bouzid, mercredi, jour anniversaire de l'immolation de Mohamed Bouazizi, un des symboles de la[...]

Tunisie - Aziz Krichen : "Marzouki est l'esclave de sa propre passion dévorante du pouvoir"

À quelques jours du second tour du scrutin présidentiel prévu le 21 décembre, Aziz Krichen, ancien ministre-conseiller en affaires politiques de Moncef Marzouki, analyse les récents changements[...]

Tunisie : Hamadi Jebali, à droite toute !

Déçu des orientations prises par Ennahdha, le dirigeant islamiste tunisien claque la porte du parti. Et prépare la suite... en essayant de doubler Marzouki sur sa droite.[...]

Tunisie : Nidaa Tounes dit avoir trouvé une majorité sans les islamistes

Le parti anti-islamiste Nidaa Tounès est en mesure de former une coalition majoritaire au Parlement pour gouverner sans avoir à nouer une alliance contre-nature avec les islamistes d'Ennahdha, a affirmé[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Tunisie : l'ancien Premier ministre Hamadi Jebali démissionne d'Ennahdha

C'est un petit tremblement de terre au sein d'Ennahdha. L'un de ses fondateurs, l'ancien Premier ministre Hamadi Jebali, a annoncé jeudi sa démission du parti islamiste.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers