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04/02/2013 à 11:41
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Entre l'onde de choc du Printemps arabe et les difficultés internes du pays dans un contexte de crise mondiale, la vie politique jordanienne peine à se structurer. Explications à Amman avec Jalal Al Husseini, chercheur associé à l’Institut français du Proche-Orient

Le 23 janvier, les Jordaniens étaient appelés à renouveler leur Parlement, dissout en octobre dans un contexte socio-politique tendu. Le printemps arabe, qui a jusque-là épargné la monarchie, s’y était manifesté par une intensification de la grogne sociale et des revendications démocratiques. Car si l’État est régi par une Constitution depuis 1952, et que les partis ont été rétablis en 1989, la vie politique reste surtout le fait des notables, hommes d’affaire et chefs de tribus, quand la décision revient au roi qui continue de nommer son Premier ministre. Monarque d’un pays aux frontières tracées par la puissance mandataire anglaise, il se pose en garant de l’unité d’une société aux nombreuses fractures sociales, ethniques et religieuse, soumise à un environnement régional explosif. Les scandales de corruption éclaboussent régulièrement le sommet de l’État, la croissance démographique, la libéralisation de l’économie et la crise financière mondiale ont fait exploser le chômage : le mécontentement social est grand. Seul parti structuré de l’opposition à pouvoir mobiliser de nombreux partisans, le Front d’action islamique avait appelé à boycotter les élections du 23 janvier, qui ont logiquement vu la victoire des loyalistes. Depuis Amman, Jalal Al Husseini, chercheur associé à l’Institut français du Proche-Orient, décrypte pour Jeune Afrique les grands traits le la vie politique jordanienne.

Quel est le climat socio-politique en Jordanie ?

Jalal Al Husseini : En raison de la lenteur des réformes politiques et de la détérioration des conditions de vie, le mécontentement est perceptible dans une partie grandissante de la population jordanienne. Il ne serait pas étonnant d’assister très vite à des manifestations, voire à des émeutes lorsque la hausse annoncée du prix de l’électricité entrera en vigueur très prochainement. Mais la vie politique est anémique dans ce pays très fragmenté, entre la capitale Amman et les gouvernorats, entre tribus, entre Jordaniens d’origine et Jordaniens-Palestiniens,  eux-mêmes partagés entre une élite économique et des réfugiés  des camps ou des quartiers pauvres des grandes villes du pays. Les plus importantes manifestations et émeutes auxquelles on a assisté ces deux dernières années sont en réalité des épiphénomènes qu’aucune force politique ne s’est prouvée capable de canaliser. Il y a bien une jeunesse qui se mobilise depuis le début du Printemps arabe pour les réformes, mais essentiellement dans les gouvernorats en dehors de la capitale Amman. À Amman, centre politique et économique du pays (dont la grande majorité de la population est d’origine palestinienne), la jeunesse s’est relativement peu mobilisée.

Le roi ne cesse de qualifier son régime de monarchie constitutionnelle, est-ce exact ?

Oui, dans le sens où il y a une constitution, mais non selon les critères traditionnels qui assimilent une monarchie constitutionnelle à une monarchie parlementaire. Le Parlement ne choisit toujours pas le chef du gouvernement. C’est encore la prérogative du roi. La vie politique jordanienne est relativement terne en raison du faible nombre de véritables partis politiques. Le seul parti d’envergure est le Front d’action islamique des Frères musulmans, qui a boycotté les dernières élections législatives qui se sont déroulées en janvier 2013. La pièce maitresse du système politique jordanien reste le roi. Il inspire la politique générale du royaume, mais se mue opportunément en critique féroce du gouvernement et du Parlement lorsque la situation générale du pays se dégrade. Gouvernement et Parlement deviennent alors des fusibles que le roi peut révoquer à sa guise… On dit souvent que la Jordanie n’est pas assez mûre pour la vie parlementaire, mais en réalité cette manière de jouer   renforce in fine la position royale.

Que représentent les Frères musulmans qui ont boycotté les dernières législatives ?

C'est difficile à dire. Dans les premières élections libres de 1989 et de 1993, ils faisaient un quart des voix. En 2007, en proie à de graves dissensions internes entre modérés (les colombes) et les radicaux (les faucons), ils n’ont présenté que 22 candidats et  récolté 6 sièges seulement (sur environ 120 sièges). Ils restent certes la principale force d'opposition et les seuls à pouvoir organiser des manifestations de grande ampleur. Mais, finalement, il semble pour l’heure que seule une minorité de Jordaniens y voit une véritable alternative : leur dernière manifestation en janvier 2013, peu avant les élections, a drainé beaucoup moins de participants que prévu. En gros, je dirais qu’un cinquième de la population les soutiendrait. Ironiquement, ce sont leurs principaux rivaux « idéologiques », les islamistes modérés du Parti islamiste du centre, créé en 2001,  qui s'affirment aujourd'hui comme le principal bloc d'opposition avec environ 16 candidats élus sur 150. Étonnant car ils étaient jusque-là considérés comme une force marginale dans le paysage politique. Ils briguent à présent le poste de Premier ministre. Ils peuvent remercier les Frères d’avoir boycotté le scrutin !

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Propos recueillis par Laurent de Saint Périer

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