En pleine crise gouvernementale, le ministre conseiller en charge des Affaires politiques auprès du Premier ministre, Lofti Zitoun, démissione du gouvernement. Une manoeuvre vouée à fragiliser Hamadi Jebali, et qui est aussi révélatrice d'une profonde fracture au sein d'Ennahdha.
Après de longues tractations, le remaniement du gouvernement tunisien, attendu depuis juillet 2012, est dans l’impasse. Aucun des trois partis aux commandes du pays n’accepte de faire de concessions ; Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR) exigent que les portefeuilles de la Justice et des Affaires étrangères ne soient plus gérés par Ennahdha qui refuse de lâcher du lest. Pourtant la sortie de crise est urgente pour la stabilité de la Tunisie.
Coup de théâtre dans cette situation complexe et inédite qui provoque une crise gouvernementale sans précédent : Lotfi Zitoun, ministre conseiller en charge des Affaires politiques auprès du Premier ministre Hamadi Jebali, et homme de confiance de Rached Ghannouchi, puissant président d’Ennahdha, claque la porte du gouvernement.
Campagne contre Jebali
L’agressivité de celui qui relayait les directives Ghannouchi a fini par indisposer l’opinion publique et sa propre famille politique. Il n’a recueilli que 17 voix lors des élections du bureau exécutif d’Ennahdha, lors de son 9e Congrès, et a adopté depuis une position de repli, tout en continuant à planifier et animer l’apparente agitation des jeunes islamistes.
Sa démission n’est pas un coup de tête, elle marque le coup d’envoi d’une campagne contre le chef du gouvernement au sein d'une frange d'Ennahdha. Lotfi Zitoun assure dans sa lettre de démission ne plus avoir confiance en Hamadi Jebali, lui reproche de ne pas avoir tenu compte des conseils avisés et de ses propositions, et estime qu’il porte gravement atteinte au parti islamiste.
Certains murmuraient depuis quelques mois que le blocage politique était un signe de scission au sein d’Ennahdha. Aujourd’hui, la formation islamiste envoie ses premiers fantassins à l’attaque pour déboulonner le chef de l’exécutif. Son tort est d’avoir reconnu le manque de compétence de ses ministres et d'avoir adopté une position peu partisane pour tenter de réunir un nouvelle équipe gouvernementale autour de lui.
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Par Frida Dahmani, à Tunis

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